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26/01/2015

De l’art de reconstruire une ruine

la libre,momento,vie de château,peteghemÀ Peteghem, juste à côté de l’ancien château des de la Croix (devenu le golf d’Audenarde), une ruine gisait jadis. On a tout reconstruit.

Philippe Farcy


SUR LA RUE DE L’ESCAUT qui traverse le territoire du golf d’Audenarde, on peut voir deux châteaux très proches l’un de l’autre. Le premier, nous l’avions abordé en mars 1999 (n°10); c’est un fief de golfeurs. Pas loin de là on peut également voir l’ancienne abbaye de Beaulieu (n°612). Cette zone de l’Escaut est bien sûr riche en histoire et les châteaux furent nombreux, souvent récents et construits au XIXe siècle. Certains ont disparu comme celui des Ghellinck d’Elseghem, situé à moins de deux kilomètres d’ici.
Le château de cette semaine vit à nouveau et par miracle. Il y a quinze ans, il n’y avait là qu’un tas de pierres sous des broussailles et l’on parlait donc du château vieux à jamais disparu. Vieux car le club-house du golf, datant de la seconde moitié du XIXe siècle est considéré, à juste titre, comme le château neuf. L’ancien président était Lieven Santens, ancien bourgmestre d’Audenarde, décédé ce 4 janvier 2015 à l’âge de 82 ans.
 
De ce château vieux, on revoit à présent les traits néoclassiques. Cela nous situe dans une esthétique du temps de la fin de Louis XVI. Voilà qui n’est pas si vieux que cela. Ce petit château a été remonté par des gens audacieux qui ont retrouvé quelques pierres anciennes, mais si peu. Or il avait été classé en août et septembre 1986, alors qu’il était écroulé depuis longtemps. Mais le site avait droit à la protection car des recherches, organisées en 1972 puis entre 1976 et 1979 par le service national des fouilles, avaient permis de confirmer l’existence d’une présence humaine déjà au VIIIe siècle. La ceinture d’eau était déjà d’actualité comme elle l’est toujours. Une chapelle, une tombe, une grande aula furent mises au jour. La villa franque était donc complète et sa présence se justifiait car on était sur la route Gand-Tournai, essentielle pour le commerce.
 
L’évêché de Noyon-Tournai possédait des biens par-ici, de même qu’une abbaye de Reims, en ces époques reculées. A partir du XIIIe siècle, Peteghem devint une seigneurie féodale. On sait qu’aux XIIIe et XIVe siècles, on construisit ici un château fort qui resta d’active jusqu’au XVIIe siècle. Puis il fut disloqué. Ce n’est que vers 1789-1790 que l’on remonta une villa, néoclassique cette fois. Le commanditaire était Judocus Clemmen et l’architecte venait de Gand; il s’agissait de D. ’t Kindt.
La reconstruction date donc du début de ce siècle. Le territoire n’est pas bien grand et sans doute est-il en contact direct avec le club de golf car l’eau ceinture la demeure sur trois côtés.
 
Il s’agit d’une petite demeure castrale, limitée à cinq travées sur les faces longues (sur deux niveaux égaux) et trois travées de côté. La face Sud ne semble pas percée de baies. Elle regarde vers une annexe de garages à trois portes en plein cintre, placées sous une toiture en pavillon. La maison est protégée par un toit presque plat caché derrière une balustrade. Un soubassement assez épais laisse place à des caves hautes. On accède au bel étage par un perron à double révolution qui mène à une double porte entourée de piliers et d’un linteau en pierre bleue. Et pour entrer dans la cour d’honneur, on passe un pont et deux autres piliers carrés d’époque Louis XVI sommés d’urnes. Tout cela est parfait, très bien tenu et cosy.
 
On ne visite pas mais on voit parfaitement la demeure depuis la petite route qui mène au golf.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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