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03/08/2014

À Mons, le protocole suscite quelques embarras

jonas.jpgCent ans après avoir essuyé le feu des projectiles, Mons sera, ce 4 août, sous le feu des projecteurs en ce mois de commémoration de la Guerre 14-18. Pour l’occasion, William, Kate et de nombreux chefs d’État se rendront dans la ville hennuyère et plus particulièrement dans son cimetière militaire.

Reportage, Jonas Legge
Photos, Ronald Dersin (AVPress)


EN CES JOURS QUI PRÉCÈDENT la grande cérémonie, le cimetière de Saint-Symphorien baigne dans sa quiétude traditionnelle. Le vent chatouille les feuilles des arbres, les oiseaux entonnent leurs gazouillis. Aux alentours  : le silence, certes parfois perturbé par le brouhaha d’ouvriers s’activant à l’emplacement où une statue sera inaugurée.

"Je passe beaucoup de temps ici”, s’exclame d’emblée Corentin Rousman, coordinateur des Commémorations. “Les réunions ont lieu ‘sur site’, j’y accueille donc les représentants des différents pays, de la famille royale,…” Vu ses fonctions initiales d’archiviste, le jeune homme ne manque jamais l’occasion de décrire l’histoire des lieux à ses interlocuteurs. “Ce fut particulièrement intéressant de présenter ce cimetière aux Allemands puisque ce sont les troupes allemandes qui l’ont construit en 1916, pour y enterrer à la fois leurs morts mais aussi les Britanniques, alors qu’ils étaient encore en train de se battre ! C’est donc déjà un signe de début de réconciliation… dans la mort.

Saint-Symphorien dénombre majoritairement des hommes tombés le 23 août 1914, date du premier affrontement des troupes britanniques en territoire européen. Mais aussi des Britanniques, deux Canadiens et un Allemand abattus le 11 novembre 1918. En vue de respecter ces âmes, les organisateurs des cérémonies ont décidé que le nombre d’invités ne pourrait dépasser le nombre de tombes. Résultat : les 500 privilégiés ont été triés sur le volet ! Une situation qui a évidemment suscité quelques crispations, d’autant que le cimetière est géré par le “Department for Culture, Media and Sport” et par la “Commonwealth War Graves Commission”, qui prennent en charge l’organisation.

Les autorités britanniques considèrent cette cérémonie comme privée et sont donc aux commandes. Le protocole belge a eu un peu de mal à assimiler la chose, au niveau du gouverneur, de la province et du Palais… Finalement, le gouvernement et l’ambassade britanniques ont pris contact avec les représentants de la monarchie belge pour fixer le déroulement. Comme le veut le protocole, le gouverneur de la province va donc recevoir le Roi et la Reine mais après chacun ira de son côté. Et ce sont Kate, William et Harry qui accueilleront les convives. Les règles diplomatiques sont très strictes…”, explique Corentin Rousman.

Une situation similaire est vécue par Shahiness Benabdelouahed, responsable presse à la ville de Mons. “Le nombre de demandes des médias du monde entier est énorme ! Le côté glamour, prestige, people de la famille royale britannique y est pour beaucoup ! Mais l’accès au cimetière étant limité, je réponds que les décisions ne sont pas de mon ressort…

Dans ce contexte, les ministres fédéraux et autres politiques belges ne connaîtront pas de traitement de faveur et devront monter à bord des navettes de bus qui desserviront les lieux. “Quand certaines personnalités insistaient pour être déposées par leur chauffeur, nous pouvions rétorquer que l’accord ne nous revenait pas, ça a facilité les choses”, sourit Corentin Rousman. Ce beau monde sera installé sur un podium construit dans une prairie jouxtant le cimetière et pourra assister aux activités sur un écran.

La BBC se charge de la production. Il y aura ici 17 caméras et 60 membres de la chaîne ! Ils retransmettront la cérémonie en live, à 20h30, c’est-à-dire en prime-time”, précise Corentin Rousman. Durant ce cérémonial, deux tombes seront particulièrement mises en avant, sur fond de coucher de soleil : celles du premier (J. Parr) et du dernier soldat britanniques décédés (G. Ellison) lors de la Première Guerre mondiale, et qui reposent tous deux à Mons. Ces sépultures, tout comme celle du soldat M. J. Dease, qui a reçu la première Victoria Cross de la Première Guerre mondiale, ont évidemment beaucoup pesé dans le choix de Mons comme hôte de ces commémorations. "À la ville, on s’est dit qu’une telle opportunité ne se reproduirait pas de sitôt. On a donc tout mis en œuvre pour satisfaire les besoins et nécessités des Britanniques, tout en limitant l’implication financière...”, déclare Corentin Rousman.

La ville compte se saisir de cette visibilité d’un jour pour s’implanter comme terre de mémoire incontournable. “Mons a parfois été placé au second plan par rapport à des lieux comme Ypres. Ces cérémonies vont permettre de redéfinir le rôle joué par la ville. Ce n’est pas pour rien que Mons a été choisi par les Britanniques comme première ville pour les commémorations”, se félicite Nicolas Martin, bourgmestre faisant fonction. “C’est un honneur ! Ce jour-là, on va être le centre de l’attention pendant quelques instants, ‘the place to be’”, renchérit avec enthousiasme Shahiness Benabdelouahed.

Pour favoriser ce positionnement, les responsables montois ont d’ailleurs associé les communes avoisinantes, afin de renforcer l’offre et tenter de capter le visiteur. “Tout Britannique intéressé par cette partie de l’Histoire voudra venir à Mons”, estime Corentin Rousman.

Mais combien de personnes feront le déplacement ? Les organisateurs peinent à l’évaluer. Cependant, vu les noms des personnalités en présence, les forces de l’ordre ont mis en place une véritable armada. “Nous devrons gérer un service d’ordre conséquent dans un site restreint sur lequel se trouveront des personnes qui font l’objet de mesures de sécurité importantes”, souligne Philippe Borza, commissaire de la police locale de Mons-Quévy.

Même si l’endroit est isolé et bien dégagé, il est malgré tout assez enclavé et contient moult bosquets et zones plus dissimulées, ce qui ne facilite pas la surveillance. “300 membres de la police se trouveront dans le périmètre du cimetière. Nous effectuerons des reconnaissances, éventuellement des fouilles, nous refoulerons les visiteurs non admis et chacun sera prêt à réagir en cas de situation imprévue. Cette zone sera une bulle sécuritaire”, ajoute le commissaire, serein.

Les citoyens montois auront-ils une chance d’apercevoir les héritiers de la Couronne britannique ? Certainement pas au cimetière, puisque seuls les invités pourront y accéder. Par contre, les princes et de la duchesse salueront la foule depuis le balcon de l’Hôtel de Ville. “Elio Di Rupo a rédigé un courrier à David Cameron pour organiser la chose”, explique la responsable presse. “Cela nous rend fiers et satisfaits. Et nous sommes surtout contents de faire plaisir aux Montois parce que, clairement, c’est ce qu’ils attendaient le plus !

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