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16/11/2014

Grey Goose, une vodka française

la libre,momento,papilles,vodka,france,grey gooseEn Charente, on ne produit pas que du cognac. La région est désormais connue aussi pour ses vodkas haut de gamme. Visite de Grey Goose en compagnie de François Thibault.

Reportage à Juillac-le-Coq: Laura Centrella


ON LE SAIT MOINS, mais la Charente n’est pas seulement pays de cognac ou de pineau des Charentes, c’est désormais aussi une terre de vodkas ! En 1997, la “Spirit Valley” voyait naître Grey Goose, qui fait fureur dans les bars à cocktails et les boîtes de nuit. Première marque à s’être lancée dans la vodka premium, Grey Goose a révolutionné le marché en multipliant par trois son prix de vente par rapport à ses concurrents. Un pari fou mais au succès impressionnant puisque Bacardi (qui a racheté la marque en 2004) en a fait la troisième vodka la plus vendue dans le monde après Smirnoff et Absolut. De quoi donner des envies à de nombreux entrepreneurs, bien décidés à se partager un énorme gâteau : la vodka est en effet le spiritueux le plus consommé dans le monde… Retour sur la success story d’une vodka d’exception.
 
L’été indien semble se prolonger indéfiniment à Juillac-le-Coq, au “Logis” Grey Goose, un superbe manoir du XVIIe siècle acheté par la famille Bacardi en 2013 pour recevoir dans les formes employés, barmen et journalistes du monde entier. De quoi, aussi, définitivement ancrer la marque au cœur de la Grande Champagne, où l’on produit les plus fines eaux-de-vie de cognac. Tout cela fait surtout sens lorsque l’on fait la connaissance de François Thibault, le créateur de Grey Goose. Né d’un père vigneron de la région, celui qui mène la visite des lieux lance sans ambages : “On ne peut parler de Grey Goose sans parler de cognac. La vigne est notre raison d’être, notre outil de travail. Avec elle on produit le cognac, très important pour la région.” Thibault est fier de faire découvrir les 9 hectares de vignes qui entourent le Logis. Les mains dans la terre, il montre ce sol calcaire typique de la Grande Champagne, un terroir qui influence le goût de l’eau, du vin et donc du cognac. On en oublierait presque qu’on est ici pour parler de vodka…
 
Élégant, racé, François Thibault sait ménager ses effets. Toute cette mise en scène, suivie d’une dégustation de cognacs, cache une surprise : le lancement de la Grey Goose “VX”, qui mêle vodka et cognac (cf. ci-dessous). La boucle est bouclée pour cet œnologue formé à Bordeaux et en Bourgogne qui s’est investi dans le cognac après ses études.
 
C’est en 1982 que François Thibault rejoint la respectée maison de cognac H. Mounier, où il apprend le métier de maître de chai auprès de Jean-Louis Fèvre. “Je bois le cognac de mon père et je fais celui de mon fils.” Voici la maxime du maître de chai en Cognac. Dans ses assemblages, celui-ci a en effet le droit d’utiliser tous les cognacs à sa disposition – certains peuvent avoir plus de 100 ans – mais il a l’obligation d’en produire pour l’avenir…
 
C’est chez H. Mounier que François Thibault a rencontré Sydney Frank, importateur et distributeur de spiritueux qui a fait fortune grâce au digestif allemand Jägermeister. En 1996, l’Américain a l’idée saugrenue de lancer une vodka haut de gamme sur le marché outre-Atlantique. Pour ce faire, il a besoin de l’expertise de Thibault qui, malgré la réticence des professionnels qui l’entourent – qui ne voient pas d’un bon œil l’implantation d’une eau-de-vie autre que le cognac en Charente – accepte de relever le défi. À la seule condition d’avoir la liberté de tout décider, depuis le choix de la matière première.
 
Pour ne pas heurter les sensibilités locales, il décide de laisser le raisin aux producteurs de cognac et choisit le blé, céréale classiquement utilisée pour la fabrication de vodka. Mais il ne choisit pas n’importe quel blé : il opte pour le blé tendre d’hiver de qualité “BPS” (blé panifiable supérieur). Produit en Picardie, ce blé riche en amidon et protéines est d’abord produit pour la boulangerie. Après 8 mois de recherches, Thibault crée la formule “Grey Goose”. Et contrairement à nombre de ses concurrents, qui utilisent des alcools déjà distillés, il peut contrôler tout le processus de fabrication, depuis le moulage du grain jusqu’à la distillation en colonne, en passant par la fermentation en cascade dans six cuves… Une fois distillée en Picardie, la vodka est ramenée en Charente, à Gensac-la-Pallue, où aura lieu l’assemblage, le coupage à l’eau locale pour faire baisser le degré d’alcool à 40° et le filtrage.
  
Contrairement aux idées reçues, la vodka n’a pas un goût neutre. Si le dégustateur amateur ne reconnaîtra pas le terroir de Grey Goose, il identifiera par contre la matière première distillée. Les vodkas de blé ont en effet un goût de pain, de croissant caractéristique. Et il se dira peut-être même qu’il sirote une vodka élégante, ronde, fraîche et légère qui vaut la peine d’être goûtée telle quelle avant d’être ajoutée à un cocktail…
 
 
VX, la synthèse entre vodka et cognac
 
“VX” (pour “Vodka Exceptionnelle”) est la nouvelle “expression “de Grey Goose. Sa caractéristique : l’ajout de 5 % de “cognac” d’un an – le cognac n’est commercialisé légalement qu’après un vieillissement de deux ans et demi – lui donne une étonnante et subtile note florale qui rappelle son terroir. À terme, les vignes du “Logis” serviront à produire le cognac nécessaire à la fabrication de cette vodka luxueuse vendue en série limitée sur le marché américain, dans 50 bars sélectionnés à travers le monde et dans les duty free des aéroports. Prix de cette rareté : env. 78 € (75 cl) et 98 € (1 l).
 
Ph.: Damien Lamarche

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