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08/02/2015

À l’assaut de la canopée

la libre,momento,dehors,élagueur,stephan terlindenArboriste grimpeur, alpiniste forestier ou élagueur, Stephan Terlinden taille, émonde, écime, étête, éclaircit et ébranche les arbres dans le plus grand respect.

Vu d’en bas: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans

ÉLAGUER UN ARBRE n’est pas une mince affaire. Peut-être un jour avez-vous déjà pratiqué cet exercice périlleux? Le recours à un spécialiste s’avère parfois nécessaire et plus prudent. Les élagueurs sont légion. Leurs techniques différentes, tant au niveau de la taille proprement dite que dans l’outillage utilisé ou les techniques de grimpe. D’un côté, les adeptes de la coupe drastique, voire “portemanteau”; de l’autre, ceux de la taille douce dite raisonnée. Stephan Terlinden, alias “Up and Cut”, est résolument partisan de la deuxième méthode.
 
Au sortir de l’école, il décide de ne pas suivre la filière “travail de bureau”, mais plutôt de vivre au grand air. La nature l’inspire. Pourquoi ne pas se préoccuper des arbres ? Ils font partie de son environnement. Une formation à l’école d’Ath – Haute École provinciale de Hainaut – en poche et l’histoire peut commencer. Cela fait maintenant 10 ans qu’il monte à la cime des arbres, taquine les nuages, observe le paysage et côtoie les oiseaux. Le ciel est devenu son lieu d’action de prédilection. Il ne nous cache pas que c’est avant tout la passion qui le pousse à investir ces hôtes majestueux. Non sans risques d’ailleurs. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un des métiers les plus dangereux au monde. Stephan s’en est rappelé lorsqu’il s’est malencontreusement tailladé le bras.
 
Taille douce
 
La taille douce ou raisonnée est pratiquée depuis environ une vingtaine d’années. Dans le respect de l’arbre et d’une vision à long terme. Les grimpeurs de la nouvelle génération ne sont plus des obsédés de l’élagage ou de l’abattage. Halte au massacre… à la tronçonneuse. Aux dégâts irréversibles aux conséquences souvent fatales. Combien d’arbres n’ont-ils pas été victimes de tailles successives ? Il est temps d’éviter les coupes inutiles. D’ailleurs, nous confie Stephan, un arbre n’est pas fait pour être taillé. Au contraire. Lorsqu’il intervient, c’est souvent parce qu’il a été planté sans discernement. Dans des endroits où il n’a absolument pas l’espace nécessaire pour vivre à l’âge adulte. L’arbre est un être vivant et non un objet d’art.
 
Avec la taille raisonnée, intervient une approche plus naturelle et plus saine. Elle prévient la souffrance en coupant au bon endroit et au bon moment, diminue la charge de l’arbre, enlève les branches malades ou endommagées, dessine une nouvelle silhouette. Plus heureuse. Elle corrige, relie les branches mal formées, évite les maladies et les mauvaises cicatrisations. Généralement, la coupe se fait en deux fois. D’abord pour enlever le poids de la branche et prévenir toute déchirure, et puis pour enlever le chicot. Tout cela avec doigté, circonspection et réflexion. Pour Stephan, c’est en pratiquant qu’on apprend le métier. Avec un peu d’exercice, on identifie les mécanismes de défense de l’arbre, ses réactions à l’agression d’un ravageur ou d’un champignon. En le regardant du sol, on repère déjà les couloirs de déplacement dans la couronne, le meilleur équilibre et la lumière la plus optimale. Pour qu’un oiseau puisse aisément traverser la ramure et pour qu’un saule pleureur devienne une cathédrale.
 
Les solutions sont envisagées au cas par cas. Il ne faut pas devenir trop puriste. Parfois, la seule solution est malheureusement un abattage ou une coupe sévère. Parfois aussi un haubanage à l’aide d’une corde ultra résistante qui sécurise la situation sans devoir utiliser de machines. Par exemple, lorsque l’arbre est fourchu, qu’il y a prise au vent ou risque de casse.
 
la libre,momento,dehors,élagueur,stephan terlindenMatériel
 
Dans ce métier, on ne badine pas avec la sécurité. Le matériel professionnel de l’arboriste grimpeur ressemble à s’y méprendre à celui de l’alpiniste. Tout d’abord un baudrier, ou harnais de sécurité, puis des cordages de grimpe dans le but de tisser une toile, sorte d’échafaudage de fortune. Ensuite une longe armée – en métal –, impossible à couper, à placer autour du tronc et des cordes de rétention servant à retenir les branches pour empêcher qu’elles ne tombent avec fracas. Le casque antibruit, les écouteurs ou les protège-oreilles sont indispensables. Sans oublier les manchettes d’élagage anti-coupures très résistantes, à enfiler au-dessus de la veste. Des crampons de monte sont ajoutés uniquement lorsque l’arbre doit être abattu. Jamais sur un arbre vivant pour éviter les petites blessures. Last but not least, la scie à main de type égoïne pour les coupures nettes et précises de finition, et bien évidemment la tronçonneuse élagueuse d’environ 4 kg pouvant être tenue à une seule main laissant l’autre agripper cordes et branches dans le houppier. Un broyeur de branches vient compléter la liste. En fin de chantier, le broyage sur place est conseillé pour pouvoir être réutilisé directement dans le jardin.
 
Quand élaguer ?
 
Pour respecter l’arbre, cet être vivant, on taille en dehors des périodes de montée et de descente de sève. En d’autres mots, en période de dormance, c’est-à-dire à l’automne et en hiver. Le début du printemps est à éviter pour protéger les nidifications et empêcher les “saignements”. En effet, certains arbres, comme l’érable et le bouleau, perdent de la sève lors des coupes pratiquées à cette période.
Mises à part quelques exceptions, beaucoup de petits élagages de routine peuvent se faire tout au long de l’année. Une taille estivale d’entretien peut même se révéler performante. La sève est à cette époque concentrée en haut de l’arbre, il n’y aura plus de saignement et l’année suivante moins de gourmands – ces rejets verticaux – apparaissant après une taille. Quand il gèle à pierre fendre, ce n’est pas conseillé. Ni pour l’homme, ni pour l’arbre. Ceci dit, il y aura moins de dégâts sur sol gelé lors des abattages et démontages.
 
Une bonne connaissance des végétaux permet d’éviter l’une ou l’autre bêtise. Il faut savoir, par exemple, que le saule débourre très vite – apparition hâtive des jeunes feuilles –, et perd ses feuilles très tard. Chez lui, on intervient donc dans le creux de l’hiver.Tandis que, pour le châtaignier, il est permis de travailler jusqu’en avril. Stephan ajoute que quelques arbres sont terriblement cassants tels le peuplier, le frêne, l’érable et l’aulne, alors que d’autres ne le sont pas comme le chêne, le hêtre, le robinier et le platane. D’autres sont élastiques, comme le bouleau, et certains ont un bois tendre, comme la plupart des conifères.
 
Infos pratiques
Stephan Terlinden, Up and Cut
T.0479 49 32 36 et 02.652 18 13
up.and.cut@gmail.com
www.upandcut.be
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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