Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

16/08/2014

Sur la trace des Centaures

La Libre, Momento, Escapade, Grèce, mont Pélion, VolosEntre mer et montagnes, la région du mont Pélion offre une bouffée d’oxygène à l’écart des circuits de la Grèce touristique.

Découverte: Mikhaïl Koumakis


CETTE ANNÉE, EN PARTIE À CAUSE du contexte international, la Grèce est plus que jamais une destination estivale en vogue. Grâce à cette embellie du secteur touristique, le pays pourrait battre son propre record de 2013 en accueillant plus de vingt millions de visiteurs. Autant dire que les lieux de villégiature les plus populaires risquent d’être littéralement submergés durant l’été. 
 
En dehors des sentiers battus et à l’abri des foules estivales, la région du mont Pélion permet de conjuguer les plaisirs de la montagne à ceux, incontournables lorsqu’on songe à la Grèce, de la mer.
Parce qu’ici, comme ailleurs en Hellade, le mythe a tôt fait de se mêler à la réalité, le mont Pélion est baptisé d’après le roi Pélée, le père d’Achille. Les récits mythologiques en font aussi l’habitat verdoyant des Centaures, rustres créatures mi-hommes, mi-chevaux.
 
Cette terre mythique dressée entre deux rivages aux eaux diaphanes, “c’est un roc !… c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?… c’est une péninsule !” Et c’est en fait tout ça à la fois. Située dans le nome de Magnésie, à l’extrémité sud-est de la Thessalie, jouxtant à l’est la ville de Volos, chef-lieu de la région, la péninsule en forme d’index recourbé enserre le golfe Pagasétique constituant ainsi une sorte de crique protégée des vagues. Volos n’est autre que la métropole moderne construite sur l’antique cité mycénienne d’Iolkos et son port Pagasae, qui a donné son nom au golfe. Là d’où, toujours selon la mythologie, Jason s’embarqua pour la campagne des Argonautes, en quête de la Toison d’or.
 
En toute saison, c’est un endroit rêvé pour passer des vacances. Prémuni des fortes chaleurs pendant l’été grâce à l’altitude, le versant des montagnes est sillonné de sources et de torrents. Le paysage se couvre de fleurs au printemps et de neige en hiver. Dans les hauteurs, via la route des villages de Portaria puis de Hania et d’Agriolefkès, il existe un domaine skiable et une station adaptée au ski nocturne ouverte de décembre jusqu’à la fin du mois de mars. Une fois le dégel survenu, c’est aussi un paradis pour la randonnée. Toutefois, pour mieux rejoindre le début des itinéraires de marche, l’usage d’une voiture reste le moyen le plus indiqué. Et prudence, il faut maîtriser sa vitesse car certaines routes tortueuses ne sont pas encore asphaltées.
 
Une boutade locale lance : “Skier le matin, se baigner l’après-midi.” Presque concevable quand on sait que le flanc égéen, plus sauvage, plus rude, à la végétation luxuriante, donne accès à de somptueuses criques que l’on atteint par des routes étroites et parfois très pentues. Leurs reflets bleu clair scintillent en contrebas au-delà de forêts de chênes, de châtaigniers, de hêtres, de noyers et de noisetiers. En traversant les villages, l’étroitesse de certaines rues aura de quoi surprendre. Mais les efforts seront récompensés par les vues plongeantes sublimes qui s’offrent au détour des nombreux lacets. Et de plonger droit dans la mer Egée, on en mourrait d’envie à la vue de la plage de sable blanc de Lambinou, ou de galets blancs d’Aghios Ioannis ! Sur le versant opposé, Kala Nera, qui signifie “Bonnes eaux”, est connue pour la qualité et l’abondance de ses sources.
  
Au nord du Pélion, son point culminant, le mont Pouranios Stravros trône à 1624 mètres. D’autres pics de plus de mille mètres se côtoient un peu plus au Sud. C’est sur les pans de ce massif qu’on trouve les villages les plus traditionnels : Makrinitsa, Pinakates, Zagora, Tsagarada sur la côte, et l’incontournable Miliès, l’un des bourgs les plus authentiques où vécut au XVIIIe siècle une riche bourgeoisie très cultivée. Hauts lieux de l’hellénisme, ces “sentinelles” pleines de caractère abritent en leur sein des musées et des bibliothèques conservant des ouvrages d’une valeur exceptionnelle. Ce n’est pas par hasard que furent fondées ici, dans la clandestinité, un grand nombre d’“écoles secrètes”, où durant plusieurs siècles d’occupation ottomane la flamme ténue de la langue grecque put être maintenue vive sous le boisseau, enseignée par des maîtres aussi illustres que le poète Rigas Ferreos.
 
Le style architectural des demeures est très reconnaissable, avec leurs épais murs de pierres, surplombés par un dernier étage bâti en bois. Entre ces tours-maisons typiques, les ruelles sont pour la plupart pavées de larges dalles de lauze. D’ailleurs, on retrouve dans plusieurs de ces villages des caractéristiques communes : une grand-place, dominée par un ou plusieurs platanes au tronc imposant, et une église à campanile. Autant de balcons où profiter du panorama. Au terme de votre excursion, il n’y a sans doute pas de meilleur endroit pour se repaître d’un spetsofai, potée de saucisses, tomates et poivrons parfumée au thym et à l’origan, mets de la gastronomie locale. Côté dessert, le miel se déguste ici agrémenté de noix qu’on combinera à souhait au yaourt ou au glyko tou koutaliou, délicieux fruits confits au sirop. Et pour couronner le tout, pourquoi ne pas terminer avec une liqueur de tsipouro ? Histoire de se donner encore quelques sensations fortes !
 
 
Ph.: www.pelionweb.gr

Les commentaires sont fermés.