Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/01/2015

L’incroyable destinée d’Emilie Carles dans la Vallée de la Clarée

la libre,momento,escapade,vallée de la clarée,emilie carles,neige,hautes-alpesD’hier, d’aujourd’hui, et de toujours on l’espère, un petit coin de montagne inchangé, paradis enneigé où seuls brillent la nuit quelques étoiles et lampions. Sous son blanc manteau pourtant, une vie orageuse, celle de l’auteur au caractère bien trempé du best-seller “Une soupe aux herbes sauvages” vendu à deux millions d’exemplaires.
 
Dans la Vallée avec Laurence Bertels


LORSQU’AU XVIIIE SIÈCLE, on quittait Briançon, laissant derrière soi les célèbres fortifications de Vauban qui aujourd’hui encore dominent la ville de toute leur splendeur, on apercevait au loin déjà La maison des Arcades. L’impressionnante bâtisse semblait être de taille démesurée au regard des autres maisons de ce petit village niché au creux de la vallée. Si La maison des Arcades reste aujourd’hui une des curiosités de l’adorable Val-des-Prés, c’est surtout parce qu’Emilie Carles y a vécu. Un nom qui ne vous dira peut-être rien. Et pourtant, cette institutrice presque centenaire n’est autre que l’auteur d’“Une Soupe aux herbes sauvages”, un roman autobiographique publié chez Laffont et vendu à plusieurs milliers d’exemplaires.

Fierté du pays aujourd’hui, Emilie Carles fut longtemps montrée du doigt dans son village où on estima qu’elle avait utilisé l’écriture pour régler ses comptes en public. Farouchement anticléricale, antimilitariste et anticonformiste, cette femme au caractère bien trempé était en réalité d’une grande modernité. Malheureusement, les habitants craignaient que cette institutrice hors du commun et d’obédience gauchiste, comme la plupart des instituteurs à l’époque, n’endoctrinât les enfants qui lui étaient confiés.

Une vie orageuse

Toujours est-il que son roman remporta un vif succès car, si la Vallée de la Clarée vante facilement ses 300 jours d’ensoleillement par an, la vie de la plus célèbre de ses habitants fut, quant à elle, plutôt orageuse. Avec un premier coup de tonnerre dès l’âge de 4 ans lorsque sa mère fut foudroyée pendant qu’elle travaillait aux champs. Emilie Carles aura ensuite été élevée par son père avec ses six frères et sœurs. Mais le mauvais sort n’allait pas s’arrêter là. La jeune femme perdrait sa fille fauchée sur la route par un camion militaire pendant la guerre 14-18 et dut ensuite élever les enfants de sa sœur enfermée à l’asile de Marseille.

Emilie Carles, c’est aussi cette femme qui réussit à mobiliser les 33 tracteurs du village pour manifester en scandant “Des moutons pas des camions” contre le projet de construction de route alors que les agriculteurs ne pouvaient pas se permettre de perdre une journée de travail pendant la haute saison. Tout au long de sa vie, pour le moins mouvementée, elle prit donc des notes et se fit ensuite aider par un écrivain pour rassembler les différentes pièces du puzzle. Emilie Carles s’éteignit en 1979 et son livre parut l’année suivante.

En traversant le village du Val-des-Prés, on ne peut s’empêcher de penser qu’en cent ans, rien, ou presque, n’a changé. Sauf ce four qu’on n’allume plus alors qu’il servait auparavant à cuire le pain pour tout l’hiver. Un tirage au sort permettait de désigner la première famille qui aurait son pain, sachant que comme la première crêpe, il serait souvent raté. Le four n’était pas encore à bonne température. Trop ou trop peu de braises, c’était selon. Le pain était ensuite conservé dans le foin mais, en fin de saison, il était devenu tellement dur qu’il n’était plus mangeable que dans la soupe. Malheureusement, nul n’avait le choix. Le four à pain devait rester fermé tout l’hiver. Le trop grand écart de températures, des 160 degrés à l’intérieur aux moins trente à l’extérieur, aurait provoqué une explosion.

Autre curiosité de ce village hors du commun, son église. Classée en 1989, elle se distingue par son seuil en pavement, son porche typiquement briançon, son baptistère du Moyen Âge, son maître-autel baroque et ses magnifiques fresques découvertes lors des dernières restaurations. Avant toutefois d’arriver au village, une halte s’impose au pont des amoureux en plein creux de la vallée, là où La Durance se jette dans la Clarée qui change alors de nom. Paradis du ski de fond, de la randonnée en raquettes ou de la balade pédestre l’été, la vallée vit hors du temps.

Dîner en yourte

En suivant la vallée toujours et à condition, par forte neige, d’enfiler des raquettes, on fera aussi une halte dans la yourte de Rachel et Katia, deux femmes dynamiques qui viennent de monter un formidable projet. Soudain sans emploi, Rachel rêvait depuis longtemps d’avoir une yourte et d’y accueillir des promeneurs mais elle savait qu’il serait difficile de trouver une yourte, un terrain et d’y installer un mini-campement étant donné que le camping est interdit à Cassée, adorable hameau de Serre Chevalier à quelques enjambées, pour la petite histoire, du chalet d’Alain Souchon. Et pourtant, Rachel rencontre Sylvia, un de leurs amis leur vend une yourte dont il ne se servait plus, un copain leur prête son terrain et le maire accepte qu’elles y installent durant l’hiver leur yourte et leur teepee. 

À l’intérieur, sous un toit de laine de yak et de toile perlée nous attend le vin chaud le plus savoureux que nous ayons goûté. Crudités, charcuterie, quiche aux légumes et Génépi du tonnerre de Dieu nous attendent autour d’une table dressée avec goût, éclairée à la bougie, et d’un poêle au-dessus duquel l’enfant fera sécher gants et bonnets. Une halte inoubliable.

 

L’origine du ski alpin

Doyenne des stations, Montgenèvre signifie l’arrivée du ski alpin à la fin du XIXe siècle grâce aux chasseurs alpins venus de pays nordiques où il était un moyen de déplacement courant. Le ski fut d’abord utilisé par les militaires séduits par sa rapidité par rapport aux raquettes. Son côté ludique en descente ne tarde bien sûr pas à leur échapper et le premier concours international de ski fut organisé à Montgenèvre en 1967. C’est là également que fut conçu le premier tremplin pour aider l’homme à réaliser le rêve d’Icare.

Station très huppée dans les années 6o où elle accueillit Jean Gabin, Mistinguett et autres célébrités, à deux pistes de l’Italie, Montgenèvre compte aujourd’hui un service hôtelier digne de la réputation de la station. Le village a surtout gardé une architecture authentique, un vrai village de montagne, lui aussi, qui ne compte aucun building et qui voit passer chaque été les pèlerins de Compostelle. Comme en témoignent ses adorables trois chapelles, Sainte-Anne, Notre Dame des Sept Douleurs et Saint-Roc. 

 

Ph.: Mathis Morattel

Les commentaires sont fermés.