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29/07/2014

Comment faire pour s'aimer soi-même?

relooking,david jeanmotte,rtbf,lalibre,la libre belgique,momentoDavid Jeanmotte gagne à être connu. Il prend le temps d’entendre la petite musique des personnes qui viennent à lui. Et propose d’officier à la surface des choses et des gens. Mais pas que. Le plus gros boulot pour s’aimer mieux soi-même ? Ce n’est pas lui qui le fait. Lui, il accompagne un peu. Le temps d’un relooking.

Observatrice avant-après Aurore Vaucelle
Photographie Olivier Papegnies


T’AS DES ÉPAULES, T’AS LA POITRINE… Et cette taille… Bon, par contre, c’est vrai, tes cheveux, ça fait un peu rideau de spaghetti.” Normalement, après ce genre de bombe lâchée à la figure d’une fille, ça ne se passe pas super bien. Pour l’expéditeur ou le destinataire. Soit la fille tape son interlocuteur en disant : Non mais tu t’es vu !” Ou alors, pire encore, on entend la fille hoqueter et avaler aussi dignement qu’elle le peut l’information concernant “son rideau de spaghetti”. Ici, rien de tel. Car c’est David qui le dit. Et David, il te dit la vérité sans chichis. C’est d’ailleurs comme ça qu’il a commencé à faire parler de lui. Les relookings à la RTBF, c’était lui. Avec sa mallette de sorcier et son sourire jamais épuisé, il se pointait chez toi l’air avisé, il prenait le temps d’écouter les cœurs et rhabiller les esprits, en prétextant donner un coup de peigne et un trait de maquillage.

Le relooking comme à la télé

Ce jour-là, on n’est pas à la tévé non, on est à Mons, dans un salon de coiffure. Chez Christine. Et s’il fait chaud, ce n’est pas seulement parce qu’on est en été (car la saison, on le sait trop bien, ne signifie pas grand-chose dans ce pays). C’est parce que, déjà, les sèche-cheveux sont en route, et toute une petite foule s’agite autour des mallettes à produits, des bacs à shampoing et autres diableries de filles. Et ici c’est David qui officie, aux côtés de Madame Christine, proprio des lieux. Avec son mètre nonante au moins et son T-shirt à paillettes, il empoigne les gens, les regarde droit dans les yeux et leur demande ce qu’il peut faire pour eux.

Nous, on est venu voir comment ça se passait, la transformation physique de quelqu’un. Mieux que cela, on a apporté notre propre cobaye, Bruno Fella, votre dévoué responsable de la photo à “La Libre Belgique” dont le coiffeur était souffrant – ce qui avait de graves conséquences sur l’état capillaire du Picture Editor. Mais avant que ce soit notre tour à nous, de décider de la longueur du tif du chevelu Picture Editor, on s’assoit et on observe le petit monde qui nous entoure. On tend l’oreille surtout. Car la petite musique du monde est toujours très instructive, surtout quand cela se joue dans un salon de coiffure rempli de femmes qui ont décidé de transformer leur face du monde, leur face à elle.

Le mythe de la femme sablier

Pour l’instant, une jeune femme blonde, chopée par les hanches, se fait entendre dire qu’en effet, elle a des cheveux pas au top. “Mais franchement, ma fille, tu as un corps en 8, c’est le plus désirable.” L’essence du féminin. Et qui n’a jamais rêvé d’être ou d’avoir (selon les positionnements sexuels de chacun) une femme sablier ? “Allez Christine, on va lui changer sa tête de nonnette.” Miss en 8 est alors poussée vers les bacs à shampoing.

Les femmes qui sont ici sont d’horizons très divers. Elles nous frappent par leur capacité, leur détermination même, à mettre entre les mains d’un homme, leur image, intime et sociale. Un reflet dans le miroir sur lequel elles semblent dire qu’elles n’ont plus vraiment la main. On croyait qu’elles seraient un peu paumées, c’est tout le contraire, elles décident de remodeler leur destin. Et ce qui se joue ici n’est pas qu’une histoire de peinture de visage.

Leur venue n’est jamais anodine. Elles viennent après une grossesse, une déception amoureuse. En vue d’un nouveau poste clef aussi. Notre fluette voisine est venue de l’autre bout de la Belgique, de Liège, accompagnée de sa très coquette sœurette. Elle a l’air toute jeune, elle est géologue et prof à l’unif’, et a besoin d’en imposer. On lui demande son prénom. Salvatrice. Elle a eu l’intelligence de ne pas faire du social, rit-elle avec nous. Cette jeune femme, profil intello, se livre à David et ses pinceaux. Elle s’assoit dans le fauteuil en simili aux côtés d’une jeune maman, d’une femme de 50 ans qui voudrait faire jeune, et d’une autre qui avait besoin qu’on la regarde différemment.

La psychanalyse du relooking

"Tu sais, ces femmes, elles se sont consacrées à 100 % à leur mari, à leurs enfants. Et puis un jour, il y a un déclic. Elles posent un regard sur elles, et c’est un regard vide. Elles se demandent : mais où est cette fille qui sortait, qui aimait danser et rire ? Qui prenait soin de son image. Qui n’oubliait pas de plaire ? C’est comme ça, en fait, ce n’est pas une fatalité, mais tu te consacres à ta famille, et puis à ton enfant. Et puis à ton boulot. Moi, je leur redonne leur sex-appeal. Ce sont des femmes qui souvent se rendent compte qu’elles se sont oubliées. Elles ne savent plus pourquoi. Elles l’ont fait instinctivement. Et puis, elles se disent : ouh ! Mais il me reste plus que la moitié de ce que j’ai à vivre, et là… Une femme, ça met du temps à se décider mais une fois que ça a posé un acte… L’homme, il a beau arriver avec des fleurs et des millions, il peut aller se faire voir. Ce sont les femmes qui choisissent, toujours. Et comme choisir c’est renoncer… Elles renoncent peut-être à quelque chose, mais ont choisi ce qu’elles désirent vraiment. Souvent les mecs pleurent, eux. Ils n’ont pas compris ce qu’ils avaient à côté d’eux.

Les femmes qui viennent ici, ce sont des banquières, des mademoiselles tout-le-monde, des personnes âgées enfin. “Car, en fait, les femmes ont toujours l’esprit de 20 ans, nous dit David qui en a écouté des histoires de bonnes femmes. Chez une femme, il y a deux centres, le cerveau et le sexe. Et ces deux centres ne changent jamais même si la carrosserie est différente. Je rééquilibre et harmonise les choses, en fait.” C’est pour cela que certains le surnomment “le magicien de l’âme”. C’est un peu pompeux mais sûrement pas si éloigné de la réalité.

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