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09/11/2014

Douceur de vivre dans l’oubli de Tongres

la libre,momento,vie de château,tongres,château de royeLe château de Roye (Rooi en flamand) est une charmante construction du XVIIe siècle érigée sur des bases du XIVe siècle.

Philippe Farcy


SUR LA ROUTE QUI MÈNE à Hasselt en quittant Tongres et en laissant dans le périmètre le magnifique ensemble de Bétho puis la tour des Templiers de Mulken (on y reviendra), on trouve, au bout d’une drève de trois cents mètres au moins, une pittoresque maison en U, accompagnée d’une grosse ferme en carré. Un large étang enserre le petit castel vers le Sud. Le reste, ce ne sont que peupliers et, sur la colline rebondie qui mène vers Neerrepen et Colmont, on ne voit que des arbres fruitiers de basses tiges. Le propriétaire se promenait à notre arrivée, avec son très sympathique chien, Max, s’il nous reste un brin de mémoire. Accueil charmant d’un personnage délicieux qui nous fit part de sa tristesse de voir son fils, exploitant agricole on l’aura deviné, “ne pas cueillir tous ces fruits tant le négoce est affecté autant par les blocages commerciaux causés par l’embargo russe. Et en plus les arbres ont donné comme rarement.” Le Limbourg est une des premières régions fruiticoles d’Europe. La province exporte pommes et poires jusqu’en Chine. Là comme ailleurs les fermiers vont passer un très mauvais hiver du fait des problèmes internationaux.
 
Le château, lui, en a vu d’autres depuis tant de siècles. Il est toujours là, discrètement enfoui. Et il est oublié par les littérateurs depuis qu’en 1949 Henri Baillien a publié dix pages sur l’histoire de ce site calme, préservé, intact sans doute malgré les révolutions, guerres et autres soulèvements. Cette publication éditée par le cercle d’histoire du pays de Looz a servi de base à la fiche technique de Frieda Schlusmans en 1988. Cette dame a écrit une note pour le patrimoine flamand. Cela faisait suite au classement du bien et de son périmètre en date du 18 janvier 1984, avec publication au Moniteur neuf mois plus tard. La photothèque de l’Irpa, instrument magnifique de travail pour découvrir notre patrimoine, dévoile le château en 1944. Rien n’y a changé sauf l’installation d’un jardinet le long de la ferme du côté de l’étang et le rehaussement du sol sur l’aile occidentale par ailleurs datée de 1698.
La première mention du site remonte à 1278. Roye était une possession de la cathédrale Saint-Lambert de Liège mais détenue par les sires de Mulken, hameau voisin. Un premier château semble avoir été érigé ici par Lambert Butoir au XIVe siècle. On ne sait rien ni de l’un ni de l’autre. En 1391, Jacques de Hemricourt devint sire de Roye. Puis, pour reprendre Mme Schlusmans qui compilait Baillien, on vit passer ici les Wellen en 1416, les van Puttem en 1436, les d’Horpmaal en 1499, les Ciney en 1503, les van Wezeren en 1616, les de Fraisne en 1690, les Bussy en 1703 et enfin les Voet en 1792.
 
Le château, monté en briques et pierre bleue, est tout blanchi. Il présente un corps central de quatre travées assorties d’une porte latérale. Deux ailes de retour forment la cour d’honneur; elles sont inégales en largeurs et longueurs et l’une est allégée par un coyaux quand l’autre présente des pentes raides. Celle du Sud est poursuivie par une ailette basse dont on appréciera un édicule terminal, sommé d’une toiture en pavillon à brisis et coyaux. Après l’édicule se trouve une entrée piétonne assortie d’un bel arc en plein cintre, pour aller au jardin; cela signifie donc qu’il y avait encore une suite à cet alignement. La façade sud-est est piquée de trois baies inférieures et de six sous la puissante corniche à consoles et la toiture couverte d’ardoises. Trois baies ont été bouchées au niveau du rez, sans doute pour payer moins de taxes. Les fenêtres sont à menaux. La façade principale est datée de 1714. Elle se compose de six travées inégales. L’une d’elles servait de porte d’accès au jardin vu sa taille. La dernière travée est inscrite dans l’aile de retour dont on appréciera le pignon crénelé.
La ferme, pour sa part, est couverte de tuiles, et la grange, qui campe l’accès nord au château, possède des pignons débordants.
 
On ne visite pas. Max veille aux pommes comme au grain et plusieurs petits-enfants font le guet, rendant cette maison de plaisance telle une citadelle imprenable.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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