Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

23/11/2014

Bettina, un modèle à (pour)suivre

la libre,momento,tendances,expo,photo,bettina,mannequinUne expo photo revient sur la carrière de la mannequin Bettina, élégante des années 50.
Nous aussi, on aimerait bien copier sa souplesse et son style, chic et dégingandé en même temps.
 
Visite guidée: Aurore Vaucelle, envoyée spéciale à Paris


BETTINA S’EXPOSE À PARIS. La p’tite dame de près de 90 ans ouvrait la semaine passée l’expo qui lui est consacrée dans les murs de la galerie de son ami, le couturier Azzedine Alaia.
 
Qui est donc cette mystérieuse Bettina ? Un visage connu, déjà observé sur les clichés en noir et blanc, signés Irvin Penn ou bien Henry Clarke, quand ces deux-là s’adonnaient, dans les années 50, à la photo de mode. Ce qui sort Bettina du lot de mannequins anonymes des fifties ? Elle est tout sauf guindée. En fait, mieux que cela, elle a une petite lumière qui brille dans les yeux et l’air jamais ampoulé. Même dans une robe de bal, façon millefeuille meringué. Même quand elle porte une chemise avec maxi-manches et jabot – chemise qui, pour la petite histoire, porte son nom. Le couturier Hubert de Givenchy, qui l’idolâtrait, imagina pour elle la chemise “Bettina”, un poème ronflant d’étoffes, faut-il le dire.
 
Ce soir-là, alors qu’on se balade dans les travées de la galerie sise au numéro 18 de la rue de la Verrerie, derrière le BHV illuminé comme un gros sapin de Noël, l’ambiance est plutôt tranquille. Les visiteurs se sont déjà pressés nombreux à la porte de la galerie. Près de 300 personnes en deux petits jours, mais la pluie tombe sur Paris en ce début de week-end et les gouttes semblent freiner les Parisiens dans leur (con)quête de la culture. Dans le silence des lieux, les photos en noir et blanc d’une époque révolue posent la question d’une certaine élégance – elle aussi révolue. Il y a, dans la mode des années 50, un chic, une étiquette, une rigueur qu’aucune décennie stylistique n’a ensuite pu égaler. Et Bettina parvient à incarner l’élégance en question sans pour autant se transformer en beauté froide type Kim Novak dans “Vertigo”.
 
Bettina, de son vrai prénom Simone, née en Bretagne en 1929, n’avait absolument pas prévu de devenir mannequin. Elle arrive d’ailleurs à Paris fin des années 40 alors que le métier est encore à inventer. Ces raisons expliquent en grande partie le naturel qu’elle parvient à insuffler aux clichés dont elle est l’héroïne.
 
Posant avec un moustachu sur la place de la Concorde, dans une courette, l’air incongru en robe distinguée et imper d’“agente secrète”, devant la vitrine de Van Cleef & Arpels, en mode “je veux tout et je le vaux bien”, ou encore avenue Montaigne avec tout l’attirail de la femme parfaite, certes. Mais avec toujours, aussi, ce petit rire en coin qui fait la beauté des filles singulières. Une sensation que l’on voit étayée, à la fin de notre visite, par le témoignage de l’écrivaine Françoise Sagan. “Disons que Bettina a une santé de fer, un charme fou, des taches de rousseur l’été – enfin, plus visibles l’été – et des fous rires toute l’année. Elle vit depuis vingt ans dans ce milieu cannibale nommé ‘Jet Society’, qui s’appelait autrefois le ‘Demi-Monde’, et elle y reste libre, ce qui est à mon sens un tour de force. D’un point de vue plus léger, nous avons trois points communs : un chien, une frange et le fou rire facile (le second servant généralement à dissimuler le troisième).”
 
Un témoignage – littéraire ! – qui éclaire l’existence de ces photos de l’expo où on la voit avec toutous et chiots en délire. Et qui souligne un aspect tout ce qu’il y a de plus capillaire (et énervant). Car Bettina, si elle a l’air d’une fille sympa, pourrait rapidement se faire des ennemies chez les femmes. Pourquoi ? Elle a toujours la frange, que dis-je, le cheveu parfait. Un modèle, on vous dit, un modèle.
 
“Bettina”, à la galerie Azzedine Alaïa, 18 rue de la verrerie, à Paris, métro Hôtel de Ville.. L’exposition est ouverte tous les jours de 11h à 19h. Entrée libre. Le catalogue d’expo, très bel objet, est numéroté de 1 à 1000, 50 €.
 
 
Ph.: Willy Rizzo

Les commentaires sont fermés.