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12/10/2014

Le Nicargua, un pays à la croisée des océans

La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, voyageDeuxième pays le plus pauvre d’Amérique, derrière Haïti, le Nicaragua tarde à se remettre de la dictature de la famille Somoza puis de la guerre civile qui a secoué le pays dans les années 1980. Daniel Ortega, l’actuel président, voit dans la construction d’un canal interocéanique la voie du développement de son pays.
 
Découverte: Guillaume Bur


EN SE DÉPLAÇANT DANS LES RUES des principales villes du Nicaragua, un fait particulier attire immédiatement l’attention  : l’extrême jeunesse de la population; 31,7 % des Nicaraguayens ont moins de 14 ans. Impossible donc de se déplacer sans voir une cohorte d’adolescents, ni entendre les cris des enfants en bas âge. Ainsi, pour sortir de sa léthargie économique, le Nicaragua peut s’appuyer sur la vivacité de sa jeunesse. Cette dernière peine, toutefois, à trouver sa place dans la très faible économie du pays, dont l’agriculture et les métaux précieux représentent 80 % des exportations.
 
À l’instar de son voisin costaricien, le Nicaragua tente lui aussi d’attirer de plus en plus de touristes. Et le pays ne manque pas d’attraits entre les plages des côtes Caraïbes et Pacifique, les nombreux volcans, dont une petite dizaine sont toujours actifs, et, pour les touristes en quête d’exotisme, les îles d’Ometepe et de Solentiname sur le lac Nicaragua ou les cocotiers des Îles du Mais, dans les Caraïbes. Au niveau culturel, les Nicas (nom donné aux habitants) ont su conserver nombre de leurs traditions, et Granada et Leon sont réputées parmi les plus belles villes coloniales de l’empire espagnol en Amérique centrale. Malgré cela, le tourisme ne parvient pas à décoller, certainement en raison de la réputation du pays, même s’il s’agit du plus sûr de la région.
 
Alors, Daniel Ortega a sorti de sa botte l’arlésienne qui, régulièrement, revient poindre au-dessus de la tête des Nicas : la construction d’un canal interocéanique. Sauf que cette fois-ci, contrairement aux Espagnols, au XVIe siècle; à Napoléon III et au président Roosevelt, au XIXe, ou encore aux Japonais, au début du XXe, l’idée est devenue projet.
 
Le 13 juin 2013, le parlement a octroyé une concession de 50 ans à la société chinoise, Hong Kong Nicaragua Development (HKND), pour construire un canal long de 278 km, mais aussi un aéroport, un port sur chaque côte, ainsi que deux zones franches et une voie ferrée reliant également les deux océans. L’objectif est de récupérer 5 % du transport maritime mondial, notamment les très gros bateaux (plus de 170 000 tonnes) qui ne peuvent pas passer par le canal de Panama, malgré le projet d’agrandissement en cours. Le chantier, évalué à 40 milliards de dollars, doit créer 40 000 emplois. Il est censé débuter en décembre 2014 et prendre fin en 2019.
 
La population reste, toutefois, mitigée face à cette annonce. Parmi les critiques, l’ouverture du lac Nicaragua va affecter le principal réservoir d’eau douce du pays, le dragage pour augmenter sa profondeur s’annonce périlleux pour l’écosystème local, et de nombreuses communautés indigènes (Rama et Miskito, principalement) risquent l’expropriation de leurs terres ancestrales. Le Canal du Nicaragua se révélera-t-il alors un mirage comme ce fut toujours le cas historiquement, un désastre social et écologique ou bien la bouée d’oxygène tant attendue pour ce pays au ralenti depuis plus de 50 ans ?
 
 
La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, voyageLe Muralisme
 
Le Muralisme est une forme d’expression picturale très développée dans le monde latino-américain depuis le début du XXe siècle qui a servi de moyen d’expression aux Nicaraguayens, après la chute du dictateur, Anastasio Somoza Debayle. Les artistes ont alors utilisé de grands pans de murs pour représenter le héros de l’opposition, Cesar Sandino, mais également tous les Nicaraguayens qui se sont battus contre les soldats loyalistes puis contre les Contras, ces miliciens financés par le gouvernement des États-Unis. Ces peintures murales pouvaient atteindre plus de 10 mètres de long. Elles démontraient à la population la vivacité du mouvement sandiniste. La ville où cette expression est la plus marquée est Leon, le berceau de la dynastie somoziste mais aussi la ville d’accueil de la plus grande université du pays. Aujourd’hui, les œuvres rappellent l’histoire du Nicaragua mais exposent aussi certaines traditions séculaires.
 
 
La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, voyageL'autre Nicaragua, côté Caraïbes
 
En traversant le Nicaragua, les visiteurs sont marqués par le changement de population et d’atmosphère qui s’opère en passant de la côte Pacifique à la côte Caraïbes. En effet, la très grande majorité de la population vit dans la partie Ouest du pays, où se trouvent les plus grandes villes (Managua, Masaya, Leon, Esteli et Granada). La population y est globalement métissée et blanche. Pourtant, lorsqu’on débarque à Bluefields, en avion ou bateau puisque cette partie est inaccessible en voiture, c’est une population majoritairement afro-caribéenne qui vous reçoit, et l’espagnol partage son statut de langue nationale avec l’anglais et le créole. En quittant cette capitale régionale, on pénètre alors dans d’énormes réserves où vivent encore de nombreuses communautés indigènes comme les Miskitos et les Ramas, ou afro-caribéennes comme les Garifunias. Le changement de population et d’ambiance est tellement saisissant qu’une question se pose alors naturellement  : suis-je toujours dans le même pays ?
 
 
La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, voyageVilles coloniales
 
De nombreux vestiges de la présence espagnole demeurent toujours visibles au Nicaragua. Si la capitale Managua, détruite par deux séismes en 1931 et 1972, présente peu d’intérêt historique, Leon et Granada affichent, en revanche, fièrement leur passé colonial. Longtemps, les élites de ces deux villes ont rivalisé pour assurer le leadership de la région, et les nombreuses églises et demeures construites à cette époque démontrent leur créativité et leur richesse. Le monument le plus représentatif de cet “âge d’or” s’avère la magnifique cathédrale néoclassique de Granada, facilement reconnaissable à sa façade de couleur jaune safran (photo). Elle fut reconstruite à la fin du XIXe siècle, suite à un incendie déclenché par William Walker, un mercenaire venu en Amérique centrale pour dominer la région et l’intégrer aux États-Unis. Cette architecture typique se retrouve également dans les maisons, souvent peintes de couleurs chaudes, et caractérisées par une cour intérieure, indispensable pour se protéger de la chaleur harassante.
 

La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, voyageOmetepe

L’île d’Ometepe baigne dans les eaux du lac Nicaragua (ou lac Cocibolca), une véritable mer intérieure puisqu’il s’agit du dixième plus grand lac au monde. Cette île a pour origine les deux volcans qui lui donnent cette forme atypique  : le Maderas, 1310 mètres, et le Concepcion, 1640 mètres, qui conserve une forte activité volcanique. À l’ombre de ces deux volcans, les habitants ont longtemps utilisé les ressources naturelles pour vivre au rythme paisible des saisons sèches et humides. Aujourd’hui, des réglementations ont été mises en place pour lutter contre la déforestation et préserver, ainsi, l’habitat des nombreux singes et oiseaux qui vivent sur place. La production de bananes et le tourisme ont supplanté la pêche et l’agriculture de subsistance dans l’économie locale, mais l’île conserve, toutefois, une atmosphère spéciale, propice au repos et à la détente. La moitié de l’île étant composée de pistes peu praticables, cela limite le nombre de voitures pour le plus grand plaisir des voyageurs en quête de repos et d’exotisme.
 
 
Ph.: Guillaume Bur

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