Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/11/2014

Passeurs de saveurs

la libre,momento,papilles,yves camdeborde,jacques ferrandez,bd,frères de terroir,saveursDans “Frères de Terroir”, le chef, Yves Camdeborde, et le dessinateur, Jacques Ferrandez, se servent de la bande dessinée pour aller à la rencontre des producteurs de France. De quoi ouvrir l’appétit  !

Entretien: Hubert Heyrendt


MARDI MIDI, YVES CAMDEBORDE et Jacques Ferrandez se retrouvaient au chouette bistrot ixellois, “Chez Max”, pour présenter leur bande dessinée, “Frères de terroir”. Devant un canon de rouge nature et en dégustant un croustillant d’oreille de cochon, ils parlent avec gourmandise de ce projet à quatre mains entre un chef médiatique et un auteur de BD respecté, auteur de “L’outremangeur” avec Tonino Benacquista ou de la série “Carnet d’Orient” sur l’Algérie. Ce qui les a réunis  ? L’amour des bons produits et du bon vin  !
 
Pourquoi avoir choisi de faire une bande dessinée  ?
Yves Camdeborde. C’est plus ludique. L’idée, c’était de toucher un public plus jeune, de lui faire toucher du doigt ce qui se passe actuellement dans le monde de la gastronomie. On est tous très fiers de la reconnaissance du métier de chef. Mais avant d’être de bons cuisiniers, il faut que, derrière nous, on ait de vrais producteurs, des éleveurs, des maraîchers, des vignerons. Des gens qui soient dans une philosophie de respect de la nature, de façon à avoir des produits les plus propres possible. Souvent, on se rend compte que ce sont ces produits-là qui expriment de vrais goûts. Je voulais mettre en valeur tous ces gens, ceux que j’appelle ma chaîne alimentaire.
 
Pourquoi avoir arrêté “MasterChef”  ?
Y.C. J’ai arrêté “MasterChef” parce que, si j’ai eu quatre années exceptionnelles, cela prenait trop d’importance dans mon quotidien. J’ai préféré qu’on n’oublie pas que je suis d’abord cuisinier.
Jacques Ferrandez. Je me souviens d’une intervention d’Yves à l’école hôtelière de Renne. La première chose qu’il a dite aux gamins, super enthousiastes de recevoir une star de la télévision, c’est : “Attention, la cuisine, ça ne s’apprend pas à la télévision.” Que la télé ait donné un coup de projecteur à des métiers décriés, c’est très bien. Mais après, il faut savoir que ce sont de vrais métiers, qui s’apprennent, qu’il y a un savoir-faire qui se transmet. Que cela ne s’improvise pas en deux minutes juste pour faire une jolie assiette pour la caméra. La démarche d’Yves, avec cet album, c’est de dépasser la starification des chefs, d’aller voir les producteurs.
 
En mettant en scène cette alliance entre chefs et producteurs, on envisage aussi la cuisine dans sa dimension politique…
J.F. On n’a pas un discours militant, mais Yves et moi partageons la même réflexion. À un moment, il faut s’interroger sur ce qu’on mange. Il y a moyen de se nourrir autrement que par l’agroalimentaire. Si on cherche un peu, on n’est pas obligé d’être soumis à la grande distribution. De même qu’en restauration, on n’est pas obligé de se conformer à une sorte de mondialisation et d’uniformisation du goût. Ici, on a vraiment des gens qui transmettent leur personnalité dans leur production. Ces vignerons, maraîchers, éleveurs font des produits qui leur ressemblent.
Y.C. Je suis né en France, le pays de l’artisanat. Quand je vais dans des manifestations internationales, je vois régulièrement des chefs débarquer avec des vidéos où on les voit faire de l’élevage, du pain, des charcuteries, leur maraîchage. Moi, je n’ai pas besoin de tout faire moi-même parce qu’en France, il y a des gens qui font cela mieux que moi. Je dois les trouver et m’appuyer sur ces professionnels. C’est bien plus important pour moi car je travaille dans un collectif, avec des gens. Je n’ai pas besoin de me compliquer la vie, juste à faire de la cuisine  !
 
Les producteurs que l’on rencontre dans cette BD ont souvent renoncé à travailler dans le cadre du système conventionnel…
Y.C. Certains ont toujours suivi une ligne un peu parallèle. D’autres se sont rendu compte que le fonctionnement conventionnel ne leur convenait pas humainement, financièrement et déontologiquement. Ils ont fait un pas de côté pour revenir vers le travail artisanal. Ils ont retrouvé du plaisir à travailler. Ils gagnent leur vie normalement et ne sont plus étranglés par un mono-client, qui est souvent l’industrie.
J.F. Dans cette logique de productivité, à un moment donné, les gens n’arrivent simplement plus à vivre. Il y en a combien qui se suicident ?
Y.C. Ils ont aussi pris conscience qu’ils étaient parfois en train d’intoxiquer la population. Mon rôle, c’est d’essayer de nourrir les gens le plus proprement possible. On m’a donné un CAP de cuisine, pas un permis de tuer  !
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

Les commentaires sont fermés.