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21/09/2014

Falkenlust, une folie de chasseur

La Libre, Momento, Vie de château, Falkenlust, BrühlClément-Auguste de Bavière fit ériger, à deux kilomètres du grand château de Brühl, une double merveille. Un pavillon de chasse et une chapelle.

Philippe Farcy


DEPUIS 1984, CE PETIT ENSEMBLE perdu dans les campagnes entre des champs de maïs et de choux rouges est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Clément-Auguste de Bavière serait sûrement content de cette reconnaissance internationale. C’est, en effet, ici que naquit le style rococo, caractéristique de l’âme allemande du XVIIIe siècle, raconte les guides, dont une princesse antillaise qui parle un français parfait grâce à un stage Erasmus.
 
Ce cher prince-archevêque de Cologne savait comment bien vivre et il détenait des moyens considérables grâce à ces charges variées.
 
On sait qu’il s’était fait ériger un palais à Brühl dont le chantier dura près de quarante ans, sur le site d’un ancien château fort médiéval. Mais à la pompe officielle, partagée entre Cologne et le palais de Bonn qui sert, aujourd’hui, de siège à l’université, il y avait lieu de préférer plus de calme et de sérénité. Comme tant d’autres grands seigneurs, Clément-Auguste avait le goût, non pas modeste, mais simple, ce qui n’excluait pas le raffinement. Et alors, pour satisfaire ses envies de chasseur, il demanda à divers maîtres de lui ériger à deux kilomètres du palais un petit édifice sans ambition extérieure, accompagné de deux dépendances et d’une chapelle postée à cent mètres du pavillon principal.
  
Sa seigneurie aimait chasser et il le fit savoir au monde, quitte à ce que, trois cents ans plus tard, on se demande encore ce qu’un archevêque pouvait bien faire si souvent à cheval, habillé de chapeaux de feutre tricornes, de dentelles, portant jabots sur des vestes de brocards cintrées, comme son frère régnant sur le duché de Bavière. Il est vrai que souvent les princes de l’Église détenaient, en même temps, les pouvoirs séculier et temporel.
 
Clément-Auguste aimait plus que tout la chasse au faucon, d’où le nom de cette petite maison. Et le faucon revient partout à égalité avec le blason des Bavière dans la décoration. C’est assez ostentatoire mais c’est tellement beau et élégant qu’on lui pardonnera ce manque de modestie. 
 
Cuvilliés, dont nous parlions la semaine passée, est intervenu, ici, en presque totalité, comme architecte, entre 1729 et 1737. Ce laps de temps est très long, mais la livraison de la demeure à l’archevêque nécessitait de terminer l’ensemble des décors. Ce sont eux qui créent l’éblouissement, aujourd’hui, car il ne reste rien du mobilier ancien. Les travaux de stucage sont extraordinaires de raffinement et de surprise, de même que la pose de milliers de carreaux en faïence de Rotterdam. Sur les murs de l’ample cage d’escalier, les frises de chasse alternent avec des massifs de losanges bleus et blancs aux armes des Wittelsbach. C’est à couper le souffle tant il y a de carreaux. Au rez-de-chaussée, on trouve un cabinet des laques et divers salons où le blanc et le bleu se marient avec délice. Dans une des dépendances, on trouve des animations, maquettes et personnages illustrant l’art de la chasse aux faucons. Rien ne semble avoir été transformé depuis si longtemps, malgré la dernière guerre et toutes les autres occasions de détruire ce genre d’endroit qui touche au sublime. 
 
Sans doute était-ce dans le chef de l’archevêque une manière de rendre grâce à Dieu. Toujours est-il qu’il lui fallait une chapelle. Et elle est bien plus sympathique que celle du palais voisin.
 
La chapelle octogonale a été conçue et dessinée par Pierre Laporterie (1702-1785), sculpteur originaire de Bordeaux. C’est un autre joyau de style rocaille qui évoque ce que l’on voyait déjà à la cour de Bayreuth (l’Ermitage et sa grotte, près du vieux château, vers 1715) ou près de Rastatt (palais de la Favorite, construit pour Sybille-August de Baden-Baden, vers 1710-1727). On retrouvera Laporterie au travail avec Cuvilliés sur les châteaux de Poppelsdorf, près de Bonn, et pour le landgrave de Hesse au château de Wilhemsthal à Calden, près de Kassel.
  
Ici, Laporterie a travaillé, lui aussi, dans les bleus et blancs et il a couvert les murs de coquillages placés en des formes extravagantes dont on se gratte encore la tête pour savoir où sont les évocations religieuses. Il y a bien une statue d’un saint, en pied, dans l’axe de la porte d’entrée, mais au-delà, c’est un peu vide de signification, sinon de joie de vivre et du sens du plaisir.
 
Ce lieu est une extravagance de plus dans un site exceptionnel où Français, “Belges”, Italiens et Allemands se sont trouvés réunis pour créer des merveilles. C’est tellement mieux qu’une guerre.
 
Fermé en décembre et janvier et les lundis. 3,50 € d’entrée.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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