Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/01/2015

Une abbaye pour résidence

la libre,momento,vie de château,hocht,lanaken,abbaye sainte-agatheL’abbaye Sainte-Agathe de Hocht, située sur la Meuse, sur Lanaken, offre bien des avantages. Une famille limbourgeoise des Pays-Bas en profite.
 
Philippe Farcy


CLASSÉ DEPUIS FÉVRIER et mars 1951, le site de l’abbaye noble et cistercienne de Hocht, à Lanaken, est considéré depuis des lustres comme étant de la meilleure essence. Il faut dire que l’ensemble des bâtiments, qui n’a pas la masse quasi monstrueuse de Herkenrode, présente quelques corps de bâtiments d’époques différentes (étables, écuries, moulin à eau), en U, toujours élégants et bien équilibrés. Frieda Schlusmans a condensé les textes et sources sur le site du patrimoine classé de la région flamande, qu’il convient d’aller consulter. Le parc à l’anglaise est assorti de grands arbres en bouquets, de deux étangs, de longs chemins et il descend vers les rives d’un canal qui part de Lanahaye et qui longe la Meuse naturelle. Notons qu’il existe encore des restes d’une très belle allée liant Hocht à l’ancien château des Merode à Pietersheim (n°251), là où l’on conserve pas mal de murs du château fort.
 
La fondation de l’abbaye fut d’ailleurs soutenue par le sire de Pietersheim, vers 1180, à savoir Théodore ou Didrik de Lodenaken. Il s’était agi d’abord d’une abbaye d’hommes, venus d’Eberbach près de Mayence. Puis on fit venir des dames, quand ces messieurs partirent vers Val-Dieu. Elles vinrent des environs d’Aix.
 
Le portail d’entrée est un moment de grâce dans l’architecture liégeoise du XVIIIe siècle; les motifs décoratifs rocailles sont cependant plus proches de l’art issu de la zone Maestricht-Aix que de ce qui fut réalisé à Liège même. Tout en pierre bleue dite de Namur, avec ses ailerons dont l’un s’appuie sur une aile de granges, il présente des affinités évidentes avec la chapelle d’Ottegraeve dans les Fourons. Il servait également de pigeonnier. Ce portail a été commandé vers 1745-1750 par l’abbesse Thérèse de Leefdael qui dirigea l’abbaye entre 1733 et 1773. Il semble que l’abbaye fut fermée à son décès. C’est sans doute cette même Thérèse de Leefdael qui fit moderniser la résidence abbatiale telle que nous la voyons de nos jours, érigée sur deux niveaux égaux et affichant plus de vingt travées. Il y a trois travées au centre dans une avancée semi-circulaire, comme on peut le voir sur la photo. Du côté de l’entrée, la disposition est plus simple, mais il y a un ressaut pour les quatre travées vers le Nord. Une autre bâtisse en briques et pierre de sable relève du début du XVIIe siècle. Là, on est plus proche stylistiquement de ce qui s’est fait aux Vieux-Joncs (Alden Biesen). Le parc comprend également des restes de l’église gothique, disparue lors de la Révolution française.
 
L’abbaye fut fort affectée durant les guerres de religions. Elle servit de QG aux armées des Provinces-Unies en 1632. Les troupes françaises étaient dans cette zone lors du siège de Maestricht (Guerre de Dévolution), en 1667, quand d’Artagnan fut tué d’une balle dans la gorge. En juin 1673 (Guerre de Hollande), ce fut rebelotte pour cette zone occidentale de Maestricht; Louis XIV revint ici pour la seconde fois. En mai 1748 (Guerre de Succession d’Autriche), on sait que le maréchal de Saxe se servit de Hocht comme résidence pour un autre siège. Et en 1793, ce fut à nouveau le siège des Français, mais sur la rive droite cette fois, à Wyck, juste en face de Maestricht.
 
Hocht aura donc connu des heures sombres. Puis le site fut sécularisé. Le fut-il en 1773 ? Ce n’est pas sûr. L’abbé Jean Paquay a publié en 1928 dans un bulletin historique du Limbourg les ventes successives du site. Il signale qu’Adrien-Arnold de Heusch d’Eygenbilzen acheta des terres et des fermes dans plusieurs villages des environs, contre 161 430 livres, le 19 février 1797. Mais il ne semble pas évoquer l’abbaye elle-même. Du coup, il débute en avril 1797, avec la cession des biens de Hocht à Henri-Joseph Caisson, de Verviers, contre 150 000 livres. Ce dernier achetait pour les moines Gérard Dumoulin et Antoigne Sougnez, récollets, de Verviers eux aussi, plus un capucin et un frère carme de Liège.
 
Pour terminer ce trop petit aperçu, signalons que dans les années 1930-1940, le domaine était occupé par le capitaine des Guides Pierre van Langendonck, époux de la baronne de Lamberts-Cortenbach. Ces Lamberts étaient alliés aux Méan, aux d’Aspremont, sires de Reckheim (n°219). Les Lamberts furent seigneurs de Bergilers, Cortenbach (n°579), Rotselaer (n°120), Heerlen, Herve et Thimister, vicomtes de Montenaecken, pairs du comté de Namur. Ils donnèrent un gouverneur à la Flandre orientale en 1831.
 
Propriété privée. On ne visite pas.
 
 
Ph.: Otto Brandt

Les commentaires sont fermés.