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28/07/2014

Une identité au niveau humain

autoportrait; david jeanmotte; rellokin; rtbf; momento; lalibre;David Jeanmotte a quitté l’univers du jeu vidéo pour se consacrer au bien-être des gens il y a quelques années. Il s’est notamment fait connaître du public en devenant le relookeur attitré de l’émission “Sans Chichis”.


DAVID JEANMOTTE EN 5 DATES
1988 : à 15 ans, je suis sorti avec ma femme. Nous nous sommes quittés, mais durant 23 ans, on a partagé un amour inconditionnel. On se voit d’ailleurs régulièrement, même si nous avons des vies complètement différentes. C’est une date importante car je suis sorti avec une fille extraordinaire, charmante, et qui a surtout compris ma double sexualité. Ça m’a permis d’être bien, de vivre une hétérosexualité tout à fait normale en sachant que j’avais toujours une porte entrouverte et qu’on n’allait pas me juger ni me bannir. Grâce à elle j’ai pu m’épanouir et évoluer dans tout ce que j’ai fait car j’étais aimé et j’ai aimé. J’ai eu 23 ans pour m’épanouir psychologiquement et professionnellement.

1991 : à la fin de mes secondaires, j’ai fait le choix de sortir d’un enseignement provincial, à Saint-Ghislain. J’ai passé un examen d’entrée à Valenciennes. J’ai toujours été un élève moyen, et là ils m’ont directement fait passer en 3e année, tellement mon examen était bon. C’était de l’enseignement privé, Supinfocom (école de communication et de design); à l’époque, ça coûtait 120 000 francs pour l’inscription, mes parents ont dû faire un crédit, mais ils étaient tellement fiers du résultat de mon examen qu’ils m’ont suivi. J’ai dû couper le cordon avec la famille et les amis, tellement le travail était dur là-bas. Je dormais plus ou moins 4 h par nuit, mais je suis sorti premier de classe les deux années tellement j’ai travaillé. Choisir, c’est renoncer; j’ai donc dû renoncer à la famille et aux amis pour être à 100  % dans le milieu professionnel. C’était tellement extraordinaire d’avoir des professionnels en face de moi, des maîtres de créativité. Ça m’a donné une énorme confiance en moi, ça a été un tournant énorme dans ma vie.

1995-1996 : j’ai gagné un prix à Imagina, le prix de l’image fixe, et j’avais aussi gagné le prix de l’image sous-marine à Antibes. J’ai pu faire profiter mes amis de l’argent gagné grâce à ces prix. On est allés à Monaco, à sept, et on a vécu là-bas quelques jours. Durant cette période, une amie est sortie avec le prince Albert, j’ai donc été présenté au Prince. Je viens d’une maison de cité, j’ai fait des études dans le Borinage, je décide de changer de vie en me disant que ça ne va tourner à rien et je vais à Valenciennes. Je réussis, grâce à mes efforts, je travaille dans le jeu vidéo, je gagne du fric, et boum me voilà à Monaco avec le fils du Prince et tout le monde demande qui je suis. Là, tu te dis que tu es content d’avoir fait ces choix, d’avoir travaillé autant.

25 juin 2009 : après le “Handicap Festival” (voir ci-dessous), je donne, mais en donnant je me forme. Je donne ce que je sais faire à l’humain, c’est-à-dire de l’artistique, je lui donne donc une esthétique. Ce n’est pas encore du relooking, mais de la mise en beauté. Tout le monde galère à cette période, y compris les réalisateurs qui n’ont pas d’argent pour leurs productions. Je maquille donc gratuitement pour des films, des émissions. Je fais ça généreusement et, en même temps, je côtoie le milieu people, artistique… Tout le monde me trouve sympa parce que je suis l’un des seuls avec un accent belge et avec ce côté un peu Claude François. Un jour, le réalisateur Sylvain Goldberg me dit  : "Maintenant, ça suffit, je vais faire de toi une star ! Parce que tu le mérites, tu es très bon, tu as une personnalité extraordinaire.” Le jour de la mort de Michael Jackson, on se retrouve donc à tourner le pilote du “Relookeur de ces dames” à Koekelberg. C’est la première fois que je me retrouve devant une caméra, je fais ce que je peux, en étant à l’aise mais en ayant aussi peur d’être ridicule. Le pilote est dans la boîte. Il est présenté aux producteurs de l’émission “Sans Chichis”. Je me retrouve à l’antenne. Tel un phénix, j’entame une nouvelle vie, une nouvelle profession, une nouvelle relation avec les gens, et je donne tout ce que j’ai appris pendant ces années de gratuité.

Janvier 2014 : c’est la date la plus dure, la rupture, de commun accord, avec ma femme après 23 ans d’amour, de générosité, de partage. La vie que j’avais avec elle était bien, mais j’avais quand même un manque affectif masculin. La télévision, le fait d’être connu, d’avoir fait des choses, d’avoir une rupture amoureuse, d’avoir vécu des choses douloureuses m’ont permis de savoir enfin qui je suis. À 41 ans, je me pose moins de questions. Je sais ce que je veux faire de ma vie et, surtout, ce que je veux apporter aux autres. Je sais que, d’aujourd’hui à jusqu’à la fin de ma vie, ce ne sera plus que du partage et rien d’autre.

UN EVENEMENT DE SA VIE
En 2005, j'organise le “Handicap Festival” avec Franco Seminara. Je sors d’une période difficile car, avec le 11 septembre, j’ai perdu beaucoup de clients du marché américain et j’ai dû fermer ma société de jeux vidéo, dans laquelle j’ai mis énormément d’énergie et de ma personne durant 11 ans. Je me retrouve avec la lumière éteinte, comme on dit. Franco Seminara me demande si je veux l’aider dans l’organisation du “Handicap Festival”. Avec le jeu vidéo, tu es dans le milieu des paillettes, dans l’international, on te connaît, tu es dans des magazines, tu fais de la télé, etc., puis on te demande de faire l’antipode de ce que tu faisais. Je dis oui.

En septembre 2005, je me retrouve donc à faire “Handicap Festival”, avec des personnes à mobilité réduite, des handicapés mentaux. J’apprends des codes humains, je dois m’adapter, on partage des moments très forts. Julos Beaucarne est invité, je le rencontre. Il me dit trois phrases, il explique qu’on est tous égaux devant le soleil, qu’on a tous une place, etc. Alors que je me suis battu pendant des années pour me créer moi, me créer un mental, ce gars me fait pleurer à chaudes larmes. Ça a bouleversé ma vie car, à partir de ce moment-là, tout mon projet professionnel, toute la construction de vie que j’avais mis autour de ce projet, tout ce qui me semblait important, bascule. Je me dis que ce n’est pas ça la vie, ce n’est pas ça du tout. En fait, la vie, c’est de vivre des moments de partage, d’échange, d’écoute, de vrai. J’ai 32 ans, et je me rends compte que tout le côté vie active que j’avais fait auparavant m’a servi pour avoir une identité au niveau social mais ne m’a pas donné une identité au niveau humain.

À partir de ce moment-là, je commence à faire du bénévolat et à travailler artistiquement pour les gens. Je vais par exemple au Festival de Cannes pour préparer les gens au niveau coiffure et maquillage avant la montée des marches à l’arrêt de bus, à côté de la Halle aux poissons. Pendant deux ans et demi, je ne fais que du gratuit. Ma femme m’aidait à vivre financièrement pendant cette période. C’était une sorte de rédemption, le besoin de faire du bien. Je ne rachetais pas de faute, mais j’éprouvais le besoin de donner.

TROIS VALEURS
L’amour. Sans amour, la vie est moche. Sans amour, tu n’as pas de perspectives, tu ne t’ouvres pas, tu ne t’émancipes pas, tu ne partages pas. Tu n’élèves pas la personne et tu ne te fais pas, toi, élever. C’est un échange.

La fidélité. L’amour et la fidélité sont indissociables. J’ai des amis qui sont là depuis toujours. Avec ma femme, nous sommes toujours amoureux, on se voit encore. La fidélité est très forte pour moi. Je suis même encore fidèle aux personnes décédées. Elles ne sont plus là, mais je pense à elles, je parle d’elles. Ça leur donne un petit côté éternel. La fidélité, elle est là pour moi. Elle est intemporelle.
Du coup, les trahisons sont très violentes. J’accepte que tu ne voies plus quelqu’un à cause de son travail, etc. Mais quand une personne en qui tu as mis toute ta confiance te trahit, c’est très violent. Quelqu’un qui savait tout de moi a utilisé cette générosité, cette naïveté, pour la retourner contre moi en mettant des propos dessus qui étaient faux. Je n’ai jamais mis du négatif sur cette personne car, quand tu es dans une logique de bien-être, tu n’as pas besoin de porter un jugement négatif sur l’autre, tu sais que ces jugements vont lui retomber dessus en pire. J’ai pardonné la trahison par rapport à l’analyse de la bêtise de personnes qui ne réfléchissent pas. Je leur souhaite vraiment de passer une étape de vie pour qu’ils comprennent un jour ce qu’ils ont fait.

Le partage. Le partage, ce n’est pas diviser une tarte. Le partage, c’est être là au moment où la personne en a réellement besoin. Partager quelque chose pour l’élever, être généreux pour qu’elle soit mieux, pas donner pour donner. Mais ça doit faire partie du quotidien. C’est être honnête, donner tout ce qu’on peut à ce moment-là. Ce n’est pas nécessairement de l’argent, du matériel. Le partage, c’est se donner à l’autre. Elio Di Rupo, par exemple, est quelqu’un que j’ai observé pendant deux ans et demi parce que c’était mon voisin. On a fait la fête des voisins et j’ai observé quelqu’un de partage. J’ai vu quelqu’un qui écoute, qui note, qui donne son numéro de téléphone. Quelqu’un qui essayait par tous les moyens de faire quelque chose, en toute humilité. J’ai vu des actions de sa part, qui n’étaient ni financières ni politiques. Quelqu’un qui a écouté, qui a discuté, qui a renforcé psychologiquement une personne qui était détruite. J’ai fait mon petit suivi par la suite, et il y a eu des choses après. Ce n’est pas lui qui s’en est chargé mais c’est son travail aussi, et il y en a d’autres qui ne le font pas. Je suis convaincu que ce n’était pas intéressé de sa part car, à partir du moment où tu as vécu plein de choses, où tu as travaillé avec des handicapés et avec des gens très intelligents, tu as une analyse des choses qui se fait super vite. Quand tu as un gars devant toi qui fait quelque chose, qu’il s’appelle Di Rupo ou saint Nicolas, tu sens si la sincérité est là. Que ce soit Julos Beaucarne, Albert de Monaco ou Elio Di Rupo, c’est avec des personnes comme celles-là que j’ai appris. Le partage, je le vis au jour le jour, ça fait partie de ma culture mentale et physique.

UNE PHRASE
“Ne connaissant pas le futur, je crée le présent.” C’est une phrase que j’ai écrite à l’âge de 26 ans. Du positif tous les jours, vivre le moment présent avec les gens qui sont autour de soi. Manger avec des amis, partager avec eux pour s’enrichir mutuellement, on n’a besoin de rien d’autre.

UNE DATE
Le 11 septembre 2001. On n’a pas vécu 40-44. La guerre du Golfe, on était trop jeunes. Par contre, le 11 Septembre, je l’ai vécu. Je suis allé à New York un an ou deux après. Il y a eu toute une démarche très forte chez moi. Après le 11 Septembre, j’ai fermé ma société dans laquelle je m’étais investi au maximum, puis j’ai fait un travail sur moi. Je suis ensuite allé à New York pour me former dans l’esthétique avec les plus grands, j’ai vécu l’après 11 Septembre, puis Obama. Pour moi, ces dates sont liées. Le 11 Septembre et l’investiture d’Obama sont deux dates importantes. J’ai vu le drame avec le 11 Septembre, j’ai vu une guerre mondiale. J’ai été traumatisé, j’ai regardé les images en boucle la nuit. Et ensuite, j’ai vu l’espoir avec Obama. J’étais là-bas. J’ai embrassé des mamies black dans le métro new-yorkais, tellement j’étais content et fier pour elles. Elles m’ont emmené dans le Bronx avec elles. C’est une seule date : il y a eu le mauvais et puis l’espoir.

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