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12/01/2015

Pontillas, en hommage à Serge Chasseur

la libre,momento,vie de château,pontillasPontillas est un petit château-ferme sur l’entité de Fernelmont (Namur). Depuis 1487, le bien n’a jamais été vendu et est passé par les dames. Une rareté.

Philippe Farcy


SERGE CHASSEUR ÉTAIT de ces historiens de village qui maniaient autant la passion pour les choses du passé que le don de leur temps et le verbe pour mettre en valeur le patrimoine de leur entité. Depuis sa mise à la retraite, il était devenu la mémoire de Fernelmont et il guidait les visiteurs à travers les vieilles bâtisses comme à travers champs pour aller voir une chapelle, une potale, une église, une croix d’occis.
Il était de ce genre de personnage hauts en couleur qui sont rares par essence mais qui sont essentiels pour véhiculer les connaissances historiques dans les campagnes. Sa disparition récente, à la mi-décembre, est une perte pour sa commune, mais aussi pour la “corporation” des historiens du dimanche, si on peut qualifier cette passion de la sorte. Et Dieu sait si, dans le cadre de cette chronique vieille de seize ans, le rôle des passionnés de villages, comme des propriétaires attachés à leurs demeures et donc à leur histoire, est essentiel.
 
Pontillas, Serge Chasseur l’a étudié et publié en 1992 dans un ouvrage à plusieurs mains, à savoir celles de Chantal Carlier d’Odeigne, Nicole Colin, José Libois et Martine Hafner. Fernelmont compte sept châteaux sur six villages et hameaux, presque tous visibles de la route, comme celui-ci qui tenait à cœur à notre auteur.
 
Pontillas figure parmi les belles maisons dans le tome IV des “Délices du Païs de Liège”, de Saumery, publiées en 1744. Ce volume comprend une partie de biens nobles situés sur le comté de Namur. Pontillas en était, à la lisière d’une petite enclave de Liège entre Pontillas et Bierwart. La principauté possédait par ailleurs une autre grande enclave sur Meeffe, Seron, Seressia et Forville.
 
Les bâtiments de briques et de pierre bleue de Pontillas sont en fait relativement modestes même s’ils sont étendus sur un quadrilatère agricole important. La demeure des seigneurs donnant sur le parc (vers l’orient), et son étang alimenté par le ruisseau du Vert-Bois, n’affiche que sept travées sur deux corps de logis principaux, accolés. Le premier compte quatre travées; le second en offre trois, mais les niveaux sont surmontés de deux oculis circulaires à clé d’un fort bel effet; le troisième au centre est carré. Un chaînage d’angle sur l’arête complète le décor vers le nord. Vers le sud, l’aile se poursuit en bâtiments de briques plus bas, d’un seul niveau, jusqu’aux restes d’une tour carrée qui a perdu sa belle toiture à clocheton. La façade nord file vers l’église et le cimetière. Elle est centrée sur un portail Louis XVI sommé d’un fronton armorié (blasons martelés) soutenu par deux piliers à bossages plats. On compte ici huit travées sur deux niveaux. La première travée, à croisée, est bouchée. Deux travées sont à meneaux. Deux portes donnent accès à cette aile sur le flanc gauche du porche.
 
Pour ce qui concerne le passage des générations, Serge Chasseur a pu remonter à un peu avant 1400 de manière certaine quand le bien appartenait à Stassart de Pontillas. Le bien passa par alliance aux Hemptinne puis aux Forière qui vendirent le 19 avril 1487 le domaine à Guillaume Charlet et à son épouse Clarisse d’Arbre. Depuis lors, le domaine n’a jamais été vendu. Les Charlet garderont Pontillas jusqu’au début du XVIe siècle, pour le faire passer aux Ponty qui seront titrés barons puis comtes aux siècles suivants. Les Ponthy seront sires de Pontillas, Hingeon, Balâtre, Fallais en Brabant, Bovesse, Atrive, Somme, Houssoy et Crupet sur Wasseiges; ils garderont ce fief jusqu’à la fin de l’ancien régime. Puis Pontillas passa aux Marotte d’Ostin. Caroline de Marotte épousa en 1806 Henri Henault, né à Spa en 1779. La dernière Henault décéda en 1924 après avoir épousé Léandre Lahaye. Ils eurent trois enfants. Une fille s’allia aux Leroy, de Forville, Léandre Henault reprit la ferme-château de Bierwart, et Aline épousa Henri Ramet. Cette famille est toujours maîtresse des lieux.
 
On ne visite pas mais les façades se voient sans peine de la rue.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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