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14/02/2015

5 parmi 50 idées reçues sur la sexualité

la libre,momento,bien-être,idées reçues,sexualitéEst-il vrai que la première fois influence toutes les autres ? Est-ce que simuler, c’est mentir ? Les femmes ont-elles toujours besoin de longs préliminaires ? Autant de croyances revues et corrigées par Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue, dans “La sexualité décomplexée”.

D'humeur coquine: Laurence Dardenne


EN CE SAMEDI TOUT EN ROUGE ET ROSE, où il est difficile de faire un pas sans croiser un joli cœur, on aurait pu parler fleurs, parfums, dîner aux chandelles ou petits soins, mais on a trouvé bien mieux : parlons câlins. Mais alors coquins, les câlins.
 
Dans la “Sexualité décomplexée” (Flammarion, 18 €), tout chaud sorti de presse, Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue, propose 50 idées reçues…, revues et corrigées. C’est que, sur la sexualité, il en circule, des croyances saugrenues, autant d’idées reçues que l’auteure a abordées dans ses chroniques parues dans “Psychologies magazine”, ici rassemblées dans l’ouvrage.
 
Des exemples ? En voulez-vous, en voilà. La première d’entre elles étant : la sexualité, c’est naturel. “La plus curieuse des idées reçues consiste à penser que la sexualité est ‘naturelle’, naturelle au sens de libre, simple, aussi facile d’accès que de fonctionnement”, explique Catherine Blanc. Il n’est est rien. Long et complexe est en effet le processus, jalonné d’étapes propres aux phases successives et personnelles du développement, tout un cheminement fait de découvertes et de questionnements… “Les conséquences de ces découvertes sont telles, poursuit la psychanalyste et sexologue, et les conditions dans lesquelles nous les faisons si variées, que la sexualité ne peut être rectiligne, et c’est dans cette richesse qu’elle se perd parfois ou plus souvent s’emmêle, mais toujours se construit. Ce n’est donc pas en naissant, mais en cheminant que nous devenons homme ou femme, chacun glanant çà et là les informations propres à son histoire. […] Ainsi, comment faire l’amour pourrait n’être que l’histoire simple d’une mécanique pulsionnelle bien huilée ?
 
Autres exemples, parmi les 50 idées reçues et retenues par Catherine Blanc : les hommes ont plus besoin de faire l’amour que les femmes; c’est la faute de l’homme si la femme n’a pas de plaisir; les hommes ne simulent jamais; sans point G, pas de salut; la jalousie stimule le désir; c’est dur, de reprendre après une période d’abstinence; il bande le matin, il a envie de moi; tous les hommes aiment la fellation; enceinte, la libido décuple; il n’a plus d’érection, c’est qu’il ne m’aime plus; la virilité, c’est une question de taille; les femmes de pouvoir sont castratrices; rêver d’infidélité, c’est tromper. Ou encore : les femmes font l’amour… par amour ? Une cinquantaine d’idées reçues, parfois ni tout à fait vraies ni tout à fait fausses. En voici, ici résumés, 5 points de vue développés plus en nuances par la spécialiste.
 
 
Les hommes ont plus besoin de faire l’amour que les femmes
 
On dit que les hommes sont bourrés de désir et la manifestation en est certes plus visible. Mais, fait remarquer l’auteure, “sommes-nous toutefois bien sûrs que le désir masculin est toujours de cette façon visible, et l’érection toujours son expression ? Ne faut-il pas plutôt se demander ce qui fait que l’homme a du désir, et de quoi ce désir rend compte ? Traduit-il son élan pour la sexualité elle-même, l’envie de la rencontre et la curiosité de l’autre; exprime-t-il un besoin d’apaisement, de réconfort, ou celui de voir confirmer sa valeur du lien amoureux ? Car faire l’amour peut être pour lui une façon de demander à l’autre : ‘Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu es disponible pour moi ?’”
De son côté, le désir de la femme, “sans manifestation extérieure directement visible ni signe apparent de début ou de fin, semble plus difficile à percevoir. Pourtant, la pulsion sexuelle est aussi forte et aussi puissante chez l’un que chez l’autre. Elle s’impose aux deux sexes et bouleverse de la même manière. La femme a aussi souvent ‘besoin’ de faire l’amour que l’homme. […] Elle est, à l’instar de l’homme, contenante et bouillonnante de sexualité. […] Son histoire et sa façon de considérer la sexualité lui permettent de la vivre tranquillement ou de la nier. La sexualité n’est pas un but en soi, mais un voyage.”
 
 
La routine tue le désir
 
“Moins que le temps qui passe et éteint les ardeurs, c’est la difficulté à s’accorder, les nouveaux horizons qui s’ouvrent et obligent au mouvement de l’un et de l’autre qui fait le désir en berne, selon Catherine Blanc. Seulement voilà, “l’accueil du changement de l’un ne fait pas toujours le bonheur de l’autre, et c’est bien sûr dans la qualité de la relation que peuvent s’envisager la patience chez l’un et l’ouverture chez l’autre, autant de dispositions leur offrant la possibilité d’agir de concert dans ce nouvel élan”.Il est cependant un cas où la routine tue le désir : “quand homme et femme oublient qu’ils sont des êtres sexués, et que, pour eux, être en couple participe du besoin de faire taire la préoccupation à laquelle être sexué, justement, nous renvoie : les bouillonnements du corps; ils s’en mettent à l’abri pour, par exemple, arrêter le temps et se protéger de l’angoisse de la mort. Or la sexualité, pas plus que le désir, ne peut faire l’économie du mouvement.Quant à la nécessité de se faire des surprises pour rompre la routine, “c’est avant tout soi-même qu’il faut surprendre, en réadaptant constamment son regard sur soi et sur son partenaire. Car, plus que le temps qui passe, c’est l’engourdissement du regard, puis sa rigidité qui font la lassitude.”
 
 
Les hommes ne simulent jamais
 
Nous y revoilà ! “Sous prétexte que le sexe masculin est visible, et vigoureusement expressif, les femmes imaginent souvent que son mode de fonctionnement et de jouissance est tout aussi évident, écrit Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue. Si un homme bande, croit-on, c’est qu’il désire, s’il éjacule, c’est qu’il jouit. C’est beau, c’est simple, c’est commode, et tout le monde s’y retrouve. Enfin, presque.” Parce qu’il n’est pas si simple de s’offrir, de s’abandonner à l’autre et de se laisser déborder par les émotions. Pas simple non plus “de jouir de l’autre, d’en faire le point d’ancrage de ses fantasmes, de son plaisir, de s’approprier cet être et ce sexe pour en faire un objet de délices…”
“Nous devons nous rendre à l’évidence, dans la recherche du plaisir, femmes et hommes connaissent les mêmes aspirations et les mêmes craintes. […] Ainsi, selon ce que lui raconte la relation, durable ou ponctuelle, selon les risques imaginés et les possibles tout aussi supposés, l’homme, à l’instar de la femme, peut vivre un coït douloureux, inconfortable ou tout simplement lassant. […] Quand la jouissance n’est pas au rendez-vous, la simulation, autant pour l’homme que pour la femme, reste une liberté des plus légitimes.”
“Parce que l’éjaculation est entendue comme un lâcher prise, une perte de contrôle, il plaît à la femme d’y entendre le plaisir qu’elle donne à son homme… Pourtant, dans ce domaine aussi, rien n’est moins sûr. Car l’homme a également tout le loisir de simuler cette éjaculation. […] Les hommes ont donc la possibilité, eux aussi, de taire une incapacité, momentanée parfois, à s’offrir pleinement.”
 
 
Le poil est anti-érotique
 
On aurait envie de dire : tout dépend des poils, leur emplacement et, surtout, pour qui. Qu’en dit la sexologue, qui se lance d’abord dans une explication pour, avant tout, comprendre ce que signifie cette traque actuelle du poil ? Car au cours de l’histoire, femmes et hommes n’ont en effet pas réservé le même accueil à la pilosité. “Comment se fait-il que notre société, qui valorise tant le sexuel et ne cesse de l’afficher, propose justement d’en supprimer les signes qui en sont le témoignage ?”, interroge l’auteur de “La sexualité décomplexée”. “Car plus nous aspirons à une sexualité sans limites, plus nous avons peur d’être débordés par elle. L’épilation participerait-elle ainsi de l’illusion de la dompter ? Dans cette exhibition forcenée du sexe, il semble que le poil soit devenu encombrant.”
En conclusion, “selon qu’il faille le cacher, le montrer ou le maîtriser, le poil sera décrété, d’une façon totalement subjective, tantôt érotique, et ainsi sa présence ou son absence sera une mise en scène, tantôt anti-érotique. Il sera alors question de sa négation, et, selon l’histoire de chacun, parfois d’une défiance à l’égard de sa spécificité sexuelle mature, et du besoin de retrouver les repères d’enfant.”
 
 
Les règles sont affaire de femme
 
“Quelle que soit sa sensibilité, aucune femme n’échappe aux longues années à prévoir, attendre, craindre ou espérer ses menstruations. […] Mais comment imaginer que cette ‘aventure’ n’ait de résonance que dans l’esprit des femmes ? Tant les garçons n’ont de cesse de chercher à percer le désir féminin. Tant ils aiment à regarder par le trou de la serrure, au-dessus de la porte des toilettes des filles, sous leurs jupes. Tant ils sont curieux de ce que contient leur sac à main, tant ils veulent voir et comprendre ce qui se joue là… entre leurs cuisses. Passeraient-ils sur ce sujet sans rien en faire dans leur imaginaire ? Alors même que les règles, signe de fécondité possible, les interrogent non seulement sur leur paternité, mais aussi sur leur capacité à modifier le cycle, le corps, des femmes ?”Que dire aussi de la poursuite de la sexualité pendant les règles ? “Elle était autrefois sévèrement condamnée parce que le sang menstruel était considéré comme impur, mais surtout parce qu’il s’agissait là, puisque infertile, d’une sexualité assurément… lubrique”, rappelle l’auteure. “La morale aujourd’hui n’a plus de tels interdits. Dans la mesure où la rencontre est vraiment désirée par les deux partenaires, rien ne s’y oppose. Mais cette période doit-elle absolument être le théâtre de la sexualité ? À chacun sa réponse, dans le respect de son désir, de sa pudeur, de sa crainte ou de sa raideur, qu’importe. L’épanouissement sexuel ne réside pas dans l’abolition des tabous ou des limites, bien au contraire.”Ph.: Reporters

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