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16/09/2014

Brühl, luxe suprême d’un prince de l’Église

la libre,momento,vie de château,brühl,allemagne,augustusburgEntre Bonn et Cologne, le village de Brühl abrite deux maisons sublimes. L’une est immense, l’autre est minuscule. Lieux du raffinement rococo. Et c’est du belge !
 
Philippe Farcy


AVEC SES DEUX DEMEURES exceptionnelles, Brühl figure depuis 1984 au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est mérité sans doute, et dans la région on ne s’en plaindra pas car cela fait tourner le tourisme. Mais l’Allemagne actuelle qui était jadis divisée en de multiples royaumes, principautés épiscopales, abbatiales ou non, compte encore de nombreuses maisons princières qui mériteraient, elles aussi, de figurer sur un tel tableau.
 
À Brühl, si on aima les tableaux, c’était surtout ceux de la chasse que l’on pratiquait dans une région vaste, calée à l’Est par la rive gauche du Rhin. Les autres tableaux, ce sont ceux des peintres de cours qui, eux, calaient leurs toiles dans les cimaises chantournées des salons, boudoirs, fumoirs, bibliothèques, célébrant l’ego de leurs maîtres avec un brin de légèreté mais toujours avec pompe.
 
La visite de ces deux maisons, “Augustusburg” et “Falkenlust” (pour la semaine prochaine), est exemplative du mythe de la personnalité développé par un homme précis en l’espèce, à savoir Clément-Auguste de Bavière, de la Maison des Wittelsbach (1700-1761).
 
Ce prince était le fils de Maximilien-Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas du Sud, à la requête non pas de son beau-père l’empereur Léopold Ier de Habsbourg dont il avait épousé la fille, Marie-Antoinette, décédée en couches à Vienne en 1692, mais du Roi d’Espagne, Charles II, dernier de sa branche. Sa mort entraîna la Guerre de Succession d’Espagne.
 
Maximilien-Emmanuel vécut à Bruxelles de 1692 à 1706 et c’est donc sous son “règne” que Bruxelles brûla sous le feu des armées françaises. Il se remaria. Cela fit naître notre Clément-Auguste, à Bruxelles, des œuvres d’une princesse polonaise, Thérèse-Cunégonde Sobieska (1676-1730), fille du Roi Jean III. Le couple eut dix enfants.
 
Clément-Auguste fut cinq fois nommé évêque entre 1716 et 1728, mais c’est surtout le poste d’archevêque-électeur de Cologne, en 1723, qui lui importa. Avec toutes ces charges, il accumula, on s’en doute, les revenus. Il lui fallait donc une résidence de qualité que Cologne ne lui offrit pas et, si possible, dans un lieu vaste pour chasser à courre ou au faucon les bêtes à plumes et à poil. Prince de l’Église, il assuma son rôle avec grandeur et fantaisie comme en témoignent les portraits conservés in situ à Brühl. Le parc actuel compte encore 89 ha.
 
Les connexions entre le site et la Belgique ne s’arrêtent pas au paternel et à une naissance. Clément-Auguste, dernier des archevêques de sa famille sur le trône de Cologne, était le frère de Jean-Théodore (1703-1763), évêque de Ratisbonne et de Freising (ville située juste au Nord de l’aéroport de Munich), mais surtout prince-évêque de Liège de 1744 à son décès, lui aussi dernier des Wittelsbach régnant sur Liège. C’est lui qui aimait tant le château de Seraing, aujourd’hui aux mains heureuses et protectrices de CMI.
 
Et ce n’est pas fini pour les liens avec nous car le prince Clément-Auguste choisit comme architecte, tout d’abord, J.-C. Schlaun (1695-1773), puis François de Cuvilliés (1695-1768). Ce dernier était natif de Soignies, mais toute son œuvre se trouve en Allemagne, de Tuernich au pavillon d’Amalienburg, en passant par la Résidence de Munich et des interventions au château de Schleissheim. On lui devait également les décors de l’hôtel des ducs d’Ursel (on prononce d’Urs), situé jusque dans les années 1960 rue de Loxum à Bruxelles; il fut stupidement démoli lors de la bruxellisation de la capitale.
 
Le grand château de Brühl a été érigé sur les restes d’une petite forteresse de plaine. Les travaux de Schlaun furent transformés par Cuvilliés qui entama le chantier vers 1728 pour les voir terminés en 1740. Il surveillait cela de loin, ayant plus à faire en Bavière même auprès de Charles-Albert, frère de notre héros, lui aussi né à Bruxelles. Cuvilliés dessina les décors intérieurs de Brühl, comme il dessina la galerie des ancêtres à la Résidence de Munich. C’est lui qui fit s’éteindre le style baroque pour le rococo, style allemand par excellence, surchargé, certes, mais remplit de charmes, de fantaisies et de surprises.
 
Le château d’Augustusburg vaut déjà la peine au dehors, mais au dedans, c’est à tomber mort d’émotion. Et cela commence fort avec l’escalier fabuleux réalisé par Jean-Balthasard Neumann (1687-1753), entre 1743 et 1748. On ne vous en dit pas plus. Précipitez-vous pour admirer ces chefs-d’œuvre qui sont à une portée de main de nos frontières.
 
Et si vous aimez la musique, c’est le moment d’aller par là car à Bonn se tient le Festival Beethoven (“Beethovenfest”, créé en 1845) du 6 septembre au 3 octobre. Il y a des concerts tous les jours ou presque. Infos en Belgique : Ruth Houben  : 0475/277.522, ou via le Web  : www.beethovenfest.de. On pourra dormir à l’hôtel “Koenigshof”, sur la rive gauche du Rhin, dont la vue sur le fleuve courbé est une merveille.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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