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19/10/2014

La Jordanie, belle à couper le souffle, littéralement

La Libre, Momento, Escapade, voyage, Jordanie, PétraQuel bonheur de se perdre sur les chemins du royaume hachémite, la petite Suisse du Moyen-Orient.

Découverte: Annick Hovine


“CHUT, REGARDEZ  !” Hani, 51 ans, pointe le doigt vers une tache turquoise, dix mètres plus loin, immobile sur les rochers. Pas longtemps : l’agame, ravissant lézard bleu, a filé sans demander son reste. “Vous avez de la chance : on n’en voit pas si souvent”, ajoute le guide jordanien. Malicieux, il fait durer le plaisir et l’impatience manifeste de sa petite troupe de pénétrer enfin dans le Siq, une fente dans la roche, ourlée de falaises qui s’élèvent, à la verticale, à 80 mètres de haut.
 
Cette faille étroite, d’une beauté époustouflante, mène au bout de 1 200 mètres en pente douce, à la cité antique de Pétra. Il faut parfois se jeter contre la paroi pour éviter une calèche tirée par un cheval qui emporte à toute allure un ou deux touristes vers Al-Khazneh, le Trésor, le monument emblématique de Pétra. Hani a raison : il faut prendre son temps, ne pas se précipiter, profiter du film qu’on se fait de découvrir, de ses propres yeux, la majestueuse façade hellénistique qui figure en couverture de tous les guides sur la Jordanie.
 
La cité fondée par les Nabatéens, restée secrètement tapie dans la roche pendant mille ans, n’a été redécouverte qu’en 1812 par un voyageur suisse : Johann Ludwig Bruckhardt. Aujourd’hui, bon an mal an, un demi-million de touristes s’engouffrent dans l’étroit Siq…
 
Sauf que la Jordanie subit injustement les conséquences des conflits qui sévissent dans les pays frontaliers  : Syrie, Israël et les territoires palestiniens, Irak… Du coup, les touristes marquent le pas et hésitent à mettre le cap sur le jeune royaume hachémite. À tort. Les bombes qui embras(ai)ent Gaza et les terroristes de l’État islamique qui mettent Kobané à feu et à sang n’ont pas de conséquences dans le petit royaume hachémite, épargné par les soubresauts du monde. “Ici, c’est la Suisse du Moyen-Orient. La situation est calme et stable”, assure Hani. Une stabilité attribuée par de nombreux Jordaniens à la “sagesse” de leur roi, Abdallah II, dont la photo trône en bonne place dans tous les édifices publics, mais aussi les maisons privées, aux côtés de sa femme, la belle reine Rania.
 
N’empêche : les parkings à l’entrée du site de Pétra, habituellement pris d’assaut par des dizaines de cars, étaient quasi-vides début septembre. Et les autres hauts lieux touristiques du pays affichaient la même mine de morte-saison. Dommage pour les voyageurs qui se privent d’une destination de rêve et de riches rencontres – les Jordaniens, très accueillants, sont d’une gentillesse extrême. 
 
Disons-le tout net : on est tombé amoureux de la Jordanie, au premier regard. On l’est resté en allant plus loin dans la découverte de ses pierres et de ses gens. On aurait tort, en effet, de ne pas poursuivre l’exploration et de s’arrêter, sans voix, au premier éblouissement. À Pétra, par exemple, il faut absolument pousser jusqu’au Monastère Al-Deir, niché très haut, au terme d’une ascension de 800 marches taillées dans le roc – ne pas oublier les bottines de marche. Si la façade rappelle le Trésor, les dimensions de ce qui était à l’origine (au IIIe siècle avant JC) une tombe nabatéenne sont encore plus imposantes : 50 mètres de large et 45 mètres de haut…
 
On n’est pourtant pas encore au bout de ses peines (et de ses émotions). En tournant le dos au monastère, on suit un sentier qui propose de vous mener, à l’Ouest, vers un point de vue, d’où, par temps clair, on devine Israël et les territoires palestiniens. Au Sud, un second promontoire plonge dans la vallée et permet d’admirer le jebel Haroun. Deux pancartes en bois, placées de guingois sur le chemin, vous obligent à choisir entre “Grand canyon view” et “The end of the world”…
 
Et maintenant, il faut redescendre. Des gamins, menant un âne au bout d’une longe, guettent les marcheurs qui tirent la langue, tanguant sur leurs genoux qui jouent des castagnettes. On serait bien tenté de monter à bord d’une “Mercedes avec airco” qu’ils proposent avec insistance à intervalles réguliers. Mais non, on résiste. La perspective de dévaler le sentier étroit et rocailleux agrippé à un baudet qui menace à tout instant de faire un écart n’a rien de rassurant. Surtout si l’âne s’appelle Michael Jackson – l’humour bédouin ne connaît pas de limite. 
 
Changement, radical, de décor. Destination : la mer Morte. Pour se faire une première idée, cap sur le mont Nébo, d’où Moïse a contemplé la Terre promise dont Dieu lui a interdit l’accès. À vol d’oiseau, Jérusalem et Jéricho ne sont qu’à quelques dizaines de kilomètres. En bas, donc, la mer Morte. En descendant vers cette miroitante étendue d’eau bleue, les oreilles font mal. On se trouve en fait au point le plus bas de la planète –  soit 400 mètres sous le niveau de la mer.
 
Zut !, on a oublié les tongues… Le sable sombre qui borde la plage du luxueux hôtel-spa (ils s’égrènent en chapelet le long du rivage) est brûlant, presque incandescent. La mer Morte est un des points les plus chauds de la terre. Mais malheur à celui qui aurait l’idée saugrenue d’y piquer une tête : le degré de salinité est tel qu’une seule éclaboussure brûle les yeux… D’ailleurs, on ne se baigne pas dans la mer Morte, on y flotte. Mais avant de s’engager, un rituel s’impose : s’enduire le corps de boue puisée au fond de la mer et attendre de sécher. La peau semble se rétrécir – impression étrange. Au bord de l’eau, une dizaine de Martiens noirs semblent figés. Vient le moment d’enlever cette gangue en la faisant dissoudre dans l’eau tiède. Les vaguelettes sont ourlées de sel blanc. On barbote quelque peu, comme en apesanteur, maintenu à la surface par le sel et les minéraux, exploités depuis longtemps pour leurs vertus dermatologiques. Il serait sacrilège de visiter la Jordanie sans faire cette expérience.
 
 
À la table de Maria
 
Maria a transformé la terrasse qui surplombe sa maison au cœur d’Amman en salle de cours de cuisine. La jeune et dynamique Jordanienne n’a rien à envier à Jamie Oliver. Elle met d’emblée ses élèves dans la poche de son tablier de chef coq. Rien de tel qu’une soirée chez “Beit Sitti” (“La maison de ma grand-mère”) pour découvrir les délicieux plats locaux. Ici, tout le monde (une quinzaine de touristes) met la main à la pâte avant de passer à table. Maria orchestre les préparatifs d’une main de maître, assaisonnant les apprentis de “Good, guys  !” tonitruants.
 
Au menu de ce soir  : du mouttabal (purée d’aubergines grillées), qui se déguste avec de l’arab bread; du musakhan (poulet aux oignons) et un osmaliyeh, un gâteau diablement sucré. On avoue  : on a craqué pour le mouttabal, dont voici la recette qui bluffera vos invités (6 portions) à l’apéro.
 
Pour les ingrédients, c’est simple  : 2 aubergines; une demi-tasse de pâte de sésame (tahine); le jus de 2 petits citrons; 2 dents d’ail finement émincées; un peu de yaourt et du sel. Le plus long, c’est de peler les aubergines qui auront été préalablement grillées au four (jusqu’à ce que la peau soit noircie). La chair doit être découpée au couteau (pas écrasée à la fourchette  !). Mélanger les autres ingrédients dans un bol avant d’y intégrer la purée d’aubergines. Étaler le mélange dans une assiette profonde et ajoutez-y un peu de sumac
de persil et d’huile d’olive. Mmmmm…
 
 
Ph.: Annick Hovine

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