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15/09/2014

Vous voulez être un gentleman BCBG ?  C’est possible  !

La Libre, Momento, Tendances, look, homme, modeQuels sont les codes du vestiaire masculin ? Comment vous regarde-t-on en fonction de la manière dont vous êtes sapé ?

Entretien pratico-pratique: Aurore Vaucelle

JULIEN SCAVINI, IL EST CHIC. Et il a décidé d’en faire son métier. À 28 ans, il est tailleur. Et aussi chroniqueur. Sa spécialité à lui : le vestiaire masculin dans ce qu’il a de plus classique. Il n’a pas son pareil pour parler de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. Se faire traiter de dandy, non il n’aime pas. Comment en est-il arrivé là ? Initialement, il s’intéressait à l’architecture. “Mais en architecture, il n’y a plus de codes. Il y en avait à l’époque de l’académisme. Les canons ont été détruits pour mettre à la place le génie personnel. C’est aussi lié à l’égalitarisme. On est passé d’un ensemble de référents partagés (le canon), à une règle où chaque personne doit trouver son style. J’avoue que j’aime évoluer dans un carcan normé, c’est plus facile. Et la mode homme, c’est l’un des derniers bastions où il existe des règles.” Voyons un peu cela.
 
“Quand on se sent bien dans un vêtement, tout peut arriver. Un bon vêtement, c’est un passeport pour le bonheur.” Et c’est Yves Saint Laurent qui le disait. Respecter un certain dress code, c’est un moyen de se créer une bonne place dans la société ?
Ce n’est pas totalement vrai dans la mesure où il y a une multitude de contre-exemples. Il y a des tas de gens qui ont réussi en étant habillés comme l’as de pique ! En revanche, il existe beaucoup de milieux où le bon vêtement, c’est le passeport de la réussite, notamment les professions qui touchent à l’argent. Quand on voit quelqu’un qui a ces codes, il y a une sorte de dialogue possible. C’est un passeport pour le confort de soi-même, mais c’est aussi un passeport socioprofessionnel. C’est un non-dit certes, c’est un entre soi, mais qui est visible.
 
Donc, pour grimper dans la hiérarchie, il faut se mettre en peine de suivre les codes et, hop, on sera adoubé.
On dit que “l’habit ne fait pas le moine”. Mais l’habit fait le moine. On vit dans une époque stéréotypée. Soit on a du talent et on se fait remarquer pour cela, soit on intègre les codes qui permettent d’évoluer. Être bien habillé, c’est faire preuve d’un bagage intellectuel. C’est une manière d’intégrer quelque chose qui n’est pas soi.
 
Si on est extravagant, si on va au-delà des codes, est-ce que ça va être plus difficile de se faire accepter ?
Voilà ce qu’on peut dire à propos des règles : “First learn the rules and then break them.” Je pense qu’il ne faut pas louper la première étape. Il ne s’agit pas d’être excentrique n’importe comment. Le vêtement est lié à une circonstance et pas au simple fait de l’habillement.
 
Le bon goût, c’est quoi ?
Attention car cette expression a une connotation petite-bourgeoise. Le bon goût est lié aux circonstances. Savoir quand on s’habille et pourquoi et si c’est approprié et dosé. Je pense qu’un gentilhomme doit vivre dans la modération. Il y a des bornes à droite et à gauche. L’idéal, selon moi, est de vivre au milieu de la cible.
 
La chemise est le vêtement du XXIe siècle le plus porté, dans le travail, en mode cérémonial mais aussi dans les loisirs maintenant. Mais c’est aussi l’un des vêtements les moins bien portés. Comment choisir une belle chemise pour être beau ?
Quel boulot ! Déjà, il ne faut pas rentrer dans une boutique où les chemises sont multicolores, où il y a des boutons partout, ou des boutons noirs par exemple. On évite les couleurs saturées. Bleu, blanc, plutôt des couleurs poudrées. Il faut rester modéré. Et fuir les chemises ajustées sauf quand on a des abdos en fer. Car quand un homme s’assoit à une chaise, le ventre se détend et ça fait des bourrelets; même s’il faut éviter les chemises parachutes des années 90.
 
Et la chemise blanche alors, vous la plébiscitez ? Un homme en chemise blanche peut demander la Lune, non  ?
C’est vrai, ça fait James Bond. Mais c’est encore une tenue très réservée, quand on a envie d’être recherché. Cela me fait penser à un très beau passage de “Gatsby le magnifique” de Fitzgerald  : “Il sortit une pile de chemises et se mit à les jeter, l’une après l’autre, devant nous, chemises en batiste fine, en soie épaisse, en flanelle mince, qui perdaient leurs plis en tombant et couvraient la table d’un désarroi multicolore” […] “Des chemises à raies, à entrelacs et à carreaux, corail, vert pomme, lavande, orange pâle, ornées de monogrammes bleu indien.” Évidemment, là, on n’est pas dans les couleurs criardes ou les rayures bâtons.
 
On a parfois l’impression que les hommes sont démunis face à leur vestiaire, qu’ils ne savent pas comment choisir face aux propositions qui leur sont faites.
Les hommes sont plus timides. Et même dans l’académisme vestimentaire, ils ne sont pas encore à l’aise. Mais, à un moment, il faut un peu affirmer son désir ! Je vois beaucoup d’hommes qui refusent de choisir. Est-ce une fainéantise intellectuelle ? Je ne sais pas. Ils estiment être au-dessus de ce genre de choix. Il y a beaucoup de gens qui se disent que le vêtement est anecdotique, voilà bien une fadaise intellectuelle. Il faut prendre le risque du choix; on peut se tromper mais c’est un apprentissage. Après tout, pour choisir un vin, il faut bien se renseigner.
Qui donc préfère se référer au style d’un autre ? Que ce soit un créateur ou Zara ?
 
Et les hommes habillés par leur femme ?
Ça, c’est un gros défaut… En plus, si on ne fait pas d’effort, il y aura l’élégance au bout. D’autant que c’est plus facile pour un homme d’être élégant qu’une femme, je le dis. La mode femme est plus compliquée et peu codifiée. Elle mise plus sur votre génie du matin. Sur votre jugement.
Les hommes trouvent James Bond très beau à l’écran. C’est vrai, James, il est “sharp” (affûté) comme disent les Anglais, mais il ne faut pas se leurrer, c’est travaillé.
 
“ModeMen, Découvrez les basiques du vestiaire masculin et apprenez à les coordonner”, aux éditions Marabout, 17 € env.
 
 
Élégants, les politiques ?
 
Bien que les hommes politiques, dans le cadre de leur fonction, soient obligés de respecter le dress code classique, bien peu d’entre eux le maîtrisent en vérité. L’élégance en tout cas, selon Julien Scavini, n’est ni de droite ni de gauche. En France, dans le gouvernement de gauche actuel, il observe, de son œil affûté, qu’il y a plus de ministres qui vont chez les grands tailleurs que dans le gouvernement de droite antérieur. “Le commun pourrait se dire que si on est de gauche, on ne va pas se payer des costumes à 7 000 euros, mais in fine Moscovici, Sapin vont chez les tailleurs, Fabius va toujours chez le tailleur à Londres et porte toujours une petite pochette.”
 
Dans les faits, il ne faut pas être trop élégant quand on est politique au risque que ça nous retombe sur le paletot. “Fillon, il s’est fait traiter de petit-bourgeois de la Sarthe. Bruno Lemaire, qui essaie de briguer l’UMP, adore les costumes italiens à plus de 3 000 euros, c’est un vrai dandy. C’est son truc, mais il n’ira jamais très loin, il ne sera pas président ainsi.”
 
Pensez à Balladur, n’en a-t-il pas pâti justement ? “Toute sa vie, il est allé chez le tailleur à Londres. Tout le monde se moquait du fait qu’il portait des chaussettes rouges et qu’il était un peu engoncé dans ces petits costumes trois boutons. Alors que Chirac avait des trucs trois fois trop grands pour lui, mais ça devait lui donner un air plus cool.”
 
Du coup, cela veut-il dire que le président ne doit jamais être trop élégant ? Réponse du spécialiste : “Hollande n’est pas élégant ! Et en plus, il n’a pas les codes. Au défilé du 14 juillet, il avait boutonné son deuxième bouton, ce qu’on ne fait jamais. Et la veste ne doit jamais rester fermée quand on est assis. Je ne sais pas qui le conseille. Sarkozy, il avait adopté une sorte de style à l’italienne, costume noir ou bleu foncé, cravate d’un même ton, chemise blanche. Toujours discret mais bien fait avec une attention aux détails (notamment ses cravates grenadines, c’est un choix de connaisseur). Il arrivait a être élégant dans la sobriété donc ça ne l’a jamais desservi.”
 
“Poutine et Medvedev font des efforts de tailleur à l’italienne”, comme quoi les régimes totalitaires essaient de rester chics en surface. David Cameron a toujours l’air chiffonné, “il porte des costumes de facture moyenne”. En Italie, le nouveau Premier ministre n’a pas des costumes extraordinaires, malgré sa nationalité. “Mais il est de gauche donc peut-être que ça ne l’intéresse pas.” Et que dire alors de la panoplie du chef du monde libre ? “Obama est extrêmement habillé, dans une tradition américaine. Il s’habille chez Brooke Brothers, comme tous les présidents depuis la création de Brooke dans les années 1830. Ça ne brille pas, ce n’est jamais trop.”
 
 
Ph.: Reporters/All Access

10:17 Publié dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, tendances, look, homme, mode | |

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