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01/11/2014

Baden-Baden, c’est le Salzbourg de la Forêt noire

La Libre, Momento, Vie de château, Baden-Baden, Forêt noire, altes SchlossMusique, thermalisme, hôtellerie de luxe, Baden-Baden abonde d’attractions et de romantisme. On connaît le magicien d’Oz, voici la magicienne d’Oos.
 
Philippe Farcy


BADEN-BADEN POSSÈDE UNE HISTOIRE riche, centrée sur ses châtelains d’abord, puis sur ses eaux ensuite.
 
Les margraves de Bade, ducs de Zähringen, dont les armes sont presque les mêmes que celles des princes de Ligne, possédèrent jadis le vieux château de Baden-Baden, dont on voit encore quelques pans de murs au sommet d’une demi-montagne. Mais, surtout, ils furent jusqu’en 2003 les maîtres du château-neuf, posté lui sur une colline dite “Florentinerberg”, qu’il ne convient pas de traduire. S’ils n’en sont plus propriétaires, c’est que le margrave Max (né en 1933 et marié en 1966 à Valérie, archiduchesse d’Autriche et princesse de Toscane) a connu quelques soucis financiers et qu’il lui fut imposé de vendre tous ses biens mobiliers badois en 1995 à travers Sotheby’s; puis le domaine lui-même le quitta en 2003. En 2009, le margrave vendit encore une grande partie de son château de Salem, près du lac de Constance, au Land de Bade-Wurtemberg. La famille ducale se partage finalement entre la “prélature” de Salem, le château de Staufenberg, à Durbach, au sud de Baden, site d’une exploitation vinicole, et celui de Zwingenberg sur le Neckar, mais là c’est le frère du margrave, le prince Louis, qui y réside. 
 
La vente de Baden profita à la célèbre famille kowétienne des Al-Hassawi qui gère un parc immobilier énorme. L’un d’eux est propriétaire du club de football de Nothingham Forest. En l’occurrence, Fawzia Al-Hassawi à travers sa compagnie “Badriah Investment BV” (installée à Amsterdam) a conclu un accord de trente ans avec le groupe Hyatt, en mai 2014. Il sera le septième Hyatt en Allemagne. L’hôtel du “Neues Schloss” sera inauguré en 2018 seulement, alors que les travaux ont débuté en 2011. Le château, lui, a déjà été restauré en partie et est devenu un musée historique, à la grande joie des édiles locaux, en septembre dernier. Le reste sera dévolu à l’hôtel. Le parc serait de 55 ha. 
 
Ce nouveau venu dans un paysage hôtelier exceptionnel pour une ville de province allemande (50 000 habitants seulement) montre le dynamisme local et la qualité de vie que l’on y trouve. Comme à Salzbourg, l’Italie n’est pas très loin dans le cœur des gens, tant pour la culture que pour l’art de vivre. Et les thermes développés ici depuis deux millénaires (les Romains se soignaient déjà en ces lieux, ayant repéré une source jaillissant à plus de 60°) ont leurs équivalents dans le nord de l’Italie. La beauté architecturale des thermes, datant de la seconde moitié du XIXe siècle, est un régal pour les amateurs d’éclectisme, ici à la sauce néo-Renaissance. 
 
Baden-Baden, c’est une bouffée de tendresse pour les yeux et la peau, comme Karlovy Vary (Karlsbad) avec qui elle est jumelée. Il y a cent ans, les notes de musique de Liszt et de Wagner flirtaient avec les tulles et crinolines, quand on se promenait sur les bords de l’Oos, en croisant rois, reines et princes de toutes sortes. La petite rivière clapote sur les trois ou quatre kilomètres au centre de la ville. La balade entre musées (notamment celui d’art contemporain de Frieder Burda, construit par Richard Meier), hôtels prestigieux (dont le Brenner et la villa Stéphanie qui appartiennent à la famille Oetker), et salles de concerts, sans oublier le casino, est un délice de nonchalance. La musique est toujours là, mais l’élégance n’est plus poussée à de tels raffinements, il faut en convenir et vivre avec son siècle.
Le château neuf dans tout cela, que l’on appelle ici le “Neues Schloss”, se tient à l’écart du léger brouhaha de la cité où, à dire vrai, les sabots des chevaux font plus de bruit que les automobiles.
  
Pour y accéder la première fois, mieux vaut prendre la voiture ou le taxi, car la colline est pentue. Mais une fois installé en ville et un jour dans l’hôtel contemporain construit dans le parc, l’idéal est de tout faire à pied.
C’est une autre promenade, bien plus sportive; elle permet d’aborder la cité comme si on y vivait à travers des rues étroites comme à Lisbonne, les trams en moins.
 
Les Bains de Bade, pour traduire le nom de la ville en français, sont un rêve tout proche, dans cette Forêt noire bien préservée à travers les siècles, où naît le Danube. C’est une ville où l’on voudrait ne rien faire, mais il y a tant à y faire. Et comme l’écrivait Eugène Marsan en 1926 dans son “Éloge de la paresse” : “L’oisiveté est la halte et la couronne du travail.”
 
 
Ph.: Rainer Lüc/Wikipedia

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