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11/10/2014

Les super-héros ne sont pas fatigués

La Libre, Momento, Derrière l'écran, séries, super-hérosLe cinéma a imposé auprès du grand public les figures des justiciers masqués et musclés. Les petits écrans lui emboîtent le pas, avec des personnages secondaires issus de l’immense catalogue des deux éditeurs, DC Comics et Marvel. S’y dessine un univers interconnecté, en phase
avec l’air multimédia du temps.

Alain Lorfèvre


QUAND STAN LEE et Jack Kirby inventaient au début des années 1960 les super-héros modernes en bande dessinée et les faisaient se croiser d’une série à l’autre, ils ne se doutaient pas qu’ils annonçaient l’ère de la création 360° – comme on qualifie les concepts narratifs se déclinant sur plusieurs supports, plusieurs écrans, plusieurs plateformes…
 
Depuis le début des années 2000, les super-héros ont envahi le cinéma, fruit d’une vigueur retrouvée sur papier. Puisant dans le catalogue immense des deux grandes maisons d’édition, DC Comics (Batman, Superman, Watchmen…) et Marvel (Spider-Man, X-Men, Iron Man, Avengers…), et de quelques éditeurs indépendants, Hollywood a créé un genre qui monopolise, chaque été, les grands écrans du monde entier (lire sur http://bit.ly/llbsuperhéros).
 
Cette vogue envahit, maintenant, les petits écrans et écrans nomades. Elle témoigne, comme au cinéma, d’un mélange d’opportunisme et de prudence commerciale. Les films ont définitivement installé la culture des super-héros auprès du grand public. Cette familiarité permet aux séries, comme aux films, de se “vendre” toutes seules, ce qui rassure les producteurs. Dans le chef de groupes intégrés comme Disney-Marvel-ABC, il y a une logique industrielle à décliner les mêmes licences sur tous leurs supports.
 
Les super-héros au petit écran ne sont certes pas une nouveauté. Superman y fit une incursion dès l’entrée de la télévision dans les foyers américains, au milieu des années 1950 – déjà parce qu’il était une figure connue du public. La kitschissime série “Batman” eut son petit succès, dans les années 60.
Mais, aujourd’hui, les liens entre grands et petits écrans se renforcent à l’aune de ce qui se pratique dans les bandes dessinées : les “cross over”, lorsque l’intrigue et les personnages d’une série débordent sur une autre. Le réseau ABC (lié à Disney et Marvel) a ainsi lancé “Agents of S.H.I.E.L.D.”, série mettant en scène l’agence de contre-terrorisme internationale issue de l’univers Avengers. On y retrouve des comédiens vus dans les films de la saga. ABC produit également la série “Agent Carter”, du nom de l’idylle de Captain America, dans le film “First Avenger”.
 
Marvel, toujours, vient de céder à Netflix la licence télévisuelle de quatre de ses séries emblématiques en bandes dessinées : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. Sur papier, les quatre personnages ont régulièrement partagé des aventures communes. Nul doute qu’il en sera de même sur petit écran. Du côté de DC, la franchise “Flash” est liée à l’univers d’“Arrow”, autre série récemment transposée sur le petit écran. Celle-ci pourrait permettre de tester des personnages qui pourraient se retrouver un jour aux côtés de Superman dans un film “Justice League of America” (une association de super-héros, équivalent DC des Avengers de Marvel). Car parions qu’à défaut d’imagination, les producteurs ont de la suite dans les idées.
 
 
Gotham City avant Batman
 
“GOTHAM”, LA NOUVELLE série de la Fox, retrace moins la jeunesse de Bruce Wayne (le futur Batman) que celle du policier Jim Gordon.
 
Sur papier, la BD “Gotham Central” est contemporaine des actions du “Dark Knight”. On y suit le quotidien des détectives de la Major Crime Unit du Gotham Central Police Department, flics ordinaires dans une ville hantée par des criminels et un justicier extraordinaires. Écrite par Ed Brubaker et dessinée par Greg Rucka, la BD instillait dans l’univers fantasmatique de Batman un réalisme sombre hérité de séries policières comme “NYPD Blue” ou “The Wire”.
 
Première modification : l’action des policiers est transposée du temps de l’enfance du Bruce Wayne (David Mazouz). Symboliquement, elle s’ouvre par le meurtre de ses parents, Martha et Thomas Wayne, milliardaires et philanthropes. Un jeune détective, James Gordon (Ben McKenzie), mène l’enquête. Au prix d’un anachronisme, on retrouve à ses côtés des figures de la BD “Gotham Central” : Harvey Bullock (Donal Logue), flic aux pratiques troubles, et le tandem Allen et Montoya, intègres et tenaces.
 
Deuxième modification : là où sur papier “Gotham Central” optait pour un réalisme sombre, la série réinjecte action et stéréotypes, sans doute à destination d’un public plus large et plus familial.
À ce stade, difficile de savoir sur quel pied va danser la série, coincée entre le cop drama (mais en deçà des standards crus des vingt dernières années) et la spin off de l’univers Batman (mais sans son personnage emblématique). Les scénaristes tissent dès lors, dans le pilote, de nombreux liens pour nous rappeler que nous y sommes : les fans reconnaîtront au passage les futurs Catwoman, Joker, Riddler et Poison Ivy…
 
Mais celui qui tient le premier rôle pour l’instant est Oswald Cobblepot (Robin Lord Taylor, excellent), factotum de la “marraine” de la pègre Fish Mooney (géniale Jada Pinkett Smith). Méprisé par ses comparses, qui le qualifient de “pingouin”, il est encore maigrichon mais entend bien dévorer rapidement les gros poissons. Les premiers épisodes révèlent son potentiel de sociopathe, qui occupera manifestement le devant de la scène durant toute la première saison.
 
 
Ph.: "The Flash" - CW

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