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07/02/2015

Tout à l’Ouest, un autre Québec

la libre,momento,escapade,canada,québec,ouest,sauvageLoin des sentiers battus, sur les traces des explorateurs et chercheurs d’or de l’Outaouais et de l’Abiti-Témiscamingue. Retour à la nature.

À l’aventure: Laurent Gérard

SI VOUS AVEZ EU LA CHANCE d’un jour visiter le Québec, probablement avez-vous débuté votre séjour à Montréal, avant de longer le Saint-Laurent en direction de l’Atlantique, en admirant la ville de Québec, les baleines de Tadoussac ou encore les falaises de Gaspésie.
 
Plus rares sont ceux qui ont tourné le dos au levant pour s’enfoncer dans le lointain Ouest québécois, dans les régions de l’Outaouais et de l’Abitibi-Témiscamingue. Ceux-là ont été bien inspirés, car ce Québec sauvage, aux beautés naturelles étonnantes, mérite une prolongation de votre séjour dans la Belle Province, voire un voyage à lui seul. Un Québec qui se mérite – il ne faut pas avoir peur d’avaler du bitume, comme souvent dans cette province de 8 millions d’habitants grande comme trois fois la France – mais qui récompensera vos efforts.
 
L’Outaouais et l’Abitibi-Temiscamingue sont les territoires ancestraux des Algonquins, peuple amérindien que l’on a confiné dans des réserves, et avec qui les Québécois n’ont toujours pas réglé leurs problèmes, partagés qu’ils sont entre d’une part le malaise pour les méfaits commis à leur encontre et leur nécessaire réparation (population décimée, spoliation des terres, misère sociale…) et d’autre part la colère vis-à-vis de ces autochtones “sans gêne” qui bénéficient aujourd’hui d’un statut juridique et fiscal privilégié, “alors que, quand même, ils ont été conquis”.
 
Successivement, ces terres ont été investies par des explorateurs en quête des richesses fournies par la nature, dont les fourrures animales, et surtout celle des castors (très recherchée pour la confection des hauts-de-forme en Europe au XIXe siècle), que les trappeurs indiens venaient échanger dans les forts contre des denrées arrivées en canot de Montréal, au terme d’une expédition de plusieurs semaines sur la rivière des Outaouais; par des bûcherons attirés par les immenses ressources forestières et qui acheminaient les troncs entiers sur les rivières; et par des mineurs venus des quatre coins de la planète (surtout d’Europe de l’Est) exploiter les innombrables filons d’or, d’argent, de cuivre…
 
Découvrir ces régions reculées, c’est s’enfoncer, sur les traces de ces aventuriers, dans d’immenses forêts d’érables, de bouleaux blancs, de pins ou de chênes, vertes en été, jaunes, orange et rouges autour du vingt septembre; c’est tenter, souvent en vain, toujours avec patience et discrétion, d’y apercevoir un magistral orignal, un impressionnant ours noir voire une meute de loups. C’est admirer la lumière de l’aube et du crépuscule sur les milliers de lacs et de rivières, qui forment un des plus grands réservoirs d’eau douce de la planète. Un retour à la nature. Un véritable ressourcement.
 
 
Vu du ciel
Vu d’en haut, l’immensité et la beauté des grands espaces québécois apparaissent de manière flagrante. Le vol en hydravion que nous avons effectué reliait, en une petite demi-heure, Montebello à Duhamel. Ou, plus exactement, la rivière des Outaouais au lac Preston. Passé l’amusement de grimper dans un avion qui tangue sur la rivière, suit l’excitation du décollage et l’émerveillement lors du survol des forêts à perte de vue, des lacs et des rivières de tous côtés.
À bord du Cessna Caravan, hydravion de dix places, les secousses se ressentent nettement. À 250km/h, on vit le vol de tout son corps, de tous ses sens.
À l’heure d’amerrir, le Cessna descend vers le lac Preston. Une pointe d’inquiétude tout de même : était-ce vraiment une bonne idée ? Pour aller sur l’eau, n’aurait-on pas mieux fait de prendre un bateau ? Mais le nez de l’hydravion se redresse, les flotteurs touchent à l’arrière, une fois, deux fois… Et l’engin de se poser, assez délicatement finalement. Reste à se laisser flotter jusqu’à la rive, avant de remettre le pied sur la terre ferme. Heureux d’avoir accompli un rêve de gosse. Un rêve qui a un prix, tout de même. Comptez 1500 dollars canadiens (1050 euros) pour un vol d’une heure.
 
Rencontre
Profession, pourvoyeur de nature. Jocelyn Gagné a bossé trente ans dans l’informatique. Puis il en a eu marre et a changé de vie. Il y a quelques années, il a repris la gestion d’une pourvoirie, soit un vaste domaine de 14 km² dont il a les droits exclusifs. Il y organise la chasse, la pêche, les randonnées, l’observation de la nature. Il assure également l’hébergement des clients et prépare leurs repas dans son auberge. Se promener en forêt avec Jo, c’est prendre le temps d’observer ce que l’on n’a pas (ou plus) l’habitude de regarder : une branche dépourvue de ses feuilles, signe qu’un chevreuil est venu ici se servir; une empreinte d’orignal dans la terre humide; le vol plané d’un faucon au-dessus des bouleaux. La pourvoirie, paradis des chasseurs d’ours noirs ou de cervidés et des pêcheurs de truites, est aussi un havre de paix, où l’on vit au rythme de la nature, débarrassé de tout stress; où l’on se baigne dans l’eau fraîche du lac, avant de se réchauffer au coin du feu, une bière à la main. Et puis de s’endormir, au son du huard qui chante au bord du lac, ou des coyotes qui hurlent dans la forêt. Une expérience.
www.gagnefilles.com
 
Le refuge Pageau
Michel Pageau, chasseur-trappeur au physique de Père Noël, a un jour raccroché son fusil et ses pièges pour ouvrir ce refuge près de la ville d’Amos, où il soigne animaux blessés ou orphelins. Cet acte de rédemption permet aujourd’hui au visiteur de découvrir toutes les espèces animales qu’il n’aura sans doute pas la chance de croiser lors de ses randonnées en pleine nature : ours noir, orignal, loups, renards, aigles, chouettes, porc-épics… Touchant et éducatif. On a beaucoup aimé, malgré l’espace musée qui clôture la visite, dédié à la vie de M. Pageau, et qui frise l’autocélébration.
www.refugepageau.ca
 
Le Parc national d’Aiguebelle
Randonnée pédestre, promenade en rabaska (canot d’origine algonquienne) ou en kayak… Il existe de multiples façons de découvrir ce formidable et gigantesque espace protégé, non loin de Rouyn-Noranda, fait de forêts, d’escarpements rocheux et de lacs. Vues à couper le souffle garanties. On peut y camper. Tant mieux car, même sous la pluie, les paysages et la faune méritent qu’on y reste plusieurs jours.
www.sepaq.com/Aiguebelle
 
La cité de l’or
La plus profonde mine d’or du Canada ouverte aux touristes, située à Val d’Or, propose de devenir mineur d’un jour. Salopette, casque, lampe frontale… On descend à 90 mètres sous terre pour découvrir les rudes conditions de travail. En surface, on vous explique tout le processus qui permet d’extraire quelques grammes d’or à partir d’une roche de plusieurs tonnes. Une visite enrichissante, d’autant plus éclairante que l’industrie minière est encore très développée aujourd’hui au Québec.
www.citedelor.com
 
 
Ph.: L. Gérard

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