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19/07/2014

Sur les traces minérales de l’Erin sacrée

irlande,ross errily abbey; grange great stone circle; clonmacnoise monasL’Irlande est fière de son passé religieux, auquel elle a été fidèle de tout temps.

Pèlerinage Frédérique Masquelier


RAREMENT UN PAYS A MÊLÉ croyances, légendes et religion aussi étroitement que l’Irlande. Mais, surtout, respecté, accepté, voire intégré les témoins sacrés d’un culte à l’autre. Et ce, depuis les cercles de pierre, les tumulus et les dolmens du Néolithique aux églises, abbayes et monastères bâtis lors de l’évangélisation du pays, en passant par les sources et les puits à souhaits des cultes magiques celtiques. Sans oublier, bien sûr, les vestiges circulaires des “forts de fées” et autres demeures et caches d’or imaginaires des Leprechaun, le “petit peuple” avare et farceur du folklore irlandais.

Comment expliquer cette particularité  ? Lors de leur arrivée sur l’île, entre le VIe et le Ier siècle avant J.-C., les Celtes ont bâti leur civilisation sans être dérangés par l’invasion romaine, qui ralliait les côtes voisines, y compris la Grande-Bretagne, à son Empire. Ils ont peu construit, mais ont mis en place un système religieux propre, bien que peu précis ou organisé. Dès le Ve siècle après J.-C., saint Patrick entreprit de convertir l’île au christianisme. Mais, contrairement à ce qui a été fait sur le continent, l’évangélisation de l’Irlande s’est imposée en douceur, sans renier ou diaboliser les lieux et les divinités des Celtes. Ceux-ci ont été, au contraire… assimilés. Ainsi, Brighid, déesse de la Fertilité, s’est muée en sainte Brigitte, co-protectrice du pays. Quant aux puits à souhaits et aux sources sacrées, leur histoire a tout simplement été… enjolivée, pour correspondre au culte chrétien. Rien de bien étonnant, après tout, quand on sait que les premiers évêques étaient des druides convertis. Au final, seul le protestantisme des Anglais n’a pas réussi à s’ancrer dans le paysage et la longue histoire de la verte Erin, la religion catholique se muant alors en symbole de la résistance irlandaise face à l’envahisseur anglican.

Aujourd’hui, les Irlandais ne faillissent pas à leurs racines et restent un peuple profondément religieux, même si le chemin vers la laïcité est de plus en plus emprunté par les jeunes générations. Par ailleurs, s’ils ne donnent (a priori) plus foi à l’existence des fées et lutins, quelques “arbres à fées” parsèment encore les campagnes, rubans et vœux accrochés à leurs branches, voire même influeraient sur la déviation de certaines autoroutes… Le patrimoine sacré hérité du passé est, lui, précieusement soigné et protégé, qu’il soit inscrit dans un cadre touristique ou perdu au milieu des champs, exposé aux vents et à la seule vue des gens du coin comme des promeneurs avertis. Qu’on y croit ou pas, ces lieux sont toujours habités d’une sérénité et d’une énergie qu’on devine centenaires, millénaires. D’une quiétude, aussi, à l’image des paysages qui les entourent.

NEWGRANGE TUMULUS
Le tumulus de Newgrange est remarquable en bien des points. Il est plus ancien encore que le célébrissime Stonehenge (+/- 2 000 avant J.-C.), en Angleterre, et la grande pyramide de Gizeh (+/- 2 500 avant J.-C.), en Egypte, ayant été construit quelque 3 200 ans avant J.-C.; il est en outre inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Enfin, malgré son grand succès touristique, le site a conservé son cadre naturel : il est en effet desservi par une navette, un accueil pour les visiteurs et un parking ayant été construits à distance raisonnable. Le tumulus circulaire (85 mètres de diamètre) abrite une tombe accessible par un couloir et est flanqué, sur son pourtour, de pierres monumentales ornées de dessins en spirale. Plus encore que sa taille, c’est la précision de son orientation qui force l’admiration : chaque année, lors du solstice d’hiver, le soleil pénètre directement dans la chambre centrale pendant 15 minutes.

--> Donore, comté de Meath. Entrée : 3 euros.

ROSS ERRILY ABBEY
Le monastère franciscain (Ross Errily n’est pas à proprement parler une abbaye, n’ayant jamais hébergé d’abbé) le mieux préservé d’Irlande expose ses pans de murs creux aux seuls regards du bétail qui paît le long de ses flancs. Cette isolation de vert vêtue confère un étrange climat à sa visite, que l’on recommande à tout amoureux de ruines religieuses irlandaises qui se respecte, si possible avec un rayon de soleil et tôt le matin. En déambulant de pièce en pièce, on découvre une jolie église et son clocher, mais aussi un superbe petit cloître central, et des cuisines étonnamment bien conservées. On y repère une cheminée monumentale et un bassin destiné à accueillir des poissons vivants. Plus loin, on devine le réfectoire et imagine, à l’étage, les dortoirs des moines. Le tout paraît figé dans le temps, presque momentanément délaissé par ses occupants depuis plus de 600 ans.

--> Headfort, comté de Galway. Entrée libre.

GRANGE GREAT STONE CIRCLE
Au rang des nombreux sites sacrés que compte l’Irlande, les cercles de pierre sont certainement les plus impressionnants. Parmi eux, celui de Grange est le plus grand du pays, se déployant sur 45 mètres de diamètre, tracé par non moins de 113 pierres monumentales. Il y a plus de 4 000 ans, des hommes se sont échinés, des années durant, sur plusieurs générations parfois, à élever une énorme butte de terre, puis, à la seule force de leurs bras, à y placer des pierres lourdes de plusieurs tonnes (40 pour la plus imposante, Crom Dubh, nommée d’après un dieu celtique). Et ce avec la plus grande minutie, puisque le soleil transperce la couronne minérale de part en part chaque année à deux reprises, lors des solstices d’été et d’hiver. L’occasion pour eux de s’y réunir, comme le font encore de nombreux Irlandais et touristes émerveillés. Le cercle de pierres de Grange fait partie d’un ensemble de sites historiques parsemant le Lough Gur, dont le qualitatif Heritage Centre se fait l’écho.

--> Lough Gur, comté de Limerick. Entrée libre.

CLONMACNOISE MONASTERY
À l’apogée de son histoire, Clonmacnoise, fondée au VIe siècle par saint Ciarán, était la plus grande cité monastique d’Irlande et un important lieu de pèlerinage, jalousée et pillée par nombre d’envahisseurs. En pénétrant en ses murs, on devine l’affairement qui a été le sien et dont ses vestiges témoignent : se tiennent encore debout pas moins de huit églises en ruines, dont une cathédrale, trois grandes croix et deux hautes tours rondes. Mais aussi quelques-unes des 700 pierres tombales sculptées (dont, dit la légende, celles de sept rois de Tara, la capitale mythique de l’Irlande) qui ont couvert ses reliefs tout au long des siècles. Le tout, aujourd’hui d’aspect épars mais néanmoins empreint d’une profonde sérénité, surplombe le fleuve Shannon, offrant une vue lointaine sur les paysages environnants. L’Office of Public Works irlandais a déployé de grands moyens pour rendre hommage à ce site prestigieux, le dotant d’un Visitor’s Center de qualité, fort d’un déploiement pédagogique et technologique de pointe.

--> Athlone, comté d’Offaly. Entrée : 6 euros.

 

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