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28/02/2015

N’est-il pas l’heure d’une digital detox ?

la libre,momento,bien-être,digital detox,smartphones,cure,tablettes,numériqueHyperconnecté, on se sent parfois – souvent ? – envahi, submergé voire oppressé. Totalement addict du numérique. Pourquoi ne pas tenter de relever un défi : une cure de digital detox. Pour mieux se reconnecter à la réalité vraie, et non virtuelle cette fois.
 
Réflexion et action: Laurence Dardenne


DIX MINUTES, IL SUFFIT PARFOIS DE DIX malheureuses petites minutes, juste le temps d’aller chercher un café, par exemple, pour retrouver son écran envahi de nouveaux mails arrivés pendant ce court laps de temps. Ne parlons pas de deux journées d’absence ou d’une semaine de congé, c’est la boîte qui explose. À vous demander s’il ne vaudrait finalement pas mieux éviter de partir…
 
Voilà d’ailleurs peut-être une des raisons qui font que l’on préfère être connecté en quasi permanence. De peur d’être complètement submergé, dépassé, étouffé… Et au risque de se sentir littéralement assailli, voire agressé par ce flux de communications en tous genres, déversé tous azimuts. Car le comble est que l’on multiplie les déversoirs : téléphone portable, tablette, PC et l’on en passe. Tout est bon pourvu que l’on puisse consulter son courrier électronique, partout et immédiatement.
 
Certains gèrent la situation, prennent même plaisir à cette hyperconnexion. Ou du moins le pensent-ils, inconscients parfois d’avoir déjà développé une nouvelle addiction. D’autres, sans toujours s’en rendre compte, sont en souffrance. Puis, pleinement conscients de leur assuétude, certains voudraient savoir comment se désintoxiquer, comme il en va pour un sevrage tabagique ou alcoolique. La digital detox est un mouvement en marche; il a paradoxalement pris son envol dans la Silicon Valley. Et chacun a ses petits trucs pour tenter de limiter les abus digitaux dans lesquels il s’est lui-même peu à peu enlisé.
Prise de conscience, décision et force de volonté pour les uns. Psychothérapie pour les autres. Cure thermale (voire encadré) pour les plus chanceux… Ou alors, pourquoi ne pas simplement commencer par s’aider de l’un ou l’autre ouvrage ?
 
Parmi les titres nombreux qui sortent sur le sujet, est arrivé sur notre bureau un Petit cahier d’exercices de digital detox (Éd. Jouvence, 6,90 €). Signé Alia Cardyn, ancienne avocate, aujourd’hui formatrice et coach, cet ouvrage pratique propose une série d’exercices en cinq étapes pour faire le bilan de ses rapports avec la technologie, de son impact sur sa vie et, une fois les constats faits, créer, grâce à une cure de digital detox, une relation équilibrée avec le numérique.
 
Loin de moi l’idée de vouloir régresser, avertit l’auteur, l’objectif serait plutôt de prendre le meilleur de la technologie sans qu’elle prenne le meilleur de nous.” Avant tout, il y a des questions à se poser : quelle place donnez-vous aux outils digitaux ? Sont-ils, pour vous, omniprésents ? Juste de bons outils pour d’autres ? Cette place est-elle encore un choix, ou est-ce devenu un automatisme, voire une addiction ? “La réponse n’est pas sans conséquence. L’impact de la technologie sur notre façon de vivre est important. Elle influence notre relation aux autres, notre bien-être, le fonctionnement de notre cerveau et de notre comportement.”
 
Pour créer cette relation équilibrée, Alia Cradyn propose de guider le lecteur à travers cinq étapes :
– faire un état des lieux qui permettra de prendre conscience de son niveau d’intoxication éventuelle et d’évaluer ensuite ses progrès;
– découvrir ce que l’on pourrait gagner en ayant une relation à la technologie plus harmonieuse, ce qui permettra d’établir une liste des boosters pour les éventuels moments de doute ou de manque;
– identifier ses objectifs et ses plus grandes forces pour aider à faire face au défi;
– faire l’expérience de 21 jours de detox, selon les objectifs fixés;
– choisir sa nouvelle relation à la technologie.
 
Premier exercice : vous et les e-mails. Il suffit de colorier une case à chaque consultation d’e-mail. Exercice suivant : vous et votre relation à la technologie. Une fois par jour, résistez à la tentation de consulter vos e-mails, quel que soit le support. Fermez les yeux et observez ce qui se passe en vous. Ressentez-vous une tension (physique ou morale) ? Un sentiment positif ou négatif ? Un stress ? Ainsi s’enchaînent les exercices, avec aussi des trucs pour résister quand l’envie vous vient de craquer et garder une relation saine à la technologie en se créant des temps précieux de déconnexion. Que ce soit en mettant son portable sur silencieux ou en l’éteignant pendant les loisirs; en désactivant l’alarme sonore et/ou visuelle signalant un nouvel e-mail…
 
À chacun de trouver ses astuces pour se déconnecter et, in fine, mieux se reconnecter à la réalité vraie, et non plus virtuelle !
 
 
C’est comment encore, la vie sans le Web ?
 
Un journaliste français a tenté l’expérience. Pendant 90 jours, il a vécu sans être connecté. Et en a fait un film.
 
Lui, c’est mon smartphone, c’est mon meilleur ami. Il est devenu le prolongement de moi-même, il ne me quitte jamais. Je l’emmène partout, vraiment partout (NdlR : y compris dans les commodités, peut-on voir sur la vidéo). Je suis journaliste et, grâce à lui, je suis connecté tout le temps, à mes potes, à mon job, à ma famille. Chaque jour, je reçois 80 mails; je passe quatre heures connecté à Facebook; un peu de Skype, beaucoup de tweets, de Snapchat. Je surfe, je partage, je télécharge… Je suis assailli, poursuivi, bombardé par le numérique et, pourtant, je n’ai pas encore succombé aux dizaines d’objets connectés qui nous envahissent. De la fourchette à la brosse à dents, en passant par le frigo, la montre, le bracelet ou encore les lunettes. Notre avenir s’annonce hyperconnecté. […]
Regardez-vous dans la rue, on marche tous penchés sur notre smartphone. On nous appelle les ‘phubbers’. Les Chinois leur construisent même des trottoirs dédiés. […]
Comme vous, je dégaine mon smartphone au moins 150 fois par jour. Je suis accro à mes dizaines d’applis… Souvent j’y pense, comment je faisais avant ?
 
Alors voilà, il a décidé de ne plus se faire “bouffer par Internet”. Mieux : faire une “digital detox”, se déconnecter to-ta-le-ment d’Internet pendant 90 jours. Un fameux défi.
 
À quoi va ressembler ma vie sans Google, sans Twitter, sans YouTube, sans Skype… ?, s’interroge-t-il dans la vidéo de lancement de son film. Je veux comprendre comment cette révolution numérique a bouleversé nos existences. Y a-t-il des solutions alternatives pour mieux gérer ? Moins subir ? En tout cas, moi, je veux essayer.” Et il l’a fait.
 
Le cheveu argenté en pétard, le sourire malicieux, Pierrot (Pierre-Olivier Labbé, en réalité), 42 ans, explique en effet dans un film de 90 minutes réalisé pour Canal + comment il a décidé d’arrêter de “se faire pourrir la vie par Internet”. Devenu “esclave d’une technologie intrusive”, il raconte comment il a relevé ce défi qui doit paraître insurmontable pour la plupart des accros au numérique. “Tout est dans notre smartphone : nos contacts, un accès à la culture et à l’information, notre musique…, a commenté Pierre-Olivier Labbé interrogé par “20 minutes”. Les psys ont raison de parler de ‘doudou numérique’.”
Le sevrage a démarré en Lozère, cinq jours passés “loin de tout” avant de renouer avec son quotidien parisien. Sans Google map, il réapprend l’usage des cartes routières. Sans Facebook, il retrouve le contact – vrai – avec les gens; la lecture aussi avec un livre de papier entre les mains.
 
Tout ne fut cependant pas simple dans cette expérience de sevrage. Il sera notamment passé par le manque d’Internet pratique. Réaliser un virement bancaire, par exemple, est devenu si simple. Car tout n’est certainement pas à jeter dans le numérique, même s’il est évidemment – et sans doute malheureusement – devenu plus compliqué de vivre déconnecté, aujourd’hui, que connecté. La solution doit se trouver entre les deux et dans une bonne gestion du numérique, une certaine modulation de la consommation.
 
C’est ainsi que le journaliste a paramétré son mobile, pour ne plus recevoir de notifications et décidé, lui-même, de consulter telle ou telle application. Il s’est aussi accordé de vrais moments de déconnexion. Il a encore, par exemple, choisi de ne plus utiliser son smartphone comme réveil : histoire de ne plus s’endormir et se réveiller avec lui. Qu’il ne soit plus le premier et le dernier objet qu’il touche dans sa journée.
 
Un film à voir ce mercredi 4/03 à 20h55 sur Be1.
 
 
Ph.: Reporters/BSIP

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