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20/10/2014

Moerbeke, le fief des Lippens

la libre,momento,vie de château,moerbele,lippensEh non, le vrai fief historique des Lippens, ce n’est pas le Zoute mais bien ce petit village du pays de Waes
où ils sont arrivés en 1677.

Philippe Farcy


LES LIPPENS SONT ORIGINAIRES du pays d’Eeclo près de Gand, au nord-ouest. Cela nous met au milieu du XVe siècle. Ici, à Moerbeke, on n’est pas très loin de Gand non plus, mais on frôle la frontière néerlandaise du côté d’Axele, petite ville sans intérêt, à laquelle on préférera Hulst à 10 km de là, qui a conservé ses défenses aqueuses du XVIIe siècle, comme à Bergues ou à Rocroi. En plus, Hulst possède un intéressant hôtel de ville du XVIe siècle et une superbe basilique Saint-Willibrod, gothique.
  
À Moerbeke, les Lippens sont arrivés avec Christophe, né à Zuydorpe (Zélande) en 1637. Il vivait à Overslag (nord de Wachtebeke) et se maria trois fois. À la troisième, il se partagea entre les deux villages, son épouse (Jossine de Wint) mourant à Overslach, et lui s’en allant à jamais à Moerbeke en novembre 1685. Les Lippens occupaient déjà quelques belles positions, comme greffier ou receveur de Wulfsdonck, cartographe-arpenteur juré, ingénieur, procureur au Conseil de Flandre.
  
La ci-devant demeure a été érigée par Auguste Lippens (1818-1892), petit-fils de Philippe-François qui acheta pas mal de terres de l’abbaye de Baudeloo, toute proche. Au début du XIXe siècle, les Lippens détenaient par là 600 ha aux alentours de leur village favori. Comme nombre de familles patriciennes, l’évolution des Lippens vers du meilleur encore sera constante. Auguste sera donc bourgmestre de son village (une plaque le qualifie même de “burgervader”). Il fut président de la Société provinciale agricole de Flandre orientale, conseiller provincial, député puis sénateur et président d’une commission de l’Institut agricole de Gembloux.
 
Il épousa une jeune fille née à Aix-la-Chapelle, Mathilde Kuetgens (1824-1862, à Nice), fille d’entrepreneurs manufacturiers locaux. César Franck lui aurait dédié une œuvre transcrite de Schubert “La jeune religieuse”; et “La Truite” pour sa sœur Marie.
 
Franck aimait beaucoup Aix qu’il connaissait d’autant mieux que sa mère en était native. Plus près de nous, un neveu de Mathilde, Félix Kuetgens (1890-1976) sera conservateur du musée de la Ville d’Aix.
Auguste et Mathilde sont les aïeux de tous les Lippens existants. Son frère Eugène, qui fut bourgmestre de Saffelaere (on y reviendra), est désigné avec leur sœur Marie comme édificateurs du château de Moerbeke. C’est possible mais on ne voit pas pourquoi les trois frères et sœurs s’unirent sur ce projet précis, sauf à vouloir garder un pied dans le fief familial et y continuer les œuvres sociales dont leur mère, née de Nayere, était fort éprise.
 
Marie avait épousé Hipollyte de Kerchove d’Exaerde (notons que Werner de Kerchove dans ses écrits récents la prénomme Stéphanie). Grâce à Marie, l’hospice Lippens prit de l’ampleur, de même que l’école des dentellières créée en 1844 et qui occupait 250 élèves en 1875, jusqu’à 320 jeunes filles en 1903.
 
Quand Auguste décéda, Hippolyte lui succéda comme mayeur (libéral) de Moerbeke. Le fils d’Auguste, Hippolyte-Pierre (1842-1906), aurait pu ceindre cette écharpe, mais c’est à Gand qu’il s’assit dans le siège maïoral, à la place de son beau-père Charles de Kerchove de Denterghem.
  
Le château de Moerbeke a donc été érigé vers 1879 sur les plans d’un architecte inconnu de nous et dans un style français relevant de Louis XIV. Il sert depuis plusieurs décennies comme maison communale. La demeure a été posée face à un petit canal, navigable encore, que l’on traverse par deux ponts-levis classés. Le château, lui, ne l’est pas. Il longe donc la voirie sur l’ancienne place du marché devenue place des Tilleuls. Le parc est ceinturé de hauts murs de briques. Cette place est un charmant endroit, composé d’une ancienne et remarquable boulangerie et, à une extrémité, la statue du mayeur Lippens. Elle fait face à un mur où une plaque en pierre bleue rend hommage à l’action de Madame de Kerchove en faveur de la jeunesse du village. Visites possibles.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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