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15/03/2015

Derrière les noms des plantes

la libre,momento,dehors,noms des plantes,onomastique,etymologieLe nom d’une plante cache parfois un jardin ou son propriétaire. Il arrive aussi qu’il fasse référence à un botaniste ou à un pépiniériste voire à un anonyme qu’un de ses amis a voulu honorer.
 
Analyse : Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


En hommage à une personnalité
Leurs noms associés à un genre ou à une espèce ont rendu certains botanistes immortels. Ainsi le camélia dont la fleur est devenue l’héroïne d’un drame célèbre a pour parrain un père jésuite. C’est Linné qui baptise l’élégant arbuste en l’honneur de George Camel, botaniste qu’il tient en haute estime.
Georg-Joseph Kamel, né en Moravie en 1661, arrive comme missionnaire aux Philippines en 1688. Très vite, il y développe des activités d’apothicaire et de botaniste. Il étudie la flore et la faune et envoie à la Royal Society, à Londres, dessins et échantillons accompagnés d’indications sur leurs vertus thérapeutiques. Le genre Camellia lui est dédié.
 
Une paysagiste
Munstead Wood est la propriété de Gertrud Jekyll. Probablement la plus célèbre jardinière de la fin du XIXe et début du XXe siècles. Paysagiste exceptionnelle, elle conçoit le jardin comme un objet d’art et met à la mode les longues plates-bandes fleuries appelées mixed-border. À Munstead Wood, elle crée le jardin avant de construire la maison. Elle y vivra jusqu’à sa mort, expérimentant l’art subtil de la composition et les mariages de couleurs.
Conceptrice de nombreux jardins, elle ne s’est cependant pas arrêtée là, elle gère sa pépinière, s’adonne à l’hybridation et rédige de précieux ouvrages dont la lecture reste toujours d’actualité.
La Lavandula ‘Munstead Wood’, les rosiers créés par David Austin Rosa ‘Munstead Wood’, ainsi que Rosa ‘Gertrud Jekyll’ lui rendent hommage.
 
Petit intermède cocardier
Les figures féminines ne sont pas légion dans ce petit monde, Marie-Anne Libert est une botaniste belge dont le genre Libertia porte le nom.
Elle voit le jour en 1882 à Malmedy dans une famille aisée. Elle est l’auteur, entre autres, d’un grand ouvrage sur la cryptogamie de l’Ardenne – les cryptogames sont les végétaux dont les organes reproducteurs ne se regroupent pas en cônes ou en fleurs et sont peu visibles ou cachés par opposition aux phanérogames.
Le Libertia grandiflora est une vivace peu commune, de rusticité moyenne. Elle produit des panicules de fleurs blanches en fin de printemps avec un feuillage linéaire et persistant. Un paillis de protection en hiver est indispensable.
Jelena et Robert de Belder ont sélectionné à l’arboretum de Kalmthout de très nombreuses nouvelles variétés d’arbustes décoratifs. Ils ont fait de ce lieu, dans la 2e moitié du XXe siècle, un centre de référence notamment des Hamamelis. L’un d’entre eux porte le prénom de Jelena. Une variété rouge, celui de leur fille Diane; et une autre encore celui de leur petite fille Livia.
 
Rappel d’un lieu
Il n’est pas rare de croiser dans les pépinières et dans les catalogues horticoles des noms a priori étranges et qui, a posteriori, se révèlent être des endroits magnifiques pleins d’histoire. Ils sont la plupart du temps liés à de grands jardins devenus célébrissimes aujourd’hui, à des pépinières.
Rien qu’en Angleterre, Sissinghurt, Great Dixter (photo), Hidcote, Munstead et bien d’autres donnent leur nom à des plantes utilisées couramment dans nos jardins. Le plus souvent la plante en est originaire soit à la suite d’un semis naturel présentant un intérêt particulier, soit parce qu’elle y a été obtenue. Mais il n’y a pas de règle.
Par exemple, Walter Ingwersen, d’origine danoise, a baptisé plusieurs plantes en l’honneur de William Robinson propriétaire de Gravetye Manor. En 1927, il avait installé sa pépinière dans le domaine à l’invitation du propriétaire lui-même jardinier exceptionnel et père fondateur du jardin à l’anglaise.
Le Leucojum aestivum ‘Gravetye’s Giant’ est une nivéole. Ce bulbe est assez proche d’aspect du perce-neige, mais ses fleurs en clochette blanche avec des pointes vertes sont plus grosses. Cette variété est plus haute et plus robuste que l’espèce type.
Le Liriope muscari ‘Ingwersen’ est une forme particulièrement florifère aux épis de fleurs violettes rappelant ceux du muscari mais à la fin de l’été et en automne. Les liriopes en général se contentent de la mi-ombre. Ils apprécient un sol humifère sans trop de calcaire.
 
Ailleurs
On l’a compris, il y a un nombre considérable de domaines et de jardins auxquels le nom d’une plante fait référence. Les jardiniers anglais ont longtemps été les champions des nouvelles obtentions. Mais ils ne sont pas les seuls. Loin de là. Allemands, Néerlandais et Français, eux aussi se sont pris au jeu pour le plus grand bonheur des jardiniers toujours à la recherche de nouveautés.
En France, les végétaux baptisés ‘Vasterival’ – asters, phlox, hydrangéas – rappellent le magnifique jardin de la Princesse Sturdza, à Varengeville.
En Allemagne, Georg Arends, horticulteur à Ronsdorf au début du XXe siècle, est à l’origine entre autres d’un grand nombre de cultivars d’une grande vigueur d’astilbes et de phlox; Astilbe x arendsii, Phlox x arendsii.
Aux Pays-Bas, la région de Zundert et de Boskoop regroupe un grand nombre de pépinières. Le pommier ‘Belle de Boskoop’ et la vigne ‘Boskoop Glory’ y sont associés. Le pommier est une variété vigoureuse et fertile tandis que la vigne est elle aussi reconnue pour sa robustesse. À cultiver contre un mur en plein soleil.
 
 
Pour nous aussi
L’onomastique, cette branche particulière de l’étymologie, étudie l’apport des plantes dans les noms de famille. Ainsi certains de nos patronymes cachent des végétaux. Ce sont les arbres qui s’y reflètent le plus fréquemment.
Pour les uns, c’est évident : Delorme, Duchêne. Pour d’autres, cela l’est moins : Ducarme (charme), Dufayard (hêtre), Housseau (houx), Laboulaye (bouleau), Duvignaud (la vigne), Braems (la ronce). Mais aussi Abeele dont l’origine est abelus, le peuplier blanc en latin, et Eeckhout (bois de chêne). Toute une science à découvrir.
 
 
Ph.: JRP/Flickr/CC

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