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08/03/2015

Cleydael, une beauté renaissance

La Libre, Momento, Vie de château, CleydaelDevenu le club-house d’un golf prestigieux depuis 1987, le château a trouvé une nouvelle voie qui lui va comme un gant.

Philippe Farcy


IL S’AGIT SANS NUL DOUTE de l’un des dix plus beaux châteaux de la province d’Anvers et l’un des rares à posséder tous les atouts de la haute noblesse sans avoir presque jamais été habité par des familles chevaleresques ou puissamment blasonnées. Cleydael a conservé, à travers les siècles, une apparence qui répond à ce que les gravures anciennes révèlent. Entouré d’un très large étang presque rond mais pas vraiment ovale, il est furieusement bien protégé des tirs de balles. Mais les mousquetons de jadis, du temps du duc d’Albe, ont été remplacés par des clubs de métal et aucun joueur de golf n’est à l’abri d’une “soquette” qui ferait partir le petit objet rond, blanc et alvéolé sur les murs ou, pire, dans les carreaux de la vénérable demeure. Chose vue à Liège il y a vingt-cinq ans lors d’un interclub.
 
Si l’esprit renaissant émerge des flots, Cleydael profite toutefois d’une histoire qui remonte bien plus loin que le XVIe siècle. Nous sommes face à une bâtisse défensive dont les premières traces remontent au XIIe siècle mais dont le premier document positif connu ne daterait que de 1300, quand le domaine était aux mains de la famille Sanders de Hemiksem, signale le site du patrimoine de la région flamande (www.onroerenderfgoed.be). Puis, en 1331, Jaak Janssen (aux éditions Vokaer) évoque un acte de propriété en faveur de Gérard van der Elst qui participa par ailleurs, dit cet auteur, à la célèbre bataille de Basweiler au duché de Juliers, le 22 août 1371 (voir le travail d’Olivier Louis sur ce sujet, pour l’ULg, en 2010-2011). Ce fut une journée capitale pour le duché de Brabant, et que ce même Gérard en ait été semble peu probable. D’ailleurs, le site de la région flamande dit que ce Gérard ne fut sire de Cleydael qu’en 1371.
 
Nombreuses ventes
 
Cleydael attira de nombreux amateurs mais rarement les familles y restèrent plus de deux générations. Il y eut donc une importante suite de ventes. Jean van de Werve en 1412 reprit le flambeau qui fit retour aux Sanders en 1442, avant de voir arriver Conrad Pot (peut-être est-il en lien avec le célèbre chancelier bourguignon), suivi par les Schoef en 1510. En 1518, le domaine changea encore de mains en faveur cette fois de Pierre van der Straeten qui agrandira l’édifice et le jardin. Mais sa descendance allait vendre trois ans après le décès du sieur Pierre, en 1556, à Antonio del Rio. Notons qu’une source autre ne parle pas de ce Pierre van der Straeten mais bien de Charles Micault. Il y avait des Micault célèbres et puissants au XVIe siècle à Bruxelles, enterrés à Sainte-Gudule, dont Jean, conseiller et receveur-général des Finances des Pays-Bas, trésorier de la Toison d’or. En 1580, ce fut le tour de Gilles van Eyckenberg. En 1598, sa fille hérita. Elle avait épousé Olivier Cromwell, l’oncle de l’autre Olivier (1599-1658) qui devint Lord-protecteur d’Angleterre et d’Irlande. Le jeune Olivier passa quelque temps en région anversoise, dit-on. Avant lui, le château avait accueilli le duc d’Albe, de sinistre mémoire.

Puis en 1613, Pierre Hellemans prit ce bien en charge et il y fit de grands travaux jusqu’en 1615. Les armes Hellemans-Helmans datant de 1650 se trouvent sur le portail d’accès et donc il y eut deux générations de cette famille. Mais cela ne dura pas, de nouveau. En 1658, on trouvait ici les Van der Cruysse. Les Peeters s’installèrent en 1762, puis les Stier d’Aertselaer en 1786. Les Stier quittèrent l’Europe pour les États-Unis lors de la Révolution, mais déjà pour certains dans les années 1760. Le passage de témoin se fit à travers Isabelle-Marie Stier (1768-1822), fille d’Henri et de Marie-Louise Peeters. Isabelle-Marie fut mariée à Anvers le 4 juin 1790 à Jean-Michel van Havre (1764-1844). Les van Havre vont consentir tout au long du siècle d’importants travaux de maintenance. Après la guerre 1914-1918, il y eut une nouvelle vente, en faveur de Christian Sheid. Les Sheid seront les derniers tenants familiaux du domaine de 65 ha, devenu depuis 1987 un golf privé.
 
Arbre de justice
 
Notons que le château, de forme carrée, construit en briques et en pierre blanche sableuse, est accompagné d’une maison double dite du “bailly” et de nombreux petits bâtiments jadis à usage de ferme et de commodités pour les véhicules hippomobiles, le personnel et les gens d’armes. Tout cela se trouve sur la basse-cour qui possédait en son centre un arbre de justice et qui était elle-même totalement ceinturée d’eau jadis. La haute-cour se trouve au cœur du château.
 
Le château est d’un pittoresque magnifique grâce à ses tours engagées, carrée à bulbe, rondes ou même oblongues. Il n’a que peu changé depuis le XVIIe siècle. Il lui manque une tour carrée à l’angle sud-est de la cour d’honneur et le pont qui n’est pas d’origine.
 
Le domaine ne se visite pas vraiment, sauf peut-être lors des journées du patrimoine, du fait du classement du site et du monument en 1977.
 
Infos : www.cleydael.be; Groenenhoek 7 – 9, 2630 Aartselaar; tél. : 03.870.56.80.
 
 
Ph.: Vlaamse gemeentschap

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