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30/11/2014

Un projet abouti

La Libre, Momento, Autoportrait, Patrick Séverin, Salauds de pauvrePatrick Séverin est journaliste et réalisateur de plusieurs documentaires, dont “Salauds de Pauvres”, et de la websérie “Le neuvième mois”. Il fait partie de la société de production liégeoise “Instants Productions”.


PATRICK SEVERIN EN 6 DATES

12 mars 1980 : premier cri à Namur.
 
6 février 2003 : jeune diplômé de l’ULg, je signe un contrat comme journaliste à “Vers l’Avenir”.
 
30 juin 2006 : pause carrière, je décolle pour Singapour. Je rentrerai de Bombay en avril 2007 après 9 mois d’exploration du monde et du sentiment de liberté totale.
 
27 septembre 2007 : choix aussi flippant que décisif, j’abandonne le confort de mon CDI à “L’Avenir” pour l’inconnu, la précarité et le Québec.
 
Décembre 2007 : Instants Productions, la structure au sein de laquelle je m’épanouis aujourd’hui, voit le jour à Montréal.
 
4 avril 2013 : premier cri de Martin, mon fils, qui bouleverse tout dans ma petite vie.
 
 
UN ÉVÉNEMENT DE MA VIE
 
Le 10 septembre dernier, lors du Liège WebFest, j’ai présenté en avant-première mon documentaire transmédia #SALAUDSDEPAUVRES. C’est toujours un grand moment quand plusieurs mois de travail accouchent de quelques intenses minutes de confrontation directe avec le public.
Quand on fait des projets sur le web, la relation à l’audience se résume généralement à l’analyse de statistiques ou à des échanges via réseaux sociaux. Pouvoir venir défendre sa vision et partager son regard dans une salle, face à des vraies personnes, pas des adresses IP, c’est du coup particulièrement jouissif. Surtout quand ça se passe aussi bien que ce soir-là puisque #SALAUDSDEPAUVRES y a remporté trois récompenses, dont celle attribuée suite au vote du public.
Cette exploration documentaire du phénomène de la mendicité à Bruxelles constitue certainement mon projet le plus abouti et je suis donc d’autant plus heureux qu’il soit si bien accueilli. Les nouvelles écritures médiatiques ont encore du mal à s’imposer en Belgique et j’espère sincèrement que des projets tels que celui-ci vont contribuer à rendre ces formats plus accessibles et à convaincre qu’il faut y investir davantage d’énergie et de moyens.
 
 
UNE PHRASE
 
“Vivre, c’est la chose la plus rare au monde. La plupart des gens se contentent d’exister, c’est tout.”
Oscar Wilde
 
 
TROIS MOTS QUI ONT COMPTÉ
 
Journalisme
Je n’ai jamais pensé le journalisme comme un métier mais plutôt comme une façon d’être et d’interagir avec son environnement. Il ne suffit pas de peindre pour être artiste et on peut être artiste sans avoir jamais tenu un pinceau, pareil pour un journaliste. Je n’ai pas cessé d’être journaliste le jour où j’ai rendu ma carte de presse. Je répète d’ailleurs souvent que j’ai dû quitter le journalisme pour pouvoir être pleinement journaliste. Les rédactions sont remplies de gens qui n’ont rien de journalistes et le reste du monde fourmille de journalistes qui s’ignorent. Il va falloir commencer à s’habituer au fait que le monde médiatique tel qu’on le connaît depuis le XIXe siècle est condamné à une profonde mutation. 
 
Internet
J’ai l’impression qu’aucun de nous, pas même les gars de Google ou de Facebook, n’est en mesure de concevoir la portée qu’aura le développement du web sur notre avenir. On peut lire ou entendre plein de choses à ce sujet mais vu qu’on a le nez dedans, on manque cruellement de recul. En tout cas, je trouve très excitant de vivre à l’époque d’une des plus grandes (r)évolutions de l’histoire de l’humanité. Face au web, Gutenberg ou Edison doivent se sentir tout petits.
  
Instants
Je déteste avoir peur. La peur, c’est le sentiment le plus négatif possible, celui qui mène à tous les comportements les plus tristes : haine, égoïsme, racisme, jalousie… Alors, j’apprends à ne pas avoir peur. Mais il y a une chose qui continue de me terroriser malgré tout, c’est le temps qui passe. Bien trop vite à mon goût et contre lequel je ne peux rien faire. C’est pour ça qu’on a créé Instants Productions. Instants, c’est l’outil qu’on a mis en place pour ne pas subir le quotidien mais pour l’orienter. Profiter pleinement du temps qui nous est imparti pour mener à bien les projets qui font du sens à nos yeux. Pour donner de la valeur à chaque instant.
 
 
TROIS PERSONNES QUI M'ONT INSPIRÉ
 
Tintin
Un album chaque soir au lit pendant toute mon enfance. De là vient certainement mon amour des histoires, des mots et des images. Peut-être que mon penchant pour l’aventure et le voyage est également né à cette époque. Toute ressemblance au niveau de la coupe de cheveux est par contre complètement fortuite.
  
Mes grands-pères
Mon fils a hérité du prénom de l’un et j’ai écrit les mémoires de l’autre. C’est dire s’ils ont laissé une empreinte profonde en moi. L’envie de les rendre fiers, d’être quelqu’un de bien, d’être quelqu’un comme eux.
 
Brel
C’est mon philosophe préféré, loin devant les autres. Il a été très présent dans les moments décisifs de ma vie. Il m’a soutenu dans mes choix, dans mes intuitions, dans mon combat personnel contre “le droit chemin”. C’est un mec qui me donne l’impression d’avoir regardé le monde avec le regard adéquat. Et en plus, il est parvenu à le partager. Merci YouTube de rendre ses interviews accessibles, partout, tout le temps !
 
 
TROIS LIEUX QUI M'ONT MARQUÉ
 
Gedinne et Liège
Village de mon enfance et ville où j’ai découvert l’indépendance de l’âge adulte. Aussi importants l’un que l’autre. Gedinne, c’est l’inné, c’est ma terre, mes arbres, mon identité profonde. Liège, c’est l’acquis, là où je me suis installé, où j’ai étudié, où j’ai aimé, où j’ai fondé ma famille. 
 
Bargemon
Petit village accroché à une colline du Var, dans le sud de la France, c’est mon refuge. Un bout de terrain dans la forêt, parmi les oiseaux, les cigales et les sangliers, une caravane, de l’eau mais pas d’électricité et encore moins d’Internet, le vrai bout du monde, là où ne compte que ce qui a du sens. 
 
Batam
Une petite île calée entre Singapour et Sumatra. Mon premier vrai apprentissage du voyage. Une claque en plein visage quand on sort du pimpant bateau singapourien et qu’on découvre la crasse, le bruit, les odeurs et le grouillement de la vie indonésienne. C’est là que j’ai passé ma première étoile du bon petit Routard. Inoubliable. Depuis, j’ai définitivement abandonné le tourisme : je voyage.
 
 
UNE DATE
 
Le 7 avril 1994
Cette date a marqué le début de 100 jours de terreur au Rwanda. Des centaines de milliers de gens tués dans des conditions atroces sur base d’une haine créée de toutes pièces.
Un drame intimement lié à la Belgique qui m’a marqué à l’époque, j’avais 14 ans, mais qui s’est définitivement incrusté en moi quand je l’ai revisité à travers un documentaire : “Des Cendres dans la Tête”.
 
 
Ph.: Michel Tonneau

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