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02/03/2015

Neubourg, une merveille mosane

La Libre, Momento, Vie de château, Neubourg, MaestrichtEntre Maestricht et Aix, un des plus beaux ensembles castraux des trois frontières sommeille dans un calme absolu.

Philippe Farcy


GULPEN EST UN JOLI PETIT VILLAGE du Limbourg néerlandais, arrosé par le Gulp qui lui donne son nom. La frontière belge est à moins de dix kilomètres. Celle de l’Allemagne à moins de vingt kilomètres et il y a par ici une foule de châteaux. Celui de cette semaine se nomme le Neubourg. C’est une bâtisse considérable toute érigée en briques et pierre bleue et qui semble vers le parc dessiner un U qui fut comblé par une large travée d’où émergent au rez une terrasse et un très bel escalier.
 
Abandon discret
Le château appartient à un privé néerlandais qui possède également l’ancienne abbaye féminine de Teuven, aux Fourons. Cet endroit-là, inaccessible, semble en parfait état. Ce n’est pas le cas ici. La dernière propriétaire historique que l’on mentionnera plus loin est décédée en 1992 et, depuis lors, le château semble laissé pour compte. Sur le site des biens classés du royaume néerlandais on voit plusieurs images de l’intérieur, du Neubourg, datant de 2005. Elles ne laissent pas de doute sur le manque de moyens du détenteur de ce lieu de prestige. Des morceaux de stucage manquent, des éléments de plancher sont enlevés, les peintures des dessus-de-porte furent découpées. Qu’est devenu le portrait d’homme assis sans doute peint par Gérard Douffet qui ornait une cheminée de salon ? Nous ignorons quelle est la situation actuelle et ne sommes plus passé par là depuis 2011. Il n’y avait alors rien de bien neuf.
 
Par contre, si le château survit, la ferme considérable et en U tourne dans son coin. Elle est séparée du château par de larges fossés aqueux.
 
Alors que la foire des antiquaires de Maestricht (la Tefaf) va très bientôt rouvrir ses portes à la mi-mars, il nous semble bon de vous conseiller d’aller faire un tour dans cette région du Limbourg néerlandais, vallonnée et pittoresque. Elle fut partagée jadis entre le duché de Brabant et la principauté de Liège. Gulpen faisait partie du duché de Brabant depuis la bataille de Woeringen, le 5 juin 1288.
 
Rappelons que Jean Ier de Brabant épousa en premières noces Irmgard, la fille du duc Walram IV de Limbourg.
 
Bien des Wittem
La mention du château comme “Neubourg”, dont les eaux des fossés sont alimentées par le Gulp, remonte déjà au XIIIe siècle, ce qui signifie qu’il y avait là un château fort plus ancien. Le chapitre d’Aix possédait ici des terres qui furent vendues en 1301 aux seigneurs de Wittem dont on connaît la proximité avec la cour de Bruxelles. Plus tard, les Wittem seront sires de Bautersem et de Beersel, entre autres et du voisin castel de Wittem sans doute. Un neveu des Wittem hérita du Neubourg. Il s’agissait d’Arnold de Sippenaken. Puis, en 1355, le domaine fut vendu à Tilman van Ophem duquel il passa à un gendre, à savoir Jean d’Eynatten. Cette dernière famille, très implantée dans la zone, gardera Neubourg jusqu’en 1716.
 
À cette date, il y eut une nouvelle vente, au profit cette fois de Jean-Adam de Clermont, marchand d’Aix-la-Chapelle. En 1732, sa veuve vendit le bien à Ferdinand-Adolph, comte de Plettenberg et sire de Wittem, dont le castel est situé sur la même commune que le Neubourg. Plettenberg va agrandir et moderniser le château à partir de 1734, avec l’aide des architectes Schlaun et Couven. En 1762, le château est à nouveau vendu et cette fois en faveur de Léonard-Bernard (LB) des barons de Hayme de Houffalize, sire de Bomal, descendant du seigneur de Cherain, sire lui-même (LB) pour moitié ou d’un tiers de Houffalize avec les Rivière d’Aerschot. Les Merode furent également sires de Houffalize et les d’Argenteau encore avant eux. Les forêts et les carrières offraient à cette époque une rentabilité excellente.
 
Revenons aux Hayme qui possédaient également un très bel hôtel de maître sur le quai de Maestricht à Liège. Il est devenu une partie du “Grand Curtius”. Puis on les retrouve sur l’autre flanc, du quartier de la Batte en l’actuel musée d’Ansembourg, rue Feronstrée. Cette maison fut construite à la demande des Hayme par l’architecte liégeois Jean-Barthélemy Renoz (1729-1786). Les Hayme de Bomal vont à leur tour entreprendre de gros travaux au Neubourg. Ils vont donner un aspect définitif à la demeure en attendant le XIXe siècle qui lui offrira un nouvel élan au parc.
 
Les Hayme vont laisser tout leur patrimoine aux comtes de Marchant et d’Ansembourg, maîtres de forges au Grand-Duché. Lesquels d’Ansembourg vont ériger, au nord de Gulpen, le magnifique château d’Amstenrade; ils le possèdent toujours.
 
Ce passage de témoins se fit par le mariage de Jean d’Ansembourg avec Marie-Victoire (des barons) de Hayme. Le Neubourg sera repris par le comte Oscar (1811-1883), puis par son fils Iwan (1850-1915) et enfin son petit-fils Rudholf (1884-1952) dont l’épouse garda le domaine, semble-t-il, jusqu’à son décès à 98 ans le 13 juin 1992.
 
Le domaine se voit sans peine de diverses voies publiques.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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