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28/09/2014

Le Périgord vert, ce grand oublié

La Libre, Momento, Escapade, Périgord, Périgueux, vertPérigueux mêle, avec un juste équilibre, les vieux quartiers et les zones du XIXe siècle. La ville vaut aussi
le détour pour ses musées, ses lieux importants et ses festivals, sans oublier sa gastronomie  !

En visite: Philippe Farcy


LA VIEILLE CITÉ, DONT LES FONDATIONS remontent à l’époque romaine, on l’appelait alors Vesunna, francisé en Vésone, offre un cadre charmant et des ruelles anciennes autour de sa cathédrale Saint-Front. Capitale du Périgord, elle l’est, aussi, du Périgord blanc. Le cœur de la cité est presque aussi pittoresque que Sarlat, peuplé qu’il est de maisons renaissantes et baroques dont les qualités esthétiques méritent le détour.
 
La tour de Vésone, circulaire, érigée en moellons et en briques, constitue le plus imposant bâtiment de l’époque antique. Ses murs montent sur trente mètres de haut et le diamètre affiche vingt mètres. Ces éléments en font un monument imposant qui situe l’importance de la ville sous l’Antiquité; ce n’était que la partie centrale, la plus sacrée (la Cella), d’un temple immense. On conserve, par ailleurs, un mur long de 140 mètres. Par contre, presque rien ne subsiste de l’ancien amphithéâtre qui accueillait, dit-on, près de 20 000 personnes mais dont le site fut transformé en forteresse, vers le XIIIe siècle. La Guerre de Cent ans lui fut fatale.
 
Périgueux, petite ville de province et la centième en ordre d’importance économique dans l’Hexagone, mêle, avec un juste équilibre, les vieux quartiers et les zones du XIXe siècle, comme à Moulin ou à Nevers, arpentés il n’y a pas si longtemps. Mais à la Loire dont bénéficient les deux villes du “Nord”, Périgueux ne peut opposer qu’une petite rivière, l’Isle, sur laquelle ne pouvaient pas circuler de gros navires, sauf des gabares qui participent, plus au Sud de la ville, à la vie touristique de la vallée.
 
Quelle place Périgueux occupe-t-elle, par ailleurs, sur le plan culturel ? Elle se trouve, sans doute, dans les vingt premières cités grâce à ses musées, ses lieux importants, ses festivals, du Mime et d’orgue, entre autres. Outre le patrimoine romain, il y a encore quelques beaux éléments médiévaux, comme la tour Mataguerre qui pourrait être sa porte de Hal. C’est, donc, une tour d’enceinte située dans le quartier du Puy-Saint-Front, site probable d’ensevelissement de l’apôtre du Périgord, mort en l’an cent. La tour date du XIVe siècle et, dans cette zone six fois plus petite que la ville actuelle, hors périphérie, on dénombrait 2400 feux soit 10 000 habitants. Périgueux ressemblait, alors, à Carcassonne; on y comptait douze portes similaires.
 
La cité était prospère et placée sur des axes importants. Mais, le déclin subi par le conflit avec les Anglais qui occupaient une grande partie de l’Aquitaine où nous sommes, lui fit perdre beaucoup de population. Au XVIIIe siècle, il n’y avait pas plus de 6000 âmes dans la vieille ville. L’une des âmes les plus connues, outre saint Front déjà cité, fut le général Daumesnil (1776-1832); il obtint son grade, en 1812. Mais c’est comme fidèle lieutenant de Bonaparte (dont il sauva la vie deux fois lors de la campagne d’Égypte), puis de Napoléon qu’il se fit remarquer, entamant sa carrière d’homme du feu par un duel alors qu’il n’avait que seize ans. Le gamin qui devait continuer le commerce de perruques de son père dût fuir la ville de Périgueux pour Toulouse et s’engager dans les armées révolutionnaires. Sa maison natale est toujours là, dans la bien nommée rue de la Clarté, ce qui signale sa largeur alors que les autres rues de la ville sont longues et étroites.
 
Daumesnil monta en grades d’Eylau à Friedland, d’Austerlitz à Wagram où, le 6 juillet 1809, il perdit une jambe, devenant le général “jambe de bois”, ce qui fit penser à notre héros de la révolution belge de 1830. Il fut un vaillant, fougueux et admirable gouverneur du château de Vincennes quand Paris était occupé.
 
Pour revenir à saint Front, c’est sous son nom que s’illustre la cathédrale entamée au Xe siècle et largement restaurée, au XIXe siècle, par l’architecte, Dabadie. Il l’a affublée de coupoles telles que l’on se croirait à Istanbul. À l’intérieur, l’orgue est remarquable de même que l’autel de l’Assomption, en bois sculpté du XVIIe siècle. Sinon, c’est un édifice froid et sans âme.

Notons enfin que la ville compte une foule de beaux négoces dont le plus délicat est la fromagerie de Micheline Thieullent dite “Mimi”, à l’enseigne de “La Ferme du Périgord”, dans la belle rue Limogeanne. C’est un délice pour les yeux, le nez et le palais. En un clin d’œil, tout le Périgord s’aligne des confits aux miels, des fromages aux confitures aux noms hilarants, comme la “Gratte cul”, “Les C… du Pape”, le “Cul d’Ange”, et on en passe avec un clin d’œil aux vins du château Laulerie, à Bergerac, placés en vitrine. À se pâmer.
 
Plus d’infos : www.tourisme-perigeux.fr.
 
 
Au cœur d’un Périgord négligé
 
Le Périgord, en sa partie la plus septentrionale, est largement laissé pour compte par les touristes qui filent vers les grottes de la vallée de la Vézère ou les châteaux féodaux scandant la rivière Dordogne. Ils ont (un peu) tort, car ce Périgord du Nord, qui ressemble déjà au Limousin et à son département de la Vienne avec ses pâturages verdoyants, ses vallons et vallées, ne manque pas d’attraits. Les jolis villages pullulent, les lieux historiques également, de Brantôme à Hautefort et la vallée de l’Isle, puis, plus particulièrement, celle de la Côle sur laquelle se trouve le village de Saint-Jean.
 
Ce hameau situé à 45 km au Nord de Périgueux est réputé pour son harmonie générale, le joli pont à trois arches qui doit dater du XVIe siècle, ses ruelles joliment fleuries et son château de la Marthonie (aux marquis de Beaumont-Beynac). Mais il y a aussi son prieuré et son café-restaurant de “La Perla” où tout ce qui bouge dans les environs se rend pour déjeuner ou prendre l’apéro. Ces trois dernières bâtisses regardent toutes vers l’église dont la fondation est millénaire. Le plan carré surmonté d’une coupole de 12 mètres de diamètre est unique dans la région et, sans doute, dans tout l’Hexagone. La coupole plus grande que celles de Périgueux s’est, d’ailleurs, effondrée deux fois, en 1787 puis en 1860. Le décor de boiserie, et surtout les toiles peintes des années 1670-1700, dignes d’une église parisienne, est remarquable. Le village compte 350 habitants, hors saison, et à peine plus, en été, car, ici, on ne fait que passer. La seconde fortune du village provient d’une mine de quartz dont la pureté est quasi parfaite.
 
À quelque neuf kilomètres d’ici, se trouve un autre domaine remarquable, comme sorti du pays de la Loire. Il s’agit du château de Puyguilhem sur le village de Villars, érigé vers 1515-1530 par le premier président du Parlement de Paris, Mondot de la Marthonie, intendant des Finances sous François 1er. C’est un des rares châteaux qui ait été exproprié par l’État, en 1938 déjà, pour stopper l’incurie du propriétaire d’alors (un sieur Nercam), qui laissait pourrir le bien. Voilà qui nous fait à nouveau penser à Noisy.
 
 
Ph.: PhotoNonStop/Reporters

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