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28/09/2014

Souvenirs pieux du côté de Suarlée

La Libre, Momento, Vie de château, Suarlée, La BouverieLa jolie église de Suarlée est entourée d’un cimetière fort bien fréquenté grâce au château de La Bouverie où vécut la mère de Marguerite Yourcenar.

Philippe Farcy


CE CHÂTEAU MÉRITERAIT des guillemets tant il ne ressemble plus à un château mais bien à une villa comme celles des années 1930 (ici, la date est de 1936), quand la maison a été complètement transformée pour être mise aux goûts du jour et devenir un exemple d’art déco. Ce n’est pas une création du niveau de la villa Empain (par Michel Polak, Fondation Boghossian), ou celle du sieur Gosset (d’Adrien Blomme), à Woluwé, mais il n’empêche que cette demeure est intéressante. C’est l’œuvre de l’architecte Alexis Dumont (1877-1962). On lui doit l’école provinciale de Jodoigne (1920), l’immeuble Shell (1931) à côté de Sainte-Gudule à Bruxelles, l’hôtel de ville de Lobbes (1921), l’École centrale des Arts et Métiers de Bruxelles (1928), sans oublier le grand édifice et le beffroi de l’ULB (1927), pour finir par la galerie Ravenstein. Le personnage est, donc, éminent.
 
 
L’extérieur, en sa façade Sud, est la plus emblématique des transformations opérées. Elles le furent en inventant une nouvelle façade sur l’ancienne et en conservant, semble-t-il, une partie des ouvertures, mais aussi le large balcon néo-classique et ses belles consoles.
 
La face Ouest est la mieux conservée en ce qui concerne le vieux château qui devait dater du XVIIIe siècle. On y voit une bâtisse en U de deux niveaux sous des toitures en bâtières à croupes. La sobriété extérieure est en accord avec l’intérieur, décoré sans ostentation, mais avec un sens de la qualité des matériaux qu’il faut saluer, notamment pour les marbres du sol et les cimaises qui semblent en ébène de Macassar ou, à tout le moins, en un bois précieux exotique.
 
Le Centre international de documentation Marguerite Yourcenar, à Bruxelles, laisse voir sur son site internet très complet deux vues semblables du château précédant (sans doute, la face orientale). Par sa disposition architecturale avec ses deux avancées latérales et ses toitures à trois pans, il fait penser au château du ministre de Theux, à Meylandt, dans le Limbourg. Cette façade présentait alors onze travées. Et elle était quasiment mitoyenne avec les communs et, surtout, les écuries érigées en briques.
 
 
Cécile Douxchamps-Lefèvre a donné, après d’autres auteurs, l’ensemble de la dévolution de cette belle propriété depuis le XVIIe siècle. L’histoire du lieu n’a pas connu de hauts faits particuliers. Par contre, les liens avec d’autres domaines sont nombreux.
 
L’auteur signale qu’au début du XVIIe siècle, le bien appartenait au capitaine, Martin Lambert, puis qu’il le laissa à son fils Jacques, avocat et receveur de la Commanderie de Chantraine, dans le Condroz. Suarlée passa ensuite à Marc-Antoine Lambert, peut-être fils du précédant, détenteur déjà du château de Mozet, marié à une Badot. Par les Badot, n’ayant sans doute pas laissé d’enfants, Suarlée arriva chez Mme Philippe-Emmanuel de Francquen, née Badot. Ces Francquen allaient vendre la Bouverie en 1777, le 16 août, à un nommé Ducorron qui recéda le lot illico au marquis de Chasteler, de Courcelles.
Neuf ans plus tard, le marquis se défit de ceci et vendit la Bouverie à la comtesse Helman de Ter Meer, avec 130 bonniers de terres et vergers. La Bouverie était donc une grande propriété. La fille de Madame hérita. Elle avait épousé le baron de Bartenstein, chambellan de l’empereur d’Autriche. Les Bartenstein garderont le bien jusqu’en 1817, date d’une vente à Ferdinand Drion, négociant de Charleroi. Ce dernier mourra, ici, en 1829 et sa descendance ne garda pas le bien. Irène Drion devint propriétaire avec son mari Benjamin Pirmez; voilà qui nous met en rapport avec Acoz et d’autres châteaux Pirmez, des environs de Charleroi.
 
Mais dès 1830, Suarlée était de nouveau vendu et cette fois à Joseph de Cartier de Marchienne (1799-1848), dont la petite-fille Fernande (1872-1903) allait épouser en secondes noces (pour lui), Michel de Crayencour (1853-1929). Michel avait épousé une demoiselle de Lagrange, en premières noces, dont vint un fils Michel (1885-1966). Ce dernier et sa grand-mère virent d’un très mauvais œil l’arrivée de la petite Marguerite, pour de basses questions matérielles et, donc, d’héritage à couper en deux. On parlait de plus de trois cents fermes quand même, ce qui est considérable.
 
Les Cartier de Marchienne vendirent le domaine de Suarlée, avant que Marguerite Yourcenar ne naisse des œuvres mortelles de Fernande, en 1903. Fernande fut, quand même, inhumée à Suarlée et Marguerite Yourcenar y passa une fois, adulte, en 1956. Peut-être y est-elle venue plus jeune, mais le château appartenait depuis 1895 à Marie de Dorlodot, puis au baron Albert de Dorlodot et à son épouse née d’Huart. La Bouverie n’a, donc, pas marqué ce génie de la littérature, au contraire du Mont-Noir, en France, disparu en 1917. Les Dorlodot vendirent ceci après 1980.
 

 

La Bouverie appartient aux Verstraete qui s’en servent comme lieu de réceptions, de mariages, de symposiums, tout en ayant des chambres d’hôtes et des locataires permanents.
 
Visites possibles dans le cadre de ces activités. Tél. : 081.56.85.71. Infos : www.cidmy.be
 
 
Ph.: Houghton Library

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