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14/12/2014

Le bénévolat, c’est parfois recevoir bien plus que donner

la libre,momento,bien-être,bénévolatLes volontaires sont nombreux à donner de leur temps, de leur personne, de leur énergie sans compter. 
Et sans attendre de retour. Et pourtant… 
 
Rencontre: Laurence Dardenne


MON HISTOIRE ? MAIS QU’EST-CE QUE je vais bien pouvoir raconter  ?” Avant de se lancer, Mariana s’installe avec cette charmante nonchalance tout africaine dans son sofa, laissant tomber les tongues sur le sol pour replier sous elle ses pieds… Dans son petit appartement situé dans un grand immeuble d’Etterbeek, la jeune femme d’origine guinéenne a pourtant une histoire peu banale à raconter.
 
Large sourire, malgré un regard quelque peu mélancolique, elle précise d’emblée que si, lors de son arrivée en Belgique à l’âge de 16 ans et demi, elle se faisait appeler Adama, son deuxième prénom, elle a aujourd’hui repris le premier, Mariana. “Mais peu importe, Mariana ou Adama, appelez-moi comme vous voulez…” Le récit peut commencer.
 
Suite à des problèmes familiaux, l’adolescente guinéenne débarque donc dans notre pays à la fin de l’été 2009. “En jupe et en tee-shirt. Je n’avais rien, se souvient-elle. Peu de temps après mon arrivée, je ne me suis pas sentie bien. Je pensais avoir attrapé froid, ou alors j’ai cru que ce pouvait être la malaria. Je tremblais mais je ne voulais pas aller à la clinique. Parce qu’en Guinée, tu ne paies pas, on te soigne pas, c’est comme ça (sic).” Poussée par l’un et l’autre, inquiets de la dégradation de son état, elle finit par se rendre à l’hôpital Brugmann, prise de sang et verdict dans la foulée. “C’était un dimanche, on m’a dit : ‘Vous avez le cancer.’ Je me suis mise à pleurer. J’ai tout de suite pensé à la mort. On m’a consolée, rassurée, dit qu’on pouvait me soigner et on m’a expliqué le protocole de la chimiothérapie. J’ai aussitôt commencé au mois de septembre.”
 
Quelques semaines plus tard, à la mi-octobre, alors qu’elle commence tout doucement à relever la tête, Mariana fait la connaissance de l’association “Sun Child – Prendre un enfant par la main”, une belle rencontre dans cet éprouvant parcours. “Comme je n’étais pas déclarée, en quelque sorte, je devais me rendre à l’Office des étrangers, nous dit-elle. Vers 10 heures, un bénévole est venu me chercher. Je me demandais ce qu’il me voulait. Il m’a expliqué en quoi consistait l’association.”
 
Le bénévole en question, c’était Monsieur Guyaux, “un homme de confiance”, souligne Charlotte Beeckmans, cheville ouvrière de l’association. “Je me souviens très bien de notre première rencontre, intervient M. Guyaux. Adama (NdlR : il continue à appeler la jeune fille de son second prénom, comme au début) était alitée, gravement malade, presque dans le coma. Il a fallu une chaise roulante pour l’amener jusqu’à la voiture. J’ai été la chercher avec ma limousine pour la conduire à Fedasil et l’attendre comme un chauffeur, sourit-il, en lui jetant un regard bienveillant, avant de la reconduire à la cité Sérine, une maison médicalisée, qui accueille des malades graves ou en fin de vie.”
 
J’ai eu beaucoup de chance d’être ainsi prise en charge, reconnaît aujourd’hui Mariana Adama. Tous les jours, je me pose la question de savoir où j’en serais, aujourd’hui, si je n’avais pas fait ces rencontres. S’il n’y avait pas eu ces présences à mes côtés quand j’avais besoin de quelqu’un pour m’écouter, me consoler… Des gens que je ne connaissais pourtant pas. Rien que me demander ‘comment tu vas ?’, c’était beaucoup, pour moi. Je me demandais : mais pourquoi ils font ça alors qu’ils ne me connaissent même pas… Mais ils étaient là, présents à mon chevet, à me soutenir.
 
Dans cette association, le travail des bénévoles, c’est un peu tout cela à la fois : faire des navettes entre le domicile et l’hôpital, mais aussi savoir écouter, être là, soutenir, établir des relations interpersonnelles…
 
Et parfois, c’est même encore davantage. “Monsieur Guyaux et son épouse, ses enfants et ses petits-enfants, c’est ma deuxième famille, nous confie Mariana. Si j’ai un problème, je les appelle tout de suite. D’ailleurs, Sun Child, ce n’est pas seulement une association, c’est une famille.”
 
Alors aujourd’hui, Mariana, qui a entrepris des études d’infirmière, trouve qu’il n’y a rien de plus normal que rendre service et aider l’association quand elle le peut, volontaire à son tour, lors de camps de vacances par exemple. “Dire merci, c’est peu pour moi. Je ne saurai jamais assez les remercier. Donner quelques heures de mon temps est une façon de les remercier.”
 
 
Ph.: Olivier Papegnies/Collectif HUMA

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