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06/10/2014

La mort lente d’un bien public

la libre,momento,vie de château,wilrijk,hof ter bekeLe Hof ter Beke, à Wilrijk, situé entre le Schoonselhof et Cleydael, meurt par la faute des édiles communaux. Une honte qui s’éternise.
 
Philippe Farcy


SI LE PATRIMOINE CASTRAL BELGE est plutôt en bonne santé, voire en très bonne santé par rapport à la masse immobilière connue et à certains pays voisins, il y a quand même quelques points noirs que nous relevons de temps à autre. Ils peuvent se trouver sur des biens classés comme sur d’autres, tout aussi importants en termes d’architecture, d’histoire et de sociologie, qui, eux, ne le sont pas. 
 
Le Hof ter Beke est un de ces nombreux lots immobiliers de belles dimensions, plus pour leurs parcs et terres que pour les bâtiments, que la Flandre possède. Et ce ne sont pas n’importe quels domaines. Ici, on se trouve en plein dans le risque des promotions immobilières car la propriété borde l’autoroute A12, entre Bruxelles et Anvers, via Boom. Regardez donc sur Google Earth et vous comprendrez immédiatement les enjeux économiques de ce genre de propriétés ancestrales.
 
Le château est comme perdu dans un magma d’usines, d’entrepôts et autres bâtisses à hautes valeurs ajoutées. Dès lors, les miracles publiés, ici, naguère, à propos de Beveren et des trois châteaux communaux sauvés par des édiles dont le Hof ter Saksen (même si ce dernier n’est pas réaffecté) risquent bien de ne jamais se reproduire car le terrain, dont nous ignorons la contenance mais qui doit bien offrir quatre ou cinq hectares, vaut son pesant d’or.
Tout l’or sera pour la municipalité (la Ville d’Anvers), qui n’attend plus qu’une chose, c’est que le temps fasse son œuvre.
  
Mais il y a un élément qui coince encore et c’est le classement. Le château et le site ont été protégés dès décembre 1982 (publication au Moniteur, en mai 1983). Désormais, on ne peut y toucher. Le classement ne veut pas dire que l’on doit y travailler pour le sauver. Le classement ne force pas un propriétaire à agir. Il l’empêche de commettre l’irréparable.
 
Et en faisant, ici, une digression, c’est sans doute pour cela que le ministre régional wallon, Maxime Prévost, n’a pas demandé le classement du fabuleux château de Noisy, face à Vèves, sur la commune de Houyet. À Noisy, le comte Hadelin de Liedekerke-Beaufort cherche la paix et il y a fort à parier qu’au lendemain de la protection actuelle courte d’un an, il enverra ses broyeuses de souvenirs pour étouffer le râle majestueux de son vaisseau plus que centenaire.
 
À Anvers, on attend l’œuvre de Chronos pour palper l’or, et à voir les photos que nous a envoyées feu Michel Bascourt, antiquaire de la chaussée de Malines, à Anvers, voici moins d’un an, il ne faudra plus attendre longtemps pour que ter Beke ne soit qu’un gros tas de poussière.
  
Paul Arren, en 1987, a donné l’historique complet du domaine qui nous occupe. L’une des premières mentions d’un bien de valeur, ici, remonte à 1328 dans un cartulaire où l’on mentionne le “Goed ter Beke”, dans la vallée du Struisbeek. Des nombreux propriétaires se sont succédé en ces lieux pour finir par les Jacques Ullens (1799-1890) et Clémence Geelhand, arrivés, là, vers le début de leur mariage. On évoquera juste Dirk van Brecht, échevin d’Anvers au XVIe siècle (1566), puis il y eut les Ysebouts, les Possinger et, en 1598, Jean Gaillet. De 1627 à 1701, ce furent les Fredrix, venus de Haarlem. On ne sait rien du XVIIIe siècle. Le château a été gravé par Vasse, vers 1855, après les nombreux travaux d’embellissement.
 
Pour en revenir à l’époque contemporaine, ter Beke échut au petit-fils des Ullens, le vicomte Ludovic van de Werve qui vendit le lot, en mars 1923, à Ignace Moretus Plantin de Bouchout, marié, depuis 1921, à Elisabeth de Hemptinne. Les Moretus gardèrent ter Beke jusqu’en 1985 lors d’une vente à la commune de Wilrijk. Le classement de 1982 se fit donc quand le château était en bel état et habité.

Merci aux pouvoirs publics de montrer l’exemple d’une parfaite gestion ! Visites possibles.

 
 
Ph.: Michel Bascourt

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