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15/02/2015

Hubert de Boürad, vigneron multitâche

La Libre, Momento, Papilles, vins, Hubert de Boürad, Saint-Emilion, AngelusConsultant, vigneron, voyageur, businessman, président, propriétaire… Qui se cache derrière ce dignitaire “one man show” de Saint-Emilion ?

Tireur de portrait: Baudouin Havaux


SANS L’OMBRE D’UNE HÉSITATION, Hubert de Boüard, qui signe cette année son 30e millésime, nous répond : “Je suis d’abord et avant tout vigneron. Je suis né au milieu des vignes, à Saint-Emilion, dans les murs du Château Angélus. À 7 ans, j’ai reçu de mon père le plus beau cadeau qu’il m’a jamais été donné : un sécateur que j’utilise encore aujourd’hui dans la vigne avec mes employés. J’ai eu la chance d’avoir comme professeur à la faculté d’œnologie de Bordeaux Emile Peynaud qui ma remis mon diplôme en 1977. Je suis un homme du Cru !
 
Hubert est également le père de quatre enfants, Stéphanie qui après 6 années consacrées à la finance à Londres a rejoint l’équipe d’Angélus, Mathieu qui a suivi une formation technique d’œnologue avant d’acquérir de l’expérience en Afrique du Sud, en Californie, au Liban et en Thaïlande, Coralie qui est spécialisée dans le commerce du vin, et Quentin avec en poche un diplôme d’œnologue et de commerce qui poursuit sa formation en Australie. Ils sont, avec leur cousin Mathieu, appelés à assumer la lourde responsabilité de transmettre le patrimoine familial de génération en génération.
 
Une extension progressive
 
Hubert de Boüard est propriétaire à Saint-Emilion avec son cousin Jean-Bernard Grenier (à hauteur de 50 %) du Château Angélus récemment promu Premier Grand Cru classé A aux côtés d’Ausone et de Cheval blanc. Une bouteille devenue aujourd’hui mythique qui se négocie entre 250 et 350 €. Son second vin, Carillon d’Angélus, Saint-Emilion Grand Cru, financièrement plus accessible, affiche un prix de 70 €. Avec son ami d’enfance Dominique Hébrad, il a acquis en 1985 le Château de Francs, un domaine bien situé en Côtes de Francs qui produit chaque année près de 200 000 bouteilles vendues à moins de 10 €. En 1998, il achète 27 hectares à Lalande de Pomerol où il construit un chai révolutionnaire capable de produire annuellement 100 000 bouteilles au prix plus accessible de 20 €. En 2007, la famille de Boüard prend part de 50 % du Château Bellevue, qui est à portée de vue d’Angélus, un Cru classé de Saint-Emilion qui couvre 6,9 ha.
 
Hors France, il s’est associé à Bruno Prat pour développer, à Stellenbosch, en Afrique du Sud, le domaine Anwilka qui fusionnera en 2012 avec Klein Constantia, et dont Hubert de Boüard assure toujours la supervision technique.
 
Tout récemment, en 2013, il varie ses acquisitions pour s’offrir le plus emblématique et le plus vieux restaurant de Saint-Emilion, “Le Logis de la Cadene”. Hubert ne cache pas son ambition de décrocher l’étoile, avec Alexandre Beaumier secondé par une brigade de 15 personnes. À la carte des vins, pas moins de 400 références originaires du monde entier. Il faudra néanmoins attendre le 15 mars pour s’attabler au Logis de Cadene, date à laquelle les travaux de rénovation des 4 chambres d’hôtes devaient être terminés.
 
À l’époque où les châtelains se cachaient derrière les hautes grilles de leur propriété en laissant le soin de vendre leurs précieuses bouteilles aux négociants bordelais, Hubert de Boüard avait déjà suivi les conseils et les traces de deux visionnaires, Jean-Méneret (propriétaire à l’époque du Château Larmande) et Jean-Michel Caze (Château Lynch-Bages) avec qui, dès 1988, il sillonnait le monde pour prêcher la bonne parole des vins de Bordeaux, et d’Angélus en particulier. Jusqu’en 2012, il réalisait annuellement près de 10 voyages en Asie et aux USA. Aujourd’hui, ses équipes et ses enfants ont repris le relais pour lui permettre de se concentrer sur les marchés européens.
 
De nombreuses casquettes
 
Son activité de consultance, qui absorbe actuellement un tiers de son temps, a débuté en 2001 un peu par hasard quand Gérad Frydman, patron des parfums Marionnaud, qui venait d’acheter le Clos des Jacobins et le Château La Commanderie, lui demande un coup de main pour réorganiser ses vignobles. Ensuite, les contrats se sont succédé à Chantegrive, Grand Corbin, Fieuzal, Branas Grand Poujeaux, Lamothe Bergeron, etc. Aujourd’hui, 62 propriétés, pas seulement en France mais aussi en Rioja, dans le Douro, au Liban et même en Thaïlande, sont supervisées par Hubert de Boüard, secondé par Philippe Nunes et son fils Mathieu. S’il ne cache pas que son activité de consultant représente un apport financier important lui permettant de financer le développement de ses propriétés, c’est aussi une manière d’apprendre et de continuer à se former, une sorte de remise en question permanente. Le rapport à l’humain est très important, ces missions lui permettent de rencontrer beaucoup de monde, de discuter et de réfléchir aux multiples aspects de son métier. C’est un peu le pétrole qui lui permet d’alimenter sa passion pour le vignoble.
 
Les autres casquettes qui ne manquent pas d’attirer l’attention sont liées à ses mandats de Président. Très tôt, il a été actif au sein de mouvements associatifs. Dès 25 ans à l’école de Saint-Emilion où étudiaient ses enfants, puis comme échevin de Saint-Emilion pendant 18 ans, ensuite comme Président de l’Association des Grands Crus classés de Saint-Emilion, puis vice-Président du Comité interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), Président du Conseil des Vins de Saint-Emilion. Actuellement, il revêt la prestigieuse toge de Premier Jura de la Jurade de Saint-Emilion. Il est également nommé par décision ministérielle au Comité régional de l’INAO pour émettre des avis consultatifs non décisionnaires sur les aspects techniques et règles de production. Enfin, il est aussi Grand Maître du Grand Conseil des Vins de Bordeaux qui réunit toutes les confréries vineuses bordelaises.
 
Le portrait d’Hubert de Boüard ne serait pas complet si l’on ne soulignait pas sa passion partagée entre la chasse, qu’il pratique en Espagne ou en Argentine, et celle de la voile héritée d’une mère bretonne qui lui a également transmis son intérêt pour la peinture, la musique classique et le jazz.
 
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Hubert de Boüard est un travailleur plein d’énergie aux ressources diverses et que sa réussite fulgurante n’est pas le fruit du hasard.

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