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23/08/2014

En piste à Brussels Airport

La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, aéroport, Zaventem, pistes, salon, chefs d'EtatPour la série “Dans le secret des lieux”, nous avons pu exceptionnellement pénétrer dans certaines zones inédites de l’aéroport de Bruxelles. Zoom sur la vérification de la sûreté des pistes et sur la zone réservée aux chefs d’État et têtes couronnées.

Reportage: Jonas Legge


POUR QUE LES 50 000 PASSAGERS qui fréquentent quotidiennement l’aéroport puissent voyager sans encombre, une véritable armada s’agite dans l’ombre. Dans l’ombre ou plutôt en pleine lumière, pour certains, comme Xavier Baurain, que tout un chacun peut apercevoir depuis les immenses baies vitrées donnant sur le tarmac. Car sa fonction consiste à veiller au bon déroulement des opérations du côté des pistes. “Lorsqu’un avion atterrit, se trouve au sol ou décolle, il y a énormément de mouvements autour. Nous nous assurons donc que les mesures de sécurité soient respectées à tous moments par les différentes sociétés et les différents services actifs du côté ‘airside’”, souligne Xavier Baurain.
 
Même si, comme il le précise, il n’est “pas là pour faire la loi”, l’inspecteur doit se montrer autoritaire. Il n’hésitera donc pas à réprimander toute personne ne portant pas sa veste jaune fluo ou ne respectant pas les limitations de vitesse. “ Chacun a toujours une bonne excuse mais les règles sont les règles ! Les accidents sont si vite arrivés…
 
D’autant que le moindre couac peut entraîner des retards. “Si un ouvrier a mal replacé un escalier d’accès à un avion ou si une valise est tombée d’un chariot, cela peut avoir une incidence sur les horaires et donc retarder d’autres services opérationnels, que nous devons alors prévenir.
 
Xavier Baurain vérifie par ailleurs le bon état du revêtement et du balisage. “Légalement, nous sommes tenus de réaliser trois inspections par jour mais nous en faisons minimum cinq. Nous nous assurons qu’aucun animal mort ou débris ne se trouve sur la piste. Mais aussi que chaque signal lumineux soit toujours fonctionnel.” À bord de sa camionnette, il demande, à la tour de contrôle, l’autorisation de traverser chaque ligne tracée au sol. Il parcourt ensuite à vive allure les 3,6 kilomètres de piste.
 
Un inspecteur doit également intervenir lorsqu’un incident survient, comme en cas de dégât sur un avion, d’atterrissage d’urgence ou de pagaille dans un appareil. “ Si une personne est agitée, à cause de l’alcool notamment, nous montons à bord avec une patrouille de sécurité. Ensuite, en fonction des circonstances, nous sommes parfois amenés à contacter la police fédérale. Mais c’est assez rare. Finalement, quand on rentre à la maison en constatant qu’on n’a pas rencontré de pépins, on a la satisfaction du devoir accompli ”, s’enthousiasme Xavier Baurain.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, aéroport, Zaventem, pistes, salon, chefs d'EtatBien loin de cette agitation, il est un lieu où la quiétude règne davantage. Il s’agit du “protocole”, là où transitent les têtes couronnées, chefs d’État, hauts dignitaires, commissaires, ministres belges, membres du Parlement européen, de l’Otan, de l’Onu... “ Une liste dressée par le ministère des Affaires étrangères nous indique les titres des personnes qui ont droit au salon protocolaire. Une star de cinéma ne passera pas ici. Le Roi non plus d’ailleurs, puisqu’il part de Melsbroek… ”, décrit la responsable, Sylvie Wuiame.
 
Annuellement, 25 000 passagers fréquentent cet espace. Certains mois où l’actualité politique et diplomatique est plus chargée, les allées et venues se multiplient, comme lors des conseils des ministres européens, du début du conflit en Ukraine ou de la crise de la dette en Grèce.
 
Le lieu se compose de salons et de diverses salles de réunion. “Les délégations qui attendent leur vol se rencontrent parfois dans ces pièces. De plus en plus, certains invitent même leurs interlocuteurs à les rejoindre ici pour une entrevue avant de repartir”, constate Sylvie Wuiame. Ces pièces permettent aussi d’isoler des délégations en froid qui sont amenées à patienter en même temps. Le “protocole” compte également un “salon royal”, destiné à faire patienter les membres de la monarchie belge mais que tout un chacun peut utiliser en l’absence de la famille royale.
 
La décoration, à la fois sobre, moderne et luxueuse est pensée par Brussels Airport en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères. “Nous essayons de faire en sorte que ce soit convivial, familial, qu’on s’y sente bien, en plaçant notamment des photos de la famille royale”, dépeint Sylvie Wuiame.
  
Le personnel du protocole est aux petits soins avec ses passagers et anticipe les envies des habitués. “Certains dirigeants passent ici très régulièrement. Nous savons ce qu’ils aiment et préparons donc un café spécifique avant leur arrivée. Nous nous adaptons aussi aux coutumes. Par exemple, nous tendrons toujours un objet avec les deux mains, et non avec une seule, à un Japonais. Nous sommes ici dans le premier ou le dernier lieu qu’ils vont voir de la Belgique, c’est donc très important de faire bonne impression. C’est une carte de visite de la Belgique”, insiste l’impeccable Sylvie Wuiame. Et même si ces personnalités subissent les mêmes règles que tout autre passager, comme le scanning ou l’immigration, ces démarches sont réalisées par l’équipe du protocole.
 
Les cinq années passées en ces lieux ont amené Sylvie Wuiame à être confrontée à des situations insolites. “Lors du sommet Afrique-Europe, un top VIP trouvait très comique qu’il y ait tant d’escortes de la police fédérale. C’était comme un jeu pour lui. Il est donc sorti des salons pour prendre une photo sur le tarmac. Nous, qui devons aussi veiller à la sécurité, n’étions évidemment pas enchantés… Après coup, c’est comique, on se dit qu’ils ont le même enthousiasme que tout un chacun.” La responsable n’en dira pas davantage et promet qu’elle taira les identités des plus dissipés.
 
 
Ph.: Jonas Legge

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