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27/10/2014

Journaliste par conviction

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Ravel du bout du monde, Cameroun, Beau Vélo de RavelLe séjour au Cameroun de l’équipe du Ravel du bout du monde, emmenée par Adrien Joveneau, a été largement couvert par les médias de ce pays d’Afrique centrale. Julien Ngambi, l’un des journalistes qui ont suivi les Belges, sera peut-être le premier de sa profession à prendre la tête d’une chefferie traditionnelle.

Portrait: Geneviève Simon, à Yaoundé (Cameroun)


RADIO, TÉLÉ, JOURNAUX : nombreux sont les journalistes camerounais à avoir rendu compte du séjour que vient d’effectuer dans leur pays l’équipe du Ravel du bout du monde emmenée par Adrien Joveneau. Il y avait de la curiosité pour le périple de 2 300 kilomètres effectué par les Belges. Il y avait aussi, surtout, un intérêt politique : les prises d’otages de la secte islamiste nigériane Boko Haram, bien que ne concernant que le nord du pays, ont ralenti le tourisme en général. Pour lancer la nouvelle saison qui démarre le 1er novembre avec la fin des pluies, il fallait donc agir.
 
Julien Ngambi est journaliste à la CRTV (Cameroun Radio Télé), l’équivalent en quelque sorte de notre RTBF. Quoique. Entre télévision d’État et télévision publique – s’il y a une différence –, impossible d’obtenir une définition claire de cet organe de presse. À 39 ans, Julien Ngambi est en charge des questions de société et prépare un livre d’enquête sur les fondements véritables et les conséquences de la démission de l’archevêque de Yaoundé en août 2013. C’est de manière officielle qu’il a été contacté par la cellule de communication du ministère du Tourisme et des Loisirs pour couvrir le séjour des Belges. Qu’il relayera en stakhanoviste, intervenant plusieurs fois chaque jour, multipliant les angles : la fin des clichés par rapport à Boko Haram dans la presse occidentale, les relations Nord/Sud confortées, l’Unicef et l’humanitaire, comment les Belges perçoivent-ils le Cameroun, entre autres.
 
Né dans la région du centre, chez les Etenga, Julien Ngambi a étudié la philosophie avant d’intégrer la sélective École supérieure des sciences et techniques de l’information de Yaoundé. L’année de son admission, il était l’un des rares étudiants acceptés (42 sur 1 000 postulants) par cet établissement, le plus réputé de toute l’Afrique centrale, dont l’un des fondateurs se nomme Hervé Bourges.
  
“C’est par conviction que je suis devenu journaliste”, assure Julien Ngambi. Comme ses quatre-vingts collègues (francophones et anglophones, à l’image du pays), il est censé intervenir tant en télévision qu’en radio. Sa préférence va néanmoins à la radio. “Elle est la plus écoutée. Même dans les champs. Même par ceux qui n’ont pas l’électricité – car ils achètent des piles. Au Cameroun, on estime que 80 % de la population écoute la radio.”
 
Des pratiques journalistiques camerounaises, Julien Ngambi assure qu’elles sont libres. “La presse doit elle-même prendre son autonomie. C’est à chaque journaliste d’arracher son indépendance réelle. On est encore trop inféodé au pouvoir, on a peur de franchir la ligne rouge. On est parfois une caisse de résonance. Il faut s’imposer par le travail, être talentueux.”
 
Cet adepte du footing et du tennis de table, père de deux enfants, aime le reportage, le contact avec les gens, le terrain. Et n’hésite pas à traiter de sujets tabous comme l’homosexualité. “J’arrive à la traiter en faisant un travail d’équilibre.” Il assure avoir la confiance de sa rédaction en chef, au point qu’elle n’écoute pas ses sujets avant diffusion. Prochainement, il envisage de s’intéresser à l’excision, aux Camerounais qui vivent à l’étranger et aux chefferies. “Pourquoi elles sont introverties, pourquoi elles sont mystérieuses. C’est la tradition, mais elle n’est pas toujours bonne. On exagère.” Lui sait de quoi il parle. À sa mort, son grand-père lui a transmis sa canne de commandant, manière de lui demander de lui succéder à la tête d’Abang-Mede, une chefferie de quelque 10 000 âmes. “À trois reprises, il a appuyé son front sur le mien, puis j’ai perdu connaissance. C’était le moment de la transmission. Quand je suis revenu à moi, il était mort.”
 
Pour l’instant, Julien a confié cette canne à son oncle. Il n’est pas encore décidé : va-t-il accepter ou refuser cette responsabilité qui l’engage autant que sa famille ? Il y a les sacrifices – l’obligation lors de rituels de délaisser quelque chose qu’il chérit. Il y a les risques – si en rendant la justice, le chef se trompe, il peut être frappé physiquement. Il y a l’abnégation – respecter les règles à la lettre, c’est perdre sa liberté. De plus, Julien est profondément catholique. “Le fétichisme n’est pas trop mon affaire.” Bref, entre honneur et perte de liberté, le dilemme est total. Être chef ne devrait toutefois pas l’empêcher de demeurer journaliste – il pourrait n’être au milieu de ses administrés que le week-end. Il serait alors le premier journaliste à devenir chef.
 
 
La Libre, Momento, Derrière l'écran, Ravel du bout du monde, Cameroun, Beau Vélo de RavelLe Beau vélo de Ravel et sa joyeuse tribu
 
“ROULEZ RAVEL”, disaient les panneaux d’affichage au bord des routes wallonnes. Pour le moins nébuleux, ce slogan a titillé la curiosité d’Adrien Joveneau, qui a vite mesuré son potentiel. Michel Lebrun était ministre des Transports et de l’Aménagement du territoire lorsqu’il créa, en 1996, le réseau Ravel – pour Réseau autonome des voies lentes. Trois ans plus tard, 70 participants inauguraient le premier Beau vélo de Ravel à Houdeng-Goegnies. Aujourd’hui, ils sont entre 5000 et 10 000 (chiffres fournis par les organisateurs, ceux de la police étant indisponibles) à se donner rendez-vous les dimanches d’été aux quatre coins de la Wallonie. Que ce soit pour le concert de clôture, la balade à vélo ou le petit-déjeuner, différents publics se croisent et se mêlent.
  
“C’est devenu une grande kermesse”, se réjouit Adrien Joveneau, qui a, désormais, la volonté d’emmener les vélos en Flandre. Festif, convivial et (un peu) sportif, le Beau vélo de Ravel est aussi un faire-valoir pour la localité hôte. La commune de Marche-en-Famenne a, par exemple, décidé de l’accueillir tous les deux ans. “Cela représente pour nous un budget important, 30 000 euros, mais c’est une occasion pour les participants de découvrir la ville, de fréquenter nos restaurants et, pourquoi pas, de loger dans nos hôtels. Cela donne une image positive, dynamique de Marche”, constate Christian Ngongang, premier échevin de la ville.
  
Du montage des chapiteaux à la préparation des repas, des hôtesses aux mécanos, ils sont une centaine à œuvrer lors de chaque étape – vingt sont issus de la RTBF, les autres sont bénévoles. Le Beau vélo est aussi une formidable machine à créer du lien social. Depuis quelque temps, il faut d’ailleurs prévoir un parking pour les “mobil-homes”. Car, pour certains, le Beau vélo est surtout l’occasion d’un week-end entre amis. On commence par l’apéro du vendredi soir pour terminer par le barbecue du dimanche. Ce dont se félicite Adrien Joveneau qui, en outre, n’est pas peu fier d’avoir “déringardisé le vélo.” Et d’ajouter : “C’est dans les moments de galère, notamment quand il drache, que les liens se renforcent. Quand on quitte notre zone de confort, quelque chose se crée.”
  
Depuis quinze ans, le Ravel s’offre, pour clore sa saison, une escapade au bout du monde. Après le Québec, le Sénégal, la Turquie, la Californie, la Réunion, le Canada ou le Burundi notamment, c’est au Cameroun que vingt gagnants viennent de vivre une semaine d’aventures riches et diverses. Ils s’étaient affrontés tout l’été lors d’épreuves physiques et de savoir. Parmi eux, une récidiviste : Véronique Feyen en est à sa troisième participation. Cette fois, c’est avec “Ciné Télé Revue” qu’elle a décroché son précieux billet. Cette assidue qui aime aller à la découverte de nouveaux lieux reconnaît avoir trouvé là un point de rencontre. 
 
“L’été, tous mes samedis sont programmés. Cela m’apporte de l’enthousiasme et de la joie de vivre. L’hiver est long sans le Ravel…” Quant à Gilles Dautrebande, c’est une ancienne gagnante qui l’a poussé à s’inscrire. “J’ai tout de suite accroché à cette ambiance : du sport et des amis. J’y ai rencontré des gens que j’ai plaisir à revoir.”
 
Michèle Fauchet, elle, a redouté un temps de ne pas être acceptée par les autres. “Je devais donc être présente le plus souvent possible. Une fois accueillie, j’ai été fière de faire partie du groupe. Il n’y a pas de différence entre nous, on prend soin l’un de l’autre, on ne laisse personne au bord du chemin.”
L’an prochain, c’est au Mexique qu’Adrien Joveneau emmènera quelques heureux membres de sa joyeuse tribu. Comme de coutume, le casting se déroulera le 1er mai prochain. Avis aux amateurs.
 
 
Ph.: Frédérique Thiebaut et GS

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