Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/02/2015

Le Pulhof à l’assaut du marché

la libre,momento,vie de château,pulhof,wijnegemContre toute attente, les pouvoirs publics anversois ont décidé de vendre cette belle propriété. Qui en veut ? Quelques centaines de milliers d’euros pour plus de 27 hectares.

Philippe Farcy


QUAND ON AIME LES ANTIQUITÉS et que l’on va rendre visite aux Vervoordt à s’Gravenwezel ou à leurs incroyables dépendances sur le canal Albert, on ne passe jamais bien loin de ce château du Pulhof, à Wijnegem. En partie visible depuis la chaussée menant au château des antiquaires les plus célèbres de Belgique, le Pulhof était en de très bonnes mains. Et pourtant ces propriétaires vigilants décident de vendre. La nouvelle est toute fraîche et la Province d’Anvers ne compte pas communiquer sur ses raisons, nous disait Pablo Janssen, le responsable de la maison de courtage. Eurimobel a en effet reçu la mission de céder ce bien d’époque Renaissance et éclectique de la part de la Province d’Anvers. La chose est curieuse car, encore à la fin de l’année passée, il y avait des échafaudages aux façades du corps de logis principal afin de renouveler les toitures de zinc et d’ardoises. Dont coût : plus de 800 000 € déboursés par les pouvoirs publics. Et ceux-ci n’en étaient pas à leurs premiers débours.
 
Il faut dire que le domaine avait été offert à la Province par Christine Ackermans (1897-2001), mariée à La Haye le 16 août 1924 à Nicolas van Haaren (1893-1977). La prise de possession officielle semble remonter à 2003. Le domaine, alors privé et fermé au public, devint accessible à tous, du moins le parc.
 
Le château lui-même, voué à devenir un centre de cultures, fut alors restauré du dedans puis du dehors. La somme globale des restaurations tourne, sauf erreur, autour des deux millions d’euros. Des sous furent déposés dans la manne par la Province bien sûr, un peu par la commune et beaucoup de la part de la Région flamande. Voilà donc un bien remis en ordre de marche et prêt à servir.
 
Comme dans les tableaux flamands anciens, on voit la résidence entourée d’eau avec un terre-plein à usage jadis de jardin aromatique sur l’un des flancs (oriental pour l’occasion). On y trouve quelques buis désormais et des arbres sans signification ni symbole. Un dessin ancien du XVIIIe siècle montre, vu du ciel, que la demeure des maîtres était composée de deux ailes, en L. Cet ensemble était et est toujours précédé par une aile de défense devenue des communs et garages (une ancienne chapelle semble s’y trouver sur le côté occidental). Cette aile est organisée autour d’une tour-porche carrée et de deux tours rondes postées aux extrémités. Celle de l’orient était jointive jadis d’une petite aile qui s’en allait fermer la cour d’honneur, en reliant la petite aile du L précité. Il y avait juste une séparation marquée par quatre degrés et des piliers tenant une grille. Les escaliers sont toujours là mais ils ont été agrandis et sont de neuf degrés en pierre bleue. Il n’y a plus de grille mais des garde-corps ajourés à balustres.
 
Cette petite aile de la résidence était quand même composée de deux niveaux sur six travées. Quant à l’aile de résidence, toujours subsistante mais sous un jour éclectique à dominante Louis XVI, on n’y trouvait alors qu’un seul niveau mais sur dix travées et trois lucarnes. Vers le Nord, la façade était calée par deux tour rondes. La travée centrale était alors en avancée et sommée d’une petite coupole. Sur la gravure de Harrewijn, datant du XVIIe siècle, la petite aile du L n’apparaît qu’à travers un pignon à crénelage. Sur le dessin du XVIIIe siècle, les pignons de ce corps sont à croupes.
 
Après la Première Guerre mondiale, des travaux furent entrepris, et le corps de logis principal et unique (l’aile de retour a disparu) a été repensé en sortant de la tradition flamande pure pour aller vers du Louis XVI français qui se portait mieux à cette époque. D’un seul niveau sur cour on en fit deux niveaux sous une toiture mansardée. Et deux colonnes soutiennent depuis lors un élégant balcon. Sur la face regardant le grand parc, les changements ne furent pas moins nombreux, et de dix travées on poussa le plaisir jusqu’à quatorze travées. Le haut soubassement de caves supporte désormais deux niveaux. Les tours sont diverses. L’une est ronde et placée en coin de pignon; haute de trois niveaux, elle est sommée d’un bulbe. L’autre tour présente trois pans coupés et est couverte par une toiture en poivrière. Au centre, on retrouve l’avancée précitée; elle est composée de deux côtés, limités par des pilastres à refends et les baies hautes. Des lucarnes souvent circulaires animent la mansarde.
 
Pour ce qui regarde l’histoire du site, Paul Arren, en 2001, en avait donné tous les contours dans son neuvième volume de “Van Kasteel naar Kasteel”. Il y en a pour quatre pages ! On va donc faire bref.
 
La première mention d’un “Hof te Pull” remonte à 1559 et est posée sur la tête de Melchior Charles, greffier de la Ville d’Anvers. On apprend alors que durant la guerre de “Quatre-Vingts ans”, le château brûla et on lui donna le surnom de “Verbrant Hoff”; il est parfois d’usage de nos jours. Le bien passa ensuite aux vanden Berghe puis aux Gansacker au milieu du XVIIe siècle. En 1698 y entra Jean-Hyancinthe Respani. Par mariage arrivèrent les de La Fosse, puis les de la Coste, qui vendirent en 1801 à Emmanuel van Ertborn (1761-1818). En 1812, nouvelle vente en faveur cette fois de Louis Werbrouck (1786-1861), époux de la baronne Léopoldine von Honrichs von Wolfswarfen. Louis vendra à son tour en 1839 aux de Meulenaer (Charles-François). En 1888, nouvelle vente, en faveur d’Alphonse de Meulenaer (lien de parenté non établi), qui acheta pour sa fille Delphine (1845-1900), épouse de Constant de Browne de Tiège. Leur fille Madeleine, devenue baronne van der Straten Waillet (1883-1954), allait vendre ceci en 1910 à Henri Ackermans (1855-1945) et à son épouse Elisabeth Van Haaren, née à Maestricht en 1869. C’est donc leur fille Christine précitée qui hérita et donna le bien à la Province d’Anvers. Notons que le mari de Christine, un de ses cousins, Nicolas Van Haaren, avait comme mère Elisa Ackermans.
 
On peut visiter sur demande. Tél. : 03.383.83.91.
 
 
Ph.: Philippe de Borrekens

Commentaires

Vous écrivez "La première mention d’un “Hof te Pull” remonte à 1559". J'avais cependant lu, quelque part, que le bâtiment avant, le plus ancien, datait de la deuxième moitié du XVe siècle, donc du début de la Renaissance, et il serait étonnant qu'aucun document de cette époque n'ait fait mention de ce château.

Vous écrivez par ailleurs "Quelques centaines de milliers d’euros pour plus de 27 hectares". Comment se fait-il que les autorités titulaires vendent à ce prix dérisoire ce magnifique domaine? Y aurait-il anguille sous roche?

Signé: un Canadien citoyen du monde et grand amateur d'Histoire et... de Beauté

Écrit par : Donald Guénen | 27/07/2015

Les commentaires sont fermés.