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22/02/2015

Deux hommes parmi les superstars de Mons

la libre,momento,dehors,personnalités,mons,mons 2015,poire,bambou,hardenpont,houzeauÀ l’honneur, deux esprits audacieux : Nicolas Hardenpont, père des meilleures poires fondantes de Belgique, et Jean Houzeau, fanatique éclairé de bambous.

Portraits: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


INVENTER, INNOVER SONT les maîtres mots de la grande expo “Mons Superstar” qui a lieu actuellement aux anciens abattoirs de Mons, la nouvelle Capitale européenne de la Culture. Dans le domaine horticole, deux figures de proue, inventeurs au savoir-faire inégalé, ont un jour contribué à dynamiser cette bonne ville de Mons. Deux destins, deux histoires à raconter.
 
Nicolas Hardenpont
 
Sans doute n’avez-vous jamais entendu parler de lui ! Sauf peut-être si vous faites partie de ces gourmets dont une des petites madeleines est la délicieuse ‘Beurré d’Hardenpont’! Juteuse et sucrée à souhait, c’est une “poire à couteaux” inégalée, une poire d’été à déguster crue comme fruit de dessert, à l’inverse de la poire dite “à chair cassante” d’automne ou d’hiver à transformer, pour la compote, le cidre ou le fameux sirop de Liège.

Né en 1705, le Montois Nicolas Hardenpont, abbé de son état, contribue, avec le Bruxellois Jean-Baptiste Van Mons, à la prospérité de la pomologie, cette science dédiée à Pomone, la divinité du verger, et visant à la production de fruits comestibles, pommes et tutti quanti.

À l’époque, la culture de la poire est à la mode. Le passe-temps favori des notaires, abbés, châtelains, avocats, médecins, curés et autres notables amateurs qui les cultivent, les collectionnent et s’essaient à la création de nouvelles variétés. À force de tâtonnements et d’ingéniosité, ces nouveautés deviennent bien meilleures que les précédentes. On les appelle les variétés bourgeoises pour les différencier des paysannes découvertes, souvent fortuitement, dans les campagnes. Mons, Bruxelles et Jodoigne se disputent les célébrités. Mais il faut bien reconnaître qu’Hardenpont, plutôt que de se préoccuper du salut des âmes, devient en Belgique un des pionniers en la matière. Sa renommée dépasse même nos frontières. Toute l’Europe s’enthousiasme pour ses travaux.

Avec lui, plus question de hasard ! Même si ce dernier fait parfois bien les choses, il ne suffit pas toujours. Trente années de travail et d’observation permettent à Hardenpont d’obtenir des méthodes de sélection inédites. Si bien qu’au pied du mont Panisel, il met au jour, à partir de semis de petits pépins, une douzaine de nouvelles variétés à la chair délicieusement fondante. On les appelle dans le jargon des beurrés. Une révolution parmi les poires de l’époque essentiellement “à chair cassante” destinées à la cuisson. À son tableau de chasse, outre l’exquise ‘Beurré d’Hardenpont’ – rebaptisée de-ci de-là ‘Beurré d’Arenberg, ‘Goulu morceau’, ‘Beurré de Kent’ ou ‘Beurré Lombard’ –, aussi la ‘Délice d’Hardenpont’, la ‘Fondante du Panisel’, la ‘Beurré Rance’, et la ‘Passe-Colmar’ ou ‘Colmar de Silly’.

Hardenpont a inspiré de nombreux amateurs qui se prennent au jeu et se mettent à semer. Dans la province de Hainaut toute entière, mais aussi en Brabant flamand et wallon, notamment à Jodoigne. On ne peut pas tous les nommer. Quelques-uns sortent du lot comme Jean-Baptiste Van Mons, l’abbé Duquesne, Charles-Louis Durondeau, Alexandre Bivort, le major Esperen, François-Xavier Grégoire- Nélis ou Duras de Naghin. À l’époque, plus d’un millier de poires se disputent le marché. Quelques-unes de leurs petites merveilles sonnent encore à nos oreilles : ‘Bon-Chrétien Napoléon’, ‘Triomphe de Jodoigne’, ‘Soldat laboureur’, ‘Seigneur Esperen’, ‘Joséphine de Malines’, ‘Nouvelle Fulvie’, ‘Jules d’Airolles’, ‘Madame Gillekens’…

À la fin du XIXe siècle, face au nombre impressionnant de variétés qui souvent se ressemblent, l’enthousiasme retombe. Certains professionnels attirés par un grand souci de productivité se consacrent à l’un ou l’autre cultivar. Aujourd’hui, à part la ‘Conférence’ omniprésente dans tous les rayons des magasins, on ne compte plus que quelques dizaines de variétés du terroir encore produites chez des pépiniéristes spécialisés. Des trésors pour les vergers des amateurs passionnés.
 
 
la libre,momento,dehors,personnalités,mons,mons 2015,poire,bambou,hardenpont,houzeauJean Houzeau
 
Né en 1867, Jean Houzeau de Lehaie – à ne pas confondre avec son oncle Jean-Charles Houzeau de Lehaie, astronome de renom pour qui la ville de Mons a élevé un monument place Louise – est un naturaliste passionné et un botaniste autodidacte fasciné par le monde des insectes, des oiseaux et des plantes. Un jour de 1883, ayant la même fibre scientifique que l’oncle déjà célèbre, il décide de consacrer sa vie à l’étude des bambous et commence à les cultiver dans la propriété familiale d’Hyon.

Pourquoi des bambous ? Certainement pour l’attrait des plantes rares et exotiques repérées dans les jardins botaniques. Les rencontres avec des amateurs avertis en Belgique, en France ou en Angleterre y sont aussi pour quelque chose. Il côtoie notamment Philipp Franz von Siebold, le naturaliste bavarois, et beaucoup de grosses pointures botaniques japonaises dont il se met à traduire les articles. Par ailleurs, il écume les grandes pépinières, notamment celle du célèbre Gantois Louis Van Houtte, fondateur du magazine “L’Horticulture belge”.

Le premier bambou que plante Houzeau est l’Arundinaria japonica (Pseudosasa japonica), originaire du Japon comme son nom l’indique. Viennent après des Phyllostachys nigra et aurea. En relation étroite avec la bambouseraie d’Anduze, chaque année, il échange ou achète des nouvelles variétés pour étendre la collection.

Pionnier de l’introduction de nouvelles espèces venues tout droit du Japon, de Chine et d’Inde, Jean Houzeau cherche à les acclimater. Les bambous tropicaux non rustiques sont dorlotés dans la grande serre. Petit à petit, après observation, il se met à classer plus d’une centaine de variétés. Sa méthode rigoureuse est basée sur les caractéristiques des tiges, des feuilles et des racines. Elle est reconnue dans toute l’Europe. Il publie un bulletin périodique reprenant toutes ses expérimentations et un livre, “Le Bambou”, son étude, sa culture, son emploi, une monographie qui a encore excellente presse aujourd’hui. Malheureusement, pendant la Première Guerre, et suite à l’hiver glacial de 1916/1917, une grande partie de la collection est perdue.
 
Houzeauana
Plus proche de nous, Michel Charlot est un autre fou de bambous. Ce collectionneur passionné a créé en 1999 une pépinière à Noirchain, près de Mons, pour y cultiver des variétés rustiques et résistantes à des températures inférieures à moins 20 degrés. En hommage à Jean Houzeau, il l’appelle d’abord Houzeauana, aujourd’hui Bambouwallonie. Son jardin d’exposition attenant est l’écrin d’environ 80 variétés plantées dans des massifs opulents parmi les graminées, son autre violon d’Ingres.

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