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15/03/2015

Jusqu’au bout de l’énigme avec Blake et Mortimer

La Libre, Momento, Ludo, jeu de société, Blake et Mortimer, WitnessMenez l’enquête tous ensemble mais gare aux trous de mémoire de vos partenaires  : ils pourraient faire le jeu de l’horrible Olrik !
 
Maître du jeu: Yves Cavalier


“MEURTRES MYSTÉRIEUX, savants fous, codes secrets, incarnez les célèbres personnages d’Edgar P. Jacobs et résolvez ces affaires étranges pour rétablir l’ordre et la justice. Mais prenez garde ! L’infâme Olrik rôde et tentera de contrecarrer vos plans…”
 
C’est ainsi que l’éditeur Ystari présente Witness, le dernier-né de cette maison qui a déjà quelques beaux titres à son palmarès. Et parmi eux, une réédition très réussie de “Sherlock Holmes, inspecteur conseil”. Est-ce à dire que l’éditeur se soit spécialisé dans les jeux d’enquêtes  ? C’est probablement plus une question d’opportunisme et surtout le fait qu’avec “Witness”, un jeu signé Dominique Bodin, il y avait la possibilité de miser sur un thème fort et pour lequel les illustrations s’imposaient d’emblée.
Car “Witness” nous emmène dans l’univers d’Edgar P. Jacobs, le père des célèbres compères Blake et Mortimer. Et dès lors, BD oblige, ce sont les illustrations du maître qui nous prennent par la main et qui, il faut bien le dire, donnent aussitôt envie de découvrir le jeu. Tout y est, les deux héros incontournables Blake et Mortimer bien sûr, mais aussi les rôles secondaires de Labrousse et Nasir, sans oublier le méprisable Olrik qui va nous obliger, à chaque enquête, à mener une course contre la montre.
 
Voilà pour planter le décor. Mais c’est quoi le jeu  ? En réalité, il s’agit d’un mix bien pensé entre différents genres. On est manifestement dans un jeu de coopération : on joue tous ensemble (obligatoirement quatre joueurs) avec un objectif  : résoudre l’énigme.
 
Mais c’est aussi un jeu d’ambiance car il faudra communiquer et se transmettre des informations. Là, ça se corse déjà car, pour chaque énigme, chaque joueur reçoit des indices différents et il doit le faire passer, en sourdine, à l’oreille de son voisin direct. Celui-ci fera suivre à son autre voisin en ajoutant les éléments qu’il avait déjà reçus et ainsi de suite. Et tout cela sans prendre de notes. Donc, on fait passer un message de plus en plus complet… à condition de ne pas avoir la mémoire qui flanche ! Car c’est aussi un jeu de mémoire.
 
Et enfin, une fois la tournante terminée, chacun devra répondre à une série de questions qui vont permettre d’élucider les crimes. C’est donc enfin un jeu de déduction : on compare les différentes réponses et si tout le monde est d’accord, c’est gagné !
 
Le mécanisme est troublant mais il s’inspire en réalité du célèbre “téléphone arabe” avec quelques subtilités bien pensées.
 
Le matériel du jeu est très simple. Un livret comporte 64 enquêtes rejouables : un joueur en lit une au début de chaque partie. Chaque joueur dispose d’un livret d’indices liés à son rôle (représenté par un pion personnage) et prend connaissance des éléments concernant l’affaire énoncée, et les indices sont alors transmis de joueur en joueur. Ensuite, on consulte le livret des questions de cette énigme, et enfin le livre des solutions.
 
C’est sobre et efficace, et le plateau se limite à un aide-mémoire qui définit l’ordre de transmission des indices au cours des quatre phases de jeu.
 
Ça dure à peine plus de 15 minutes par partie, mais c’est sûr qu’on a envie de recommencer aussitôt car on s’amuse réellement à chacune des phases de jeu. La plus croustillante étant sans doute celle où l’on constate que le voisin n’a pas donné les bonnes informations. Scènes de ménage en vue…
 
“Witness” est donc véritablement un ovni dans le monde du jeu, mais aussi une réussite très originale qui se joue sans fin. Seule contrainte pas facile à gérer, l’obligation de jouer à quatre. Mais les parties sont tellement courtes que rien n’empêche de faire des tournantes, d’autant que les spectateurs peuvent aussi prendre plaisir à voir les enquêteurs se dépatouiller. Et toutes ces soirées de petits bonheurs en perspective pour 30 euros… C’est aussi cela, le jeu de société.
 
 
Un illustre précédent
 
Il y a un an environ, un autre auteur de BD était mis à l’honneur dans l’univers du jeu. Hugo Pratt et son célèbre Corto Maltese ont fait l’objet d’une très belle édition chez Matagot avec, là aussi, le souci de respecter, au plus près, l’ambiance et l’univers de l’aventurier de légende.
Toutefois, dans “Corto”, un jeu pour 2 à 4 joueurs, il n’est pas question de coopération. C’est chacun pour soi avec de temps à autre l’intervention du scabreux Raspoutine, qui est à Corto Maltese ce qu’Olrik est à Blake et Mortimer.
Par contre, la mécanique de la BD est fort bien reproduite avec la succession de cases d’actions et les interactions qu’elles permettent. Comme “Witness”, c’est un jeu qui s’appréciera surtout par les plus de 10 ans même si les parties sont relativement courtes.

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