Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

17/11/2014

Quel avenir pour le Cava ?

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Cava, avenirLe Cava est perçu comme un effervescent bon marché, il est temps que le consommateur belge apprécie le Cava sous l’angle d’un vin de gastronomie, estime Pedro Bonet Ferre, président du Consejo Regulador del Cava.

Rencontre: Baudouin Havaux 


AVEC PRÈS DE 30 millions de bouteilles de Cava bues l’année dernière par les Belges, le marché belge est, après l’Allemagne, la seconde destination des exportateurs de Cava. Mais derrière cet incroyable succès en Belgique, dont la partie nord du pays est responsable pour 80 % des volumes importés, se cache une réalité plus contrastée que nous avons évoquée avec Pedro Bonet, le président du Consejo Regulador du Cava.
 
Comparée à la consommation du Champagne ou autres effervescents français et luxembourgeois, l’histoire du Cava en Belgique est beaucoup plus récente.
En effet, l’exportation du Cava est une activité relativement récente. Aujourd’hui, nous exportons près de 2/3 de notre production dans plus de 150 pays. 159 millions de cols traversent nos frontières et nous sommes le premier exportateur de bulles traditionnelles devant la Champagne, qui exporte 145 millions de cols. On est assez fier de vendre plus de Cava en France que de Champagne en Espagne. Mais ça n’a pas toujours été le cas, car nos exportations vers la Belgique n’ont débuté que dans les années 1960, avec seulement deux opérateurs qui sont encore aujourd’hui les deux plus gros producteurs. Codorniu et Freixenet, qui ont été rejoints un peu plus tard par la cave Juvé & Camps, étaient les pionniers. L’histoire du Cava et de son Conseil régulateur est liée à l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne en 1986. Nous avons été contraints d’organiser nos A.O.C et de légiférer. Ce qui aboutit, en 1989, à la création de l’A.O.C. Cava et, en 1991, du Consejo Regulador del Cava. Suite à une longue procédure et pour des raisons historiques et d’antériorité (on ne pouvait exclure les villages qui produisaient déjà avant cette date des effervescents en méthode traditionnelle), il a été décrété par décision du tribunal d’étendre le territoire de production de l’A.O.C. Cava à 159 villages répartis sur 7 autonomies (Catalogne, Valence, Navarre, Estremadura, Aragon et le Pays basque). À noter que 95 % de la production de Cava est originaire de Catalogne. Nous sommes donc une toute jeune appellation en comparaison de nos concurrents.
 
Quels sont les défis auxquels sont confrontés les producteurs de Cava ?
La production du Cava est segmentée en trois catégories. Sur les 245 millions de bouteilles produites, 30 millions sont des Réserves ou Grandes Réserves vendues entre 30 et 40 €, 55 millions de bouteilles représentent des Cava de qualité moyenne et haute vendues entre 8 et 12 €, et le reste, soit près de 160 millions de bouteilles, est vendu à moins de 6€. Et malheureusement l’image du Cava en Belgique s’est construite sur ce dernier segment du marché. Le Cava est perçu comme un effervescent bon marché, contrairement au Champagne qui écoule pourtant près de 180 millions de Champagne “premier prix” sur les 240 millions de cols qui représentent sa production totale. Ce n’est pas un problème de qualité, car le processus de seconde fermentation en bouteille est identique et la qualité du raisin, même si les cépages sont différents, est parfaite. À noter que le kilo de raisin en Champagne se négocie autour des 4 € et en Catalogne autour de 40 cents. La distribution a également joué un rôle important. Depuis plus d’un siècle, le Champagne a été distribué en Belgique par des cavistes et des importateurs traditionnels, qui l’ont placé dans la restauration gastronomique. À l’époque, la grande distribution n’existait pas, contrairement aux années 60, quand le Cava a commencé à pointer le bout du nez en Belgique et que les circuits de la grande distribution se sont imposés naturellement. Le Cava a été confronté à la pression de la grande distribution à la recherche de prix toujours plus bas. Il est temps que le consommateur belge apprécie le Cava sous un autre angle, celui d’un vin de gastronomie dont la large gamme peut se décliner en termes de cépages, de millésimes, de régions de production ou de processus d’élaboration.
 
Quelles sont les mesures prises par le Consejo Regulador del Cava pour affronter l’avenir ?
La première décision est de travailler l’image collective du Cava en concentrant nos efforts de promotion sur les Cava “Haut de Gamme”, nos Cava de prestige, en les positionnant notamment comme complément naturel à la gastronomie. C’est par exemple ce que nous nous sommes efforcés de faire cette année au salon Megavino où nous n’avons présenté que des Cava “Premium”. 
La seconde mesure est plus ambitieuse. Le Consejo Regulador a préparé une nouvelle loi qui devrait être d’application au début 2015. Cette réglementation devra déterminer une nouvelle catégorie de Cava qui définira des critères techniques de production sur des aires d’appellations définies. Ce nouveau règlement est un retour à la notion d’origine dont est actuellement éloignée l’OAC Cava qui s’applique à un territoire trop vaste et qui, en définitive, ne réglemente qu’un processus de fabrication. Les Cava qui répondront à ces critères seront autorisés à utiliser le terme de “Cava Qualificado”.

08:25 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, papilles, vins, cava, avenir | |

Les commentaires sont fermés.