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25/01/2015

Sur les pas de Lawrence Johnston

la libre,momento,dehors,jardins,lawrence johnston,hidcote manor,serre de la madoneÀ première vue, ce nom ne vous dira peut-être rien. Mais sans doute avez-vous déjà entendu parler de Hidcote Manor et de la Serre de la Madone, deux fabuleux jardins ?

Portrait: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


EN CE MOMENT OÙ règnent la grisaille et le calme au jardin, nous avons choisi de vous emmener voyager vers les vertes collines des Cotswolds, en Angleterre, et au bord de la Méditerranée, à la Côte d’Azur, dans les jardins d’Eden de Lawrence Johnston. Un Américain né à Paris en 1871, ayant vécu en France pendant sa jeunesse, avant de s’installer en Angleterre pour y étudier. Désireux d’entamer une carrière à l’armée, il prend la nationalité anglaise et achète, en 1907, une ferme entourée de 5  ha à Hidcote dans le cœur des Cotswolds. Le tableau est planté, l’histoire peut commencer.
Profession : jardinier
Comme beaucoup de ses contemporains, en plus d’une carrière professionnelle, il s’improvise architecte paysagiste. Dans le simple et unique but de créer lui-même son propre jardin. Très vite, il se passionne pour le sujet et devient fin connaisseur de plantes, voire collectionneur averti. Il parcourt le monde à la recherche de perles rares, participe à des expéditions botaniques, herborise et introduit chez lui des variétés nouvelles. En 1922, il décide de prendre sa retraite pour se consacrer entièrement au jardinage. Deux ans plus tard, envahi par cette frénésie jardinière, il décide de créer un deuxième jardin, exotique celui-là, à Menton, dans le lieu-dit Serre de la Madone. Depuis, il partage son temps entre les deux propriétés. D’octobre à avril, il délaisse les rigueurs de l’hiver anglais pour la douceur de la Côte d’Azur. En 1948, il s’établit définitivement à Menton jusqu’à l’heure de son décès, dix années plus tard.
Johnston devient très vite l’inspirateur de générations et de générations de jardiniers. Aujourd’hui encore. Il avoue être grandement influencé par le mouvement arts and crafts – littéralement art et artisanat –, en vogue en Angleterre à la fin du XIXe siècle. Il est véritablement séduit par les maîtres incontestés de ce mouvement, l’architecte Edwin Lutyens et la paysagiste Gertrude Jekyll, coloriste de renom travaillant de concert pour créer une parfaite harmonie entre maison et jardin. Johnston se laisse rapidement convaincre tout en gardant ses idées. Perspectives, axes et proportions n’ont plus de secrets pour lui. Comme dans les jardins de la Renaissance italienne.
Avec lui, une nouvelle page de l’histoire de l’art des jardins est écrite.
 
Hidcote Manor
Archétype du jardin à l’anglaise, on dirait un jardin ou plutôt une vingtaine de jardins joyeusement désordonnés autour de bâtiments de ferme dont l’origine remonte au XVIIsiècle. Mais à y regarder de plus près, on découvre certes un fouillis végétal, des plantes rares mêlées aux indigènes, mais un fouillis structuré par des murs et des haies enfermant de véritables chambres de verdure. En fait, des pièces supplémentaires à la maison, sans le toit. D’où alternent, çà et là, un patchwork de passages, de jardins ouverts et de “pièces” en plein air entourées d’ifs, de hêtres ou de charmes.
À Hidcote, les perspectives sont rigoureuses : deux axes majeurs traversent le lieu d’est en ouest et du nord au sud. Elles sont ponctuées de 22 chambres à l’atmosphère différente définie par une couleur, une saison ou un style de plantes. Un jardin blanc, des parterres rouges, un jardin des roses. Grâce aux “murs” de séparation, les types de plantation sont isolés, les espaces sont diversifiés dans un ensemble relativement restreint. Cela donne l’illusion d’un jardin plus grand. Et lorsque Johnston entrouvre l’une ou l’autre fenêtre sur le paysage, l’effet est garanti.
Le point d’orgue de ce jardin est le fameux mixed border décliné dans diverses nuances de rouge. De part et d’autre d’un chemin engazonné, il est assailli de couleurs chaudes et ponctué par deux pavillons élégants et raffinés. Une perfection copiée dans les jardins du monde entier.
En 1948, suite à des problèmes financiers, le jardin est cédé au National Trust, la célèbre ASBL anglaise, sans aucun doute l’organisation non étatique la plus importante pour la conservation du patrimoine en Europe. Depuis, l’entretien et les restaurations sont assurés tout comme l’avenir du jardin.
 
 
la libre,momento,dehors,jardins,lawrence johnston,hidcote manor,serre de la madoneSerre de la Madone
En accompagnant sa mère chaque fin d’année à la Côte d’Azur, Johnston découvre la baie de Garavan sise à côté de la petite ville de Menton, à l’extrême sud-est de la France. Abritée des vents du nord par le massif alpin, elle connaît des hivers très doux, sans gel et des étés chauds et humides. Un lieu vraiment propice aux introductions et aux acclimatations de végétaux subtropicaux.
En 1924, enthousiasmé, Johnston achète quelques parcelles sur les hauteurs. Des propriétés agricoles étagées en restanques où poussent l’olivier et le citronnier. De fil en aiguille, il agrandit le domaine jusqu’à obtenir 7 ha et acquiert la maison principale, une ancienne ferme abandonnée.
Tous les hivers, accompagné d’une vingtaine de domestiques et d’une dizaine de jardiniers, il s’installe à Menton pour… jardiner dans son éden méditerranéen, quelques terrasses à flanc de coteau superposées sans grande logique. Selon ses bonnes habitudes, il crée différents espaces : des salles de verdure ouvertes avec pergola ou bassin, un jardin mauresque, un autre à la française. Le résultat est une charmante jungle peuplée de végétaux tropicaux, subtropicaux ou sauvages, parcourue de sentiers étroits noyés dans la pénombre des frondaisons. Le tout, cadré autour d’un axe principal vertical que l’on découvre brusquement au beau milieu d’une grande terrasse : un escalier majestueux menant à une villa d’allure toscane.
Le jardin est à son apogée juste avant la Deuxième Guerre mondiale. Après celle-ci, les temps s’avèrent plus difficiles. Quelques problèmes financiers surgissent. En 1952, il est gravement endommagé par une coulée de boue qui le détruit en partie. Lorsqu’en 1958, Johnston s’y éteint, le domaine est progressivement abandonné, vendu et convoité par des promoteurs immobiliers jusqu’au jour de son classement. Depuis 1999, son nouveau propriétaire, le Conservatoire du littoral, restaure les structures et replante dans l’esprit de Johnston. Aujourd’hui, ce jardin classé “remarquable” est définitivement sauvé.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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