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25/10/2014

À la grand Messe du jeu, les Belges sont des dieux

La Libre, Momento, Ludo, foire d'Essen, jeux de société, nouveautés, belges“Die Messe”, c’est l’incontournable foire annuelle d’Essen.

Maître du jeu: Yves Cavalier, à Essen


UNE FOIS PAR AN, AUX ALENTOURS de la mi-octobre, des milliers d’amateurs de jeux de société se mettent en branle en direction d’Essen. Cette petite cité, blottie à l’ombre de Düsseldorf, accueille alors pendant quatre jours le plus grand rassemblement de joueurs venus de tous les coins d’Europe et même du reste du monde. Essen, c’est en quelque sorte le “Compostelle” du jeu. Au moins une fois dans sa vie de geek, chaque joueur doit avoir foulé le sol des trois palais bondés dès l’ouverture à 9h45.
 
Le salon du jeu à Essen, c’est quelque 160 000 visiteurs, c’est près de 850 exposants issus d’une quarantaine de pays, c’est une ambiance de “ouf” et un parfum de saucisse tiède.
 
Si cette session 2014 n’a pas battu tous les records, c’est peut-être en raison de la grève des chemins de fer qui a empêché pas mal d’aficionados de rejoindre la grand Messe. Il faut dire aussi qu’en termes d’innovations, on ne peut pas parler d’un très grand cru. Les très bonnes années, on avait droit à de réelles nouveautés qu’elles soient dans les thèmes dominants ou dans les mécaniques de jeu. Ainsi, la vogue des zombies semble s’estomper, les jeux de coopération sont moins présents et, d’une manière générale, le design est plutôt sombre, même si on voit se dessiner une tendance assez nette pour les plateaux de jeu en 3D. Faute de mieux, le jeu devient ludique…
 
Relativement peu de développements également en ce qui concerne l’intrusion de l’électronique dans le jeu de plateau. On avait imaginé que l’arrivée des smartphones et autres tablettes allait donner naissance à de nouvelles combinaisons interactives avec les jeux traditionnels, mais il n’en est rien. Si certains jeux de société sont effectivement édités en version numérique, ils ne parviennent pas à supplanter ces bons vieux pions en bois et leur plateau en carton.
  
Et donc, s’il fallait vraiment retenir une tendance de ce salon, on commencerait par souligner la multiplication des auto-éditeurs. Comme pour le livre, le phénomène se développe au point qu’on est proche de la saturation d’après certains. C’est que, si les éditeurs traditionnels proposent déjà quelque 700 nouveaux jeux par an, l’avènement du crowdfunding permet d’ajouter à ce chiffre toutes les productions privées et qui sont financées via Internet. Le crowdfunding” (ou financement participatif), c’est l’occasion pour de nombreux créateurs de jeux de voir leur production se réaliser avec le financement d’une communauté de fans. C’est souvent une superbe occasion de voir apparaître des petites perles qui n’auraient jamais été éditées par les grandes maisons. Mais c’est aussi la porte ouverte à la production… d’un peu n’importe quoi. Car, mine de rien, un éditeur qui connaît son métier est aussi un filtre pertinent qui sait plaire au marché.
 
A Essen, entre les bons jeux et les moins bons, il faut donc naviguer au flair. Et pour preuve qu’il est difficile de savoir ce qui fera ou non un tabac dans le marché, on dénombre une quantité “colossale” de jeux datant de deux ou trois ans maximum qu’il est possible d’acheter à la foire à un quart ou à un dixième du prix… Essen, c’est aussi la foire aux invendus !
 
Mais heureusement, il y a les Belges toujours aussi fringants. Les mousquetaires de la production ludique nationale étaient bien présents avec des éditions récentes (Time Masters), de belles surprises (Deus, Sushi Dice ou Robin), des idées surprenantes (Essen) ou des rééditions et extensions (Cash and Gun et 7 Wonders Babel).
 
 
JEUX BELGES
 
Les dieux sont tombés sur la table
Pearl Games est un éditeur belge installé dans le Hainaut occidental et qui a déjà quelques perles à son actif : “Troyes”, “Tournay” et surtout le très célèbre “Bruxelles 1893” qui a fait fureur l’an dernier avec sa thématique basée sur le style Horta. Pour la cause, Vincent Dujardin, s’était “contenté” de jouer le rôle d’éditeur. Mais le virus de la création l’a repris depuis et voilà qu’il édite et signe “Deus”, un superbe jeu de gestion et de civilisation qui réunit tous les ingrédients qui ont séduit les joueurs ces dernières années. Le plateau est modulable à la façon des “Colons de Catane”. Si le graphisme surprend un peu, on retrouve cependant les ingrédients du jeu de gestion : différents terrains sur lesquels il faudra bâtir pour produire. L’originalité du jeu, c’est qu’il combine cet élément avec la collecte de cartes de différentes catégories. Chaque catégorie va permettre de se développer sur tel type de terrain et, plus on obtient de cartes de la même catégorie, plus on ira vite et loin dans sa progression. Un futur grand classique.
 
Essen, le jeu mis en abyme
On connaissait le film dans le film et voilà qu’on nous propose maintenant le jeu dans le jeu. En fait, le jeu s’appelle “Essen” et il a été présenté pour la première fois… à Essen. Il fallait évidemment en profiter. Le thème paraît un peu simpliste de prime abord. On se met dans la peau de fans de jeu venus faire leurs emplettes à Essen. Le plateau de jeu représente le salon avec ses différents stands et des jetons représentent des vraies boîtes de jeu. Tout y est et l’objectif est évidemment de remporter un maximum de points sachant qu’on ne peut pas tout gagner en une fois puisque régulièrement, comme dans la vraie vie, il faudra de temps à autre quitter l’espace de la foire pour aller ranger les jeux achetés dans le coffre de sa voiture… Le jeu est signé Frédéric Delporte et Etienne Espreman. Et oui, ce dernier n’est autre que l’auteur de “Bruxelles 1893”, le jeu incontournable de la foire d’Essen en 2013. Cette fois, si la thématique est plus légère, la stratégie est bien présente.
 
Petites vacheries entre amis
Voilà un jeu de dés ultra-rapide venu d’un éditeur qu’on n’attendait pas sur ce terrain-là. SitDown  ! avait édité, l’an dernier, un très beau “Rockwell”, un jeu de plateau très profond (on va jusqu’au centre de la terre), avec un design très soigné (plateau rond) et une mécanique originale. Mais, cette fois, Didier Delhez débarque avec un “Sushi Dice” d’une efficacité désarmante. Sur la table, des cartes avec des menus à composer. Chacun dispose de 6 dés reprenant les différents composants. L’objectif : être le premier à composer les menus affichés. Mais attention : si un dé affiche un “beurk” noir, il faut le relancer rapidement, avant que l’adversaire ne l’ait repéré. Sinon, il faudra relancer l’ensemble de ses dés, y compris ceux qu’on avait sauvegardés… C’est cette petite subtilité qui donne tout son piment au jeu qui devient, dès lors, très rythmé et plein de coups bas. Sans compter que ceux qui ne jouent pas peuvent également venir glisser leur grain de sel dans ces sushis d’enfer…
 
Robin sort des bois
S’il y a une thématique qui a été exploitée et surexploitée, c’est bien celle de Robin des Bois. Voler les riches pour donner au pauvre : quoi de mieux comme scénario ? Et pourtant, Frédéric Moyersoen a réussi à imaginer un petit jeu de plateau particulièrement original, superbement illustré et admirablement mis en boîte par un éditeur de chez nous, Flatlinedgames. Un jeu original alors qu’il s’agit, en fait, d’un jeu des 7 familles ? Oui, d’accord l’objectif est de récolter 7 cartes d’une même famille. C’est du déjà-vu. Mais ce qui est surprenant, c’est la manière d’y arriver.
À son tour, on propose une de ses cartes aux autres joueurs. Ceux-ci font chacun une proposition d’échange; le joueur actif choisit la carte qui l’intéresse. Mais avant de réaliser l’échange, on exécute une sorte de procession d’Echternach : chaque carte jouée permet d’avancer et de reculer un pion sur le plateau de jeu. Et c’est la position de ce pion qui dira combien de cartes on pourra prendre au coup suivant. Très malin !

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