Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

20/09/2014

Dis “bonjour”, dis “merci”, mais ne fais pas un bisou à n’importe qui !

La Libre, Momento, Bien-être, éducation, à la française, politesseL’éducation à la française, c’est un modèle, envié par la plupart. C’est la recherche d’avoir un enfant poli,
comme un caillou poli. Mais comment bien élever un enfant, c’est-à-dire l’amener à canaliser ses pulsions ? Réponses de la pédiatre française, Edwige Antier.

Rencontre: Laurence Dardenne


SOIS POLI, DIS MERCI. Ces phrases impératives, que l’on réserve, généralement, aux enfants, pourraient aussi bien s’adresser à certains adultes, qui semblent n’avoir toujours pas intégré les quelques règles de base d’un savoir-vivre élémentaire. 
C’est que l’éducation à la française, qui fait office de modèle du genre, de référence en la matière au niveau mondial, est tout un art. C’est en tout cas ce qu’explique dans son ouvrage “Sois poli, dis merci” (*), la pédiatre française et auteure de nombreux ouvrages, Edwige Antier. De A comme allaitement (au sein) à Z comme zizi (ou bistouquette, petit oiseau, zézette…), en passant par C comme caprice, O comme obéir ou V comme vouvoiement, le Dr Antier nous livre, ici, un abécédaire où sont détaillées de multiples situations de la vie quotidienne, explique comment l’on réagit dans d’autres cultures et donne ses conseils très concrets à elle, pédiatre.
 
Comment vous est venue l’idée de ce livre ?
En tant que pédiatre, toute la journée au fil des consultations, j’entends : “T’as dit bonjour au Docteur  ?”, “Tu as dit merci  ?”. Les parents français sont, en effet, très soucieux d’une bonne éducation. Et lorsque l’on écoute ce que l’on en pense à l’étranger, on se rend compte que l’éducation à la française est véritablement un must. C’est comme Christian Dior. Pourquoi  ? Parce que cela nous vient des monarchies. Et comme à la Cour du Roi, tout le peuple voulut élever les enfants selon les préceptes de la Cour. Et cela nous est resté, comme inscrit dans la mémoire des Français. C’est historique.
 
Comment peut-on, en quelques mots, définir l’éducation à la française ?
L’éducation à la française, c’est la recherche d’avoir un enfant poli, comme un caillou poli, agréable à vivre. C’est un modèle dans le monde entier.
 
C’est quoi, un enfant bien élevé, selon vous ?
Élever un enfant, c’est ne pas le laisser dans sa condition primaire. Élever un enfant, c’est l’amener à canaliser ses pulsions en énergie positive, constructive, en échange. Et non pas en énergie négative, destructive et rejet. L’éducation, c’est la canalisation des pulsions.
 
Quels sont les qualificatifs que vous attribueriez à un enfant bien élevé ?
Un enfant bien élevé, c’est un enfant qui connaît les codes sociaux qui lui permettent de s’insérer dans la société tout en épanouissant sa propre personnalité. Et c’est cet équilibre qui est très délicat.
 
Dire “bonjour”, “merci”, “pardon”… permet de mieux s’insérer dans la société ?
Tout le but de l’éducation, c’est l’échange avec l’autre pour être accueilli dans la société. Le fait de dire “bonjour” signifie que vous êtes bienveillant à l’autre. Vous lui souhaitez une “bonne journée”. Mais il ne suffit pas de dire “bonjour”; dans l’éducation à la française, on va dire “bonjour Monsieur”, “bonjour Michel”. On doit désigner l’autre. Cela veut dire qu’on le reconnaît, c’est très important. Tout comme il importe de regarder dans les yeux parce que les yeux, c’est l’organe de la communication par la pupille à travers de laquelle on va dans la rétine et donc dans la pensée de l’autre. Il y a donc toujours l’idée de cette communication. Être bien élevé, c’est être apte à la communication avec l’autre qui va rechercher la communication avec vous parce que vous êtes bienveillant et que vous connaissez les codes du respect de l’autre. C’est aussi être plaisant. Être bien élevé à table, c’est encore savoir attendre que l’autre soit servi. Il y a aussi toujours ce souci de bienveillance. Ou encore, ne pas parler la bouche pleine, parce que c’est répugnant. Tout est codé pour être agréable pour être accepté en société. C’est pour cela que les parents sont convaincus de l’importance de cette bonne éducation qui vous fera inviter par les copains, puis par les parents de la jeune fille dont le jeune homme est amoureux, puis intégrer quand vous êtes stagiaire dans une entreprise… Tous ces codes qui vont vous ouvrir le monde.
 
Quels sont les comportements d’enfants qui restent inacceptables ?
Ce qui me choque, c’est quand un enfant mord ou frappe sa mère. S’il est petit, c’est peut-être qu’elle le sert trop fort contre elle, mais s’il est grand, c’est le comble que je ne peux pas admettre. Cela veut dire qu’il a de la colère, de la rage, qu’elle n’est pas acceptée. Frapper sa mère, c’est exactement l’interdit absolu. Une mère, c’est sacré. Cela me choque qu’un enfant n’ait pas de limite, mais aussi que la maman n’ait pas de réaction.
 
Ne faudrait-il pas, dès lors, dans certains cas, éduquer les parents avant les enfants ?
Tout le livre consiste, précisément, à donner des conseils aux parents. Car l’enfant est une pâte qui ne demande qu’à être polie. Encore faut-il que l’on ait la bonne méthode. 
 
(*) Sois poli, dis merci, l’éducation à la française : tout un art, Éditions Robert Laffont, collection Réponses, 20 €.
 
 
L’erreur de certains parents est d’inculquer les principes trop tôt et à contre-courant
 
Les enfants français et, par extrapolation peut-être, les petits Belges sont-ils particulièrement bien élevés ?
La comparaison avec les enfants belges est très intéressante
, nous dit Edwige Antier. 
J’ai beaucoup d’amis belges et je pense qu’en Belgique, on a les mêmes préoccupations de base, le même lexique et passé monarchique, la même recherche de raffinement. Les étrangers considèrent généralement que nos principes, c’est fabuleux et que l’enfant élevé à la française, c’est le must. Par contre, une fois que l’on devient adulte, le Français n’est pas du tout bien élevé. Contrairement aux Belges qui sont beaucoup plus agréables, ouverts, souriants, avenants.
 
Quelles pourraient en être les explications ? “L’une d’elles tient au fait que vot re culture est un mélange des principes semblables à ceux inculqués en France et d’une influence scandinave qui fait que vous respectez plus le développement de l’enfant et que vous ne plaquez pas ces principes trop tôt. Le problème, en France, c’est que, si les principes sont excellents, les parents sont tellement angoissés aujourd’hui que leurs enfants soient mal élevés qu’ils sont trop pressés et veulent inculquer les principes à contretemps. Demander à un petit de deux ans qu’il se tienne bien au restaurant, c’est juste pas possible. Dire trois fois à un petit de dix-huit mois : ‘t’as dit bonjour au docteur ?’, est inutile. Car, l’enfant finira par trouver que cela n’a plus de sens au point peut-être un jour de ne plus pouvoir dire bonjour. Les parents français sont beaucoup trop impatients et trop critiques parce qu’ils se sentent jugés. De ce fait, l’enfant va se replier comme une huître dans sa coquille. Du coup, à vouloir appliquer trop tôt avec un souci de l’autonomie très précoce, nous forçons trop la machine. Après, il y a un rejet et, chez l’adulte, malheureusement, beaucoup de ces principes se sont perdus. Il est, donc, important de respecter le calendrier de l’enfant, d’inscrire ces principes dans la chronologie du développement de l’enfant. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi sous prétexte qu’il y a un dogme.”- 
 
C’est ainsi qu’à chaque mot de l’abécédaire de “Sois poli, dis merci”, on trouve les conseils pour dire aux parents, les principes bien sûr, mais chaque chose en son temps.
 
Exemple à O comme obéir, le conseil du Dr Antier : “Faire obéir un enfant est un exploit : si vous voulez trop expliquer, parlementer avec lui, vous risquez d’en faire un négociateur épuisant; si vous criez et punissez, vous risquez la rébellion ou l’endurcissement. Les attitudes extrêmes sont à grand risque. Certains parents ont une autorité naturelle : ce sont ceux qui sont bienveillants, mais déterminés sur la justesse de l’interdit édicté. Quand il y a des moments justifiés où ils disent : ‘Non !’, l’enfant respecte.”
 
 
Illustration: Gaëlle Grisard

Les commentaires sont fermés.