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06/09/2014

Elle décode le langage des chiens

la libre,momento,coulisses,comportementaliste caninLe monde canin a peut-être bien trouvé son médiateur en la personne d’Audrey Muller. Cette comportementaliste vient en aide aux maîtres désemparés face à leur chien. Rayons tout de suite l’image du don quasi inné de l’homme qui murmure à l’oreille des chevaux. La comportementaliste canin n’obtient rien sans patience ni travail.

Reportage: Emeline Descamps (st.)
Reportage photo: Johanna de Tessières

SUR SON CARNET, AUDREY MULLER prend note de tous les progrès d’Olivia, la petite chienne qu’elle suit déjà depuis huit mois. Car il ne faut pas se fier à cette bouille angélique, comme l’explique Ariane, sa maîtresse  : J’ai adopté cette chienne qui a vécu deux ans en refuge et où elle avait été ramenée trois ou quatre fois par des propriétaires successifs. Son CV était devenu terrible  ! Maintenant que les problèmes se sont largement atténués, Ariane rit des frasques de son animal. Pourtant, à l’époque où les consultations intensives avec la comportementaliste se répétaient deux fois par semaine, l’atmosphère était moins détendue. La chienne n’était pas propre, elle aboyait tout le temps, elle fuguait, elle démolissait. En plus, c’est un chien qui n’avait jamais été sociabilisé, que ce soit avec des animaux ou des gens. Elle avait des lacunes terribles, raconte Ariane. La situation était telle que cette maîtresse honteuse souffrait du regard des autres et développait des parcours de promenade stratégiques pour rencontrer le moins de monde possible :Au parc, c’est gênant, il faut toujours expliquer. Quand Olivia fonce sur les gens, ils ont évidemment peur. Certains propriétaires se mettent en furie, à hurler sur les chiens. Au final, ils vont avoir le même comportement agressif que le chien. Ça me stresse terriblement.”
 
Même si la thérapie n’est pas terminée, Ariane est reconnaissante du travail de la comportementaliste et lui fait part des derniers changements dans le comportement de sa chienne. Tu te souviens qu’on a eu beaucoup d’aventures. Grâce à toi, on sait comment s’y prendre. On a eu tous les tuyaux et, aujourd’hui, quand on passe devant des inconnus, Olivia ne les regarde même plus.” En voyant l’évolution, Ariane est encore effarée par la transformation de cette chienne qui revient de loin  !”.
  
Passion, patience et travail
 
Audrey Muller rencontre divers cas de comportements problématiques chez les chiens, même si dans 80 % des cas, ce sont des problèmes de relation entre le maître et l’animal”. Elle a rencontré des cas extrêmes où le maître n’osait plus être dans la même pièce que son chien, avait peur de s’installer dans son canapé ou de manger devant lui. Des cas où la morsure est tellement an crée qu’elle est devenue instrumentalisée et quasiment un tic”. La comportementaliste canin se confronte ainsi directement à l’agressivité de ces animaux. Mais elle explique ne pas avoir peur : Je sais pourquoi le chien a ces réactions. Je connais exactement les circonstances qui le poussent à l’agressivité. Donc, avec moi, il n’y a pas de problème et je n’ai rien à craindre.
 
la libre,momento,coulisses,comportementaliste caninCet entendement et cette proximité avec l’animal, que d’ailleurs beaucoup rêveraient d’imiter, elle les a gagnés par passion, patience et travail. Depuis le début, elle est irrémédiablement attirée par les animaux, par leur présence et leur attachement. Avec les chiens, elle se dit hyper-passionnée par leur mode de fonctionnement si différent du nôtre”. Alors qu’elle collectionnaitdes tonnes d’articles sur des comportementalistes, elle a décidé d’en faire son activité professionnelle. Audrey a suivi des stages, séminaires et formation en France. Il n’y a pas de diplôme ni de certificat en Belgique. Donc tout le monde peut se dire comportementaliste. En France, il faut le diplôme pour professer.”
  
Actuellement, ce manque de reconnaissance a non seulement un impact sur la méconnaissance du public vis-à-vis de cette profession mais aussi sur la simple existence de cette pratique qui pourrait pourtant être la solution à bon nombre de problèmes : Il y a de plus en plus de cas d’agressivité car les gens ne sont pas informés; ils travaillent plus, ils ont moins le temps de s’intéresser à leur animal. Quand ils ont un problème, ils ne vont pas penser au comportementaliste. Ils vont plutôt aller chez le vétérinaire croyant qu’il peut régler tous les problèmes.” Et pourtant ces professionnels de la médecine animale font appel à la comportementaliste canin pour qu’elle puisse prendre le relais : Beaucoup de vétérinaires se disent comportementalistes parce qu’ils travaillent avec les animaux mais il y a une lacune. Je le ressens et d’ailleurs il y a des vétérinaires qui m’appellent régulièrement. Ils sont parfois dépassés”, explique Audrey Muller. 
 
Décrypter les signes
 
La comportementaliste canin s’insurge face aux nouvelles émissions de télé-réalité qui mettent en scène les relations conflictuelles entre le chien et le maître :Ils ne travaillent pas du tout comme nous. Eux, ils utilisent la force. Si un chien ne se soumet pas, ils vont le plaquer au sol. Ce qui est contradictoire parce que, dans la meute, ce n’est pas le plus fort qui est dominant.Elle explique que ces démonstrations, qui relèvent plus du spectacle, ne sont pas efficaces à long terme, qu’elles peuvent créer de l’anxiété chez le chien et qu’elles ne garantissent en rien que la soumission du chien sera aussi efficace avec le maître. Sa méthode est différente. Elle est beaucoup plus longue car on va d’abord passer par de l’observation. Moi, j’essaie toujours de comprendre pourquoi l’animal est comme ça et d’aller au cœur du problème en détectant les symptômes.”
 
D’abord, Audrey Muller aime être seule avec le chien pour observer son comportement sans la présence du maître. C’est à ce moment que le chien acquiert une autre place.” Ensuite, la discussion avec le maître s’avère cruciale, car c’est par lui et ses propres attitudes que vont se résoudre les problèmes comportementaux de l’animal. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est donc bien un travail entre le maître et son chien avant tout. La comportementaliste va surtout décrypter les signes, guider et soutenir. Les résultats sont là parce que la propriétaire a bien suivi les conseils et fait les exercices. Elle et son chien ont vraiment fait de gros efforts.”
 
La comportementaliste canin propose une série d’exercices comme l’éducation au rappel ou encore l’agility, ce parcours où le chien doit franchir des obstacles. Certaines races de chien ont vraiment besoin de travailler mentalement. Les exercices de ce genre peuvent avoir une influence sur le comportement en situation extérieure, en dehors du cadre familial, explique Audrey Muller.
  
Chien et cheval, ses acolytes au travail
 
la libre,momento,coulisses,comportementaliste caninAudrey Muller a son propre compagnon. Sa chienne, Hélia, est décrite comme “un modèle” et fait des envieux. En effet, la relation entre la jeune femme et sa chienne est belle à voir : une complicité, une entente, un entendement qui font rêver les maîtres en difficulté. D’ailleurs, cette chienne est d’une aide précieuse lorsque la comportementaliste doit faire un travail de sociabilisation. Mais son chien n’est pas son seul acolyte au travail. Zip-zip, son cheval, est aussi de la partie lorsqu’il est question de travailler les peurs du chien, souvent à l’origine de l’agressivité . “Dans le cas de cette chienne Olivia, le but était aussi qu’elle cesse d’avoir peur. Travailler avec Zip-Zip peut-être un moyen de lui montrer que le cheval, tout comme le vélo sur lequel elle fonce, est positif.La comportementaliste ajoute qu’ ici, il y a un double bénéfice car la maîtresse est dans le monde de l’équitation”. La rencontre entre les deux animaux est progressive, toujours sous le regard attentif de la comportementaliste. Elle se poursuivra lors de balades où la spécialiste pourra détecter le degré d’anxiété chez le chien et d’autres facettes de son caractère comme une tendance à la sécurisation de l’espace.
  
Après avoir suivi une formation avec Daniel Goffaux, spécialiste en éthologie équine, Audrey Muller s’est aussi mise à étudier le comportement du cheval. Elle fait toutefois remarquer que ce n’est pas du tout le même travail de comportementaliste. La plus grosse différence, c’est que, d’un côté, on a un prédateur, ici le chien qui va chasser, et de l’autre côté, une proie, le cheval, qui va être chassé. Donc le travail de comportementaliste pour chien et pour cheval est complètement différent. Mais associer les deux est très intéressant et peut résoudre les problèmes de comportement.”
 
“On fait trop d’erreurs avec les chiens”
 
Au fil des consultations, les propriétaires de chiens se rendent compte de la série d’erreurs qu’ils ont perpétuée. Alors que la petite chienne Olivia vient réclamer de l’attention, le deuxième chien d’Ariane se met à grogner :Avant, on aurait réprimandé celle qui grogne, explique Ariane, se remémorant toutes les explications de la comportementaliste. On se laisse vite avoir et, en fin de compte, on fait trop d’erreurs avec les chiens et on intervient trop. En fait, Olivia est la dominée et il fallait qu’elle trouve sa place. On ne l’avait pas compris et on ne faisait que la frustrer.”
 
Par ailleurs, la comportementaliste remarque que les maîtres ont beaucoup trop tendance à adapter des valeurs et concepts humains au monde animal. L’anthropomorphisme est bien trop mis en avant dans notre société actuelle. Je fais le maximum pour répondre aux attentes des propriétaires mais j’accorde une énorme importance au bien-être de l’animal.”
 
Puisque l’animal ne parle pas, nous pourrions imaginer que sa psychologie est plus difficile à pénétrer. Mais en entendant cela, Audrey Muller à le sourire malicieux :L’humain parle mais ce qu’il dit n’est pas ce qu’il a réellement au fond de lui. En psychologie, on ne va pas vraiment s’intéresser au fond de ce qu’il nous dit. On va surtout décrypter en faisant attention aux mimiques. Alors que l’animal ne calcule pas, il est spontané. La comportementaliste canin met ainsi son savoir et sa réceptivité au service du couple que forment le maître et son chien. Elle souligne qu’elle ne doit pas former un trio au sein duquel trop d’interventions de sa part mettraient à mal l’équilibre de ce duo. Le maître doit se débrouiller avec le chien. Le but, c’est d’arriver au moment où, tous les deux, ils n’auront plus besoin de moi.
 
 
Les conseils de la comportementaliste
 
Ne pas attendre. Le comportementaliste canin doit pouvoir agir avant que le problème s’aggrave. Si une attitude devient instrumentalisée chez le chien, il sera plus difficile de l’en défaire.
 
Étape par étape. Le renforcement positif doit être progressif. Ne confrontez pas le chien à des situations émotionnellement trop fortes pour lui. Gardez en tête que le progrès n’est pas inné mais le résultat d’un apprentissage.
 
Sociabiliser. Le travail relationnel avec l’homme ou d’autres animaux est fondamental. Tout se joue dans les trois premiers mois après la naissance.
 
Rester indifférent. Évitez de sans cesse intervenir lorsque le chien a un comportement excessif ou de le rassurer quand il a peur. Vous ne ferez que lui donner raison d’être agressif ou l’effrayer.
 
Proscrire l’anthropomorphisme. Il ne faut traiter ni penser la situation du chien en fonction de nos valeurs et concepts humains.
 
Respecter l’ordre naturel. En cas de cohabitation entre deux chiens, renforcez leur rapport dominant-dominé. Soutenez le dominant qui porte toutes les responsabilités et ne tentez pas de protéger le dominé. Un chien dominé n’est pas un chien malheureux !
 

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