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01/07/2014

Pourquoi le smartphone d’Amazon se mord la queue

La Libre, Momento, Pixels, Amazon, smartphone, analyseS’il impressionne par son interface mi-3 D mi-hologramme, le Fire Phone est surtout pensé pour nous faire… acheter.

Alexis Carantonis


C’ÉTAIT L’ÉVÉNEMENT HIGH-TECH de la semaine dernière. Amazon, le colosse de l’e-commerce en mode public relations, son CEO Jeff Bezos en costume ajusté, brandissant le premier smartphone de l’histoire de la boutique en ligne  : le Fire Phone. Plus qu’un monstre technique, un véritable smartphone de services, qui n’oublie pas la petite fonctionnalité tape-à-l’œil (son écran capable d’afficher la profondeur, en simili 3 D). Il avait presque tout pour se parer du titre de produit le mieux pensé de l’année. Jusqu’à la fin de la conférence, où tout s’est écroulé…
Décryptage d’un produit (d’abord destiné aux États-Unis, le reste du monde suivra) vraiment pas comme les autres.
 
Une fiche technique juste dans la norme
 
Commençons par faire ce qu’il ne faut pas faire avec le smartphone d’Amazon : analyser, froidement, ses performances et caractéristiques. Un exercice un peu vain, mais qui a toutefois un mérite : le situer sur la carte des smartphones du moment. Pour l’écran, on part sur une taille confortable, mais assez loin du standard haut de gamme du moment : le Fire Phone embarque une dalle de 4,7 pouces; plus petite donc que celles des Galaxy S5, HTC One M8 ou Sony Xperia Z2. Sur le plan de la résolution, ce n’est pas non plus le carton plein : la dalle, résolution 1 280 x 720 pixels, ne s’offre pas de certification Full HD.
 
Inside, pas non plus de quoi exploser les benchmarks : un quad-core 2,2 Ghz soutenu par 2 Go de mémoire vive doit faire tourner Fire OS, l’écosystème mobile d’Amazon. Un dérivatif d’Android, mais privé des services Google et surtout du Play Store, le magasin d’apps des smartphones Android. Fire OS revendique, tout de même, 219 000 apps, développées spécifiquement pour Fire OS ou directement portées depuis Android.
 
Pour la photo, le capteur arrière, certifié 13 millions de pixels, se fige au même niveau que sa concurrence. La caméra frontale, en revanche, se contente de 2,1 Mp. Pas l’invitation la plus tentante au selfie, donc.
 
Bref, techniquement, le Fire Phone ne vend pas du rêve, même s’il a ce qu’il faut où il faut pour garantir un fonctionnement fluide.
 
La finition, elle, est soignée : l’écran est protégé par un verre Corning Gorilla 3, les chanfreins sont biseautés, les matériaux choisis sont sobres mais premium : de l’aluminium, notamment.
 
L’originalité ? Elle repose clairement dans l’interface 3 D qui anime le mobile. Rendue possible par les quatre capteurs placés dans chaque coin de la face avant du terminal, qui détectent la position de l’utilisateur et ses mouvements, elle crée une profondeur de champ assimilable à ce qui existe sur la Nintendo 3DS, à mi-chemin entre le faux hologramme et la fausse stéréoscopie. Visuellement impressionnante en démo (notamment sur les écrans de verrouillage pondus par Amazon), pas dit que la fonctionnalité ne sera pas à ranger au rang de gadget à l’usage, même si son exploitation dans les applications de cartographie s’annonce prometteuse (avec l’Empire State Building à analyser sous toutes les coutures, par exemple).
 
Le scanner le plus puissant du monde  ?
 
Mais l’essence de ce Fire Phone, la véritable raison pour laquelle l’entreprise de Jeff Bezos se lance tardivement sur un marché sursaturé, c’est bien la passerelle qu’il représente vers les services… d’Amazon. Alors qu’Apple fait évoluer iOS pour mieux vendre les contenus de l’App Store, iTunes et la mémoire nuageuse d’iCloud; alors qu’Android a été pensé pour mettre en orbite les services de Google; Fire OS, qui anime le Fire Phone, n’a qu’un but ultime : faciliter et déclencher l’achat amazonien, qu’il soit dématérialisé ou physique.
 
En ce sens, Amazon a développé le scanner ultime : Firefly.
 
Activée par un bouton dédié placé sur la tranche gauche du smartphone, cette fonctionnalité reconnaît tout, ou presque : images de produits, QR codes, chansons, extraits de films ou de séries. Un mix entre QR Scan, Shazam &zovoord. But même pas caché  : référencer, reconnaître et proposer des produits et contenus qu’Amazon vend, sur son e-boutique. Pour le prétexte, Amazon renverra, après un scan Firefly, des métadonnées type IMDB pour un film ou une fiche Wikipedia. Mais, bien entendu, il s’agit surtout d’une formidable passerelle vers la boutique… Amazon.
 
Avec MayDay, autre fonctionnalité, Amazon peaufine également sa relation clients et son service après-vente : il s’agit d’un service, dédié aux utilisateurs premium, de vidéochat avec l’assistance SAV d’Amazon.
 
Le smartphone du consumérisme
 
Bref : Amazon a conçu le smartphone ultime… pour le consommateur. Surtout s’il est membre d’Amazon Prime (service inaccessible en Belgique), qui propose une livraison accélérée, mais aussi des contenus en streaming musical et en VOD. Sans doute le terminal absolu pour promouvoir ce que l’entité e-commerce a à vendre.
 
Le gros lézard : le prix ! Si le Fire Phone est un smartphone pour faire acheter d’une cohérence absolue, aux relents marketing bien pensés, il se loupe à la finition, façon Wayne Rooney  : il est, paradoxalement, vendu bien trop cher. Il coûtera, nu, 649 $ en version 16 Go. Des tarifs à la Apple, aucunement justifiés par la technique embarquée. C’est cher, pour un téléphone destiné à nous faire acheter.
 
Avec un coût final un tiers moins onéreux, le Fire Phone aurait fait un malheur. À ce prix, son issue est nettement plus indécise…
 
 
Ph.: AP/Ted S. Warren

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