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14/09/2014

Netflix, une révolution, cinq questions

la libre,momento,derrière l'écran,netflixD’ici quelques jours, le fameux service américain de vidéos en ligne sera disponible en Belgique : une révolution pour le grand public mais aussi pour le secteur de l’audiovisuel. Comment s’abonner, quels avantages, quels inconvénients, qu’en pensent les auteurs, producteurs et le ministre  ? Vieux films ou vraies nouveautés, le dossier est dense. On vous éclaire.


Quels sont les points forts et points faibles de l’abonnement à Netflix ?
 
Bon marché, facile d’utilisation et extrêmement mobile, le service Netflix possède de nombreux avantages pour les cinéphiles et “sériesphiles” passionnés. L’assurance de toujours trouver une fiction qui corresponde à vos goûts.
 
Son imposant catalogue: avec un millier de titres (pour commencer) de ce côté-ci de l’Atlantique, contre deux mille aux États-Unis, même en phase de démarrage, la manne fait forcément des envieux.
 
Son système de recommandations. La grande force de Netflix, c’est sa capacité à anticiper vos désirs en analysant vos choix précédents et en vous suggérant des films ou séries que “vous aimerez aussi”. Des algorithmes ultra-sophistiqués qui donnent l’impression à l’internaute d’être au centre de toutes les attentions de Netflix qui, dans les faits, se base sur ces données pour faire ses choix de créations futures.
 
Nouveautés 2015, etc. Toutes les nouvelles productions attendues en 2015 et après, seront disponibles sur Netflix. “Narcos”, “Marco Polo”, “Daredevil”, “Marseille”… Détails à trouver sur le blog laloidesseries.be.
 
La chronologie des médias interdit à Netflix, malgré son dynamisme et son développement ultra rapide, de diffuser des films sortis depuis moins de trois ans en salles. Ce qui fait dire aux diffuseurs habituels (Be TV, Voo, Belgacom) que les exclusivités seront toujours chez eux puisqu’ils en ont acheté les droits de diffusion prioritaires. Reste un impressionnant catalogue de “classiques” du 7e art qui plaira aux amateurs du genre.
 
Séries “exclusives”. Connue pour ses séries “House of Cards”, “Orange is the New Black” ou “Lilyhammer”, Netflix en a déjà vendu les droits à certaines chaînes européennes comme Be TV, la RTBF ou Arte. Ce qui signifie qu’elles continueront à les diffuser en priorité jusqu’à ce que l’intrigue parvienne à son terme. De même, lorsque Netflix se vante d’avoir acquis les droits “mondiaux” d’une nouvelle série comme “Gotham”, elle se base sur les 40 pays dans lesquels elle est présente sans préciser que les nouveaux territoires où elle va s’implanter (France, Belgique, etc.) ne l’ont pas forcément attendue pour faire leur shopping… 
 
À l’internaute de se méfier de ces déclarations parfois trop enthousiastes. K.T.
 
 
Netflix, comment ça marche ?
 
L’abonnement à Netflix est mensuel (entre 7,99 € et 11,99 €/mois). Son prix varie en fonction du nombre d’écrans sur lesquels les contenus peuvent être visionnés en simultané. La 1re étape consiste à s’inscrire sur le portail belge du géant de l’abonnement vidéo (https ://www.netflix.com/global). Une fois inscrit, vous pourrez visualiser en streaming le catalogue sur ordinateurs et appareils connectés : smartphones, tablettes, télévisions connectées à Internet et consoles de jeux vidéo.
 
Télévision numérique. À terme, le catalogue de Netflix pourrait être disponible via les décodeurs (Belgacom TV, Voo, Telenet, etc.). Il semblerait en effet que des négociations soient en cours entre les opérateurs belges et le géant de la Svod.
 
Désabonnement. Les membres peuvent se désabonner quand ils le souhaitent, sans frais. Au.M.
 
 
Quelle place pour les auteurs face aux internautes ?
Le scénariste Luc Jabon répond pour la SACD
 
L’ombre de la majorité. C’est la principale crainte à l’égard de Netflix. “Quid du système de recommandation très sophistiqué de Netflix ? C’est un système analytique de plus en plus prédictif qui anticipe vos désirs ou attentes. Cela peut être une bonne chose, mais cela peut aussi mettre en danger des contenus innovants. Comment assurer une vraie diversité culturelle ? D’autant que le choix des internautes intervient même au moment de la conception de l’œuvre, via les épisodes pilotes sur lesquels le public est appelé à se prononcer ou via parfois le choix des acteurs, comme ce fut le cas pour Kevin Spacey plébiscité pour devenir le héros de ‘House of Cards’. Le risque avec ce type de démarche, c’est de mettre en avant ce qui existe déjà, ce dans quoi le public se reconnaît, en mettant dès lors un frein à l’inventivité, à l’inconnu et à l’inédit que l’auteur est justement censé proposer.”
 
Complémentaire. “On rejoint les analyses qui disent que Netflix est une offre complémentaire. Be TV/VOO et Belgacom TV vont garder les exclusivités sur un grand nombre de films et de séries. Mais, bien sûr, cela peut changer la façon de regarder les œuvres avec cette rapidité de transfert d’un écran à un autre (tablette, smartphone, etc.), cette grande disponibilité et cette mobilité retrouvée.”
 
Contrats signés. Bonne nouvelle : des contrats d’autorisation ont été signés. Des négociations avaient été engagées dans ce sens avec la Sacem et la SACD précisant que “Netflix pourrait utiliser notre répertoire à condition de payer les droits d’auteur. Cela tord le cou à la rumeur qui disait qu’ils refuseraient de le faire.”
 
Rester créateurs d’œuvres. Une bataille reste encore à mener : “que Netflix puisse contribuer à la production d’œuvres inédites. Mais on compte sur le soutien du politique à ce sujet. Il faudra veiller à ce que le système de création ne soit pas inversé et que le vote des internautes ne prime pas sur la créativité des auteurs. Il ne faut pas que nos œuvres soient réduites à l’état de produits, de commandes.” K.T.
 
 
Quelle est l’attitude adoptée par le ministre des Médias et le CSA ?
 
Alors qu’elle était encore ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan nous avait indiqué, au printemps dernier, n’avoir aucun contact avec Netflix. 
À l’époque, la France bataillait déjà – par l’intermédiaire d’Aurélie Filippetti – avec le géant américain pour exiger des contreparties financières à son grand débarquement annoncé dans l’Hexagone. “Pour l’instant, (leur arrivée) est encore du domaine de la fiction”, confiait Madame Laanan.
 
Aujourd’hui, c’est Jean-Claude Marcourt qui occupe le poste de ministre des Médias (en ce compris les nouvelles technologies). S’est-il saisi du dossier Netflix ? “Nous y travaillons”, nous a-t-on répondu auprès de son cabinet. Le ministre, manifestement, ne veut pas précipiter les choses. Le dossier est “touchy” et dépasse largement le cadre francophone belge.
 
Au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), on n’a pas attendu l’arrivée de Netflix, la semaine prochaine, pour s’en préoccuper. “Nous avons eu des contacts informels avec Netflix, dès le mois de juin 2013”, indique Geneviève de Bueger, responsable des “nouvelles plateformes” au CSA. Mais Netflix agissant depuis le Luxembourg (et, à présent, des Pays-Bas), il échappe au cadre réglementaire et régulatoire de la Communauté française. En clair, rien ne contraint le nouvel entrant de contribuer à la production audiovisuelle “locale”… P.-F.L. 
 
 
Comment réagissent et s’organisent les producteurs français  ?
 
Prudence. “L’effet de l’arrivée de Netflix en France pour la production originale sera marginal en volume, au moins au début”, nuance Jean-François Boyer (Tetra Media Studio). Thomas Anargiros, président d’EuropaCorp TV et de l’Union syndicale des producteurs audiovisuels, rappelle que “Netflix a produit avec succès les séries ‘House of Cards’, ‘Orange is The New Black’, ‘Lilyhammer’ et va produire ‘Marseille’ en France, mais n’est pas une chaîne de télé. C’est une offre de catalogue, avec un algorithme qui s’adapte aux choix de chaque abonné, et permet de visionner des dizaines de milliers d’heures de programmes, qui pour 90 % d’entre eux ont plus de trois ans  ! Alors que Netflix a explosé aux États-Unis, la chaîne cryptée HBO a conservé ses 30 millions d’abonnés.
 
Netflix menace-t-il l’exception culturelle en servant de “prétexte” pour certains diffuseurs “de faire exploser le système des quotas et obligations de production, dans la fiction mais aussi l’animation et le documentaire” ? Jean-François Boyer craint que la plateforme “ne participe pas au système vertueux mis en place dans les années 60 pour participer au financement des œuvres francophones”. Thomas Anargiros propose au projet européen de faire payer dès 2015 la TVA dans le pays où le public reçoit l’œuvre, soit étendue à l’impôt sur les sociétés. Et que la France perçoive une taxe sur la somme que Netflix versera aux fournisseurs d’accès Internet pour s’assurer une bonne qualité de bande passante.
 
Le patron d’EuropaCorp TV cite en exemple le rachat par Netflix de sa série “Taxi Brooklyn”, numéro 1 aux États-Unis, produite en anglais pour NBC (où se termine la diffusion) et TF1. “Les (primo) diffuseurs français vont pouvoir faire entrer dans les plans de financement ces nouvelles fenêtres de diffusion sur des plateformes SVOD.” Jean-François Boyer d’ajouter : “Netflix a installé une nouvelle façon de consommer les séries, le binge watching (possibilité de voir tous les épisodes sans attendre), mais aussi l’absence de coupures pub. Qui dit absence de pression publicitaire dit plus grande liberté créatrice.” 
Propos recueillis par C. G., à Paris
 
 
Illustration; Blaise Dehon

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