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15/03/2015

Somptueuses restaurations à Printhagen

La Libre, Momento, Vie de château, PrinthagenLe bureau d’architecture Jamaer, à Hasselt, a été chargé il y a peu d’années (2009-2012) de rendre à cet ensemble castral toute sa beauté. Mission réussie.
 
Philippe Farcy


DANS CETTE PLAINE DE LA Hesbaye limbourgeoise, il est rare de voir avec autant de facilité un domaine de cette qualité qui ne cherche pas à se dissimuler derrière les frondaisons.
 
Cortessem est une sorte de village-carrefour dont le croisement principal vous oriente aux quatre points cardinaux. Nous prendrons donc la route nord pour aller vers Hasselt et, juste après avoir quitté l’entité villageoise, on pourra admirer sans peine cet ensemble de bâtiments que le temps ne semble pas avoir affecté, du moins de l’extérieur.
 
Dans le volume “Kastelen op papier”, paru en 2005, il est loisible de se délecter à travers quelques feuilles de domaines limbourgeois historiques. Ils ont été dessinés à l’aquarelle par Philippe de Corswarem. En général, ils sont encore là, sauf quelques exceptions comme le château de Kerkom, abattu pour devenir un autre très beau château néo-gothique, à la demande d’un baron de Moffarts.
 
Corswarem a fait preuve de reporter mais en se limitant aux coups de pinceaux. Saumery, qui parle déjà de Printhagen en 1742 dans ses célèbres “Délices du Païs de Liège”, utilisa les gravures de Remacle Le Loup. Dans le volume de 2005, on voit la demeure de Printhagen quand elle était au début du XIXe siècle dans les mains du sieur Félix Bouhaye, de Liège. On ne sait qui il était. Il acheta le château en 1819 et vécut dans ce bien prestigieux et traditionnel mosan sur le plan du style. Le reste de l’histoire est encore obscur jusqu’au milieu du XXe siècle.
 
Du point de vue du style, Printhagen présente des similitudes avec le château de Fayenbois (Jupille, n°282) et celui disparu de Landenne (n°525). Ces trois-là sont carrés et la chose est rare en principauté de Liège où nous sommes.
 
Raf Van Laere donna en 2005 un historique assez complet du bien sans faire le lien avec les temps récents, et notamment le XXe siècle. À ce moment-là, Printhagen était détenu par les enfants du baron Charles, mais le surnom de Carlos était d’usage, de Radiguès de Chennevière, époux alors et en secondes noces de Mlle Marie-Thérèse de Moreau d’Andoy. Voilà qui faisait cousiner Printhagen et Andoy (n°17); encore que ce sont les deux sœurs aînées d’une fratrie de sept enfants sur les deux lits, qui héritèrent de Printhagen. Il s’agissait de Marie-José épouse du vicomte François-Xavier Simonis, et de sa sœur Antonie, née en 1914. Antonie ne s’est jamais mariée. À travers les Simonis, Printhagen cousinait avec les châteaux de Polleur et des environs de Spa que les Simonis possédaient alors, sans oublier un petit clin d’œil du côté de Masogne. La question est donc de savoir comment les Radiguès sont arrivés par ici.
 
L’ancienneté de ce fief allodial est telle que cela la fait remonter au comté de Looz, donc avant le milieu du XIVe siècle. La famille des Cortessem de Printhagen allait posséder les lieux jusqu’au milieu du XVIe siècle. En 1558, Raes vendit son bien à Gérard de Cortenbach mais ce dernier décéda en 1662 et il laissa la seigneurie à son neveu Nicolas de Blitterswijck. Lequel Nicolas de Blitterswijck avait lui-même épousé Anne de Lynden, sœur du fondateur de la brillante branche de Reckheim (n°217). Leur fille Anne allait épouser le baron Jean de Berlo mais le couple allait vendre entre 1611 et 1619 à Godefroid-Adrien von Rhede qui était l’époux de Marie de Merode depuis 1614 ou 1617. Marie était la fille de Guillaume, sire de Heusden (par un premier mariage), Laer et chef-mayeur de Tirlemont. Guillaume avait épousé en secondes noces Eléonore von Mirbach, dame de Landeloos et pour partie de Haneffe. Ces Merode-Heusden étaient une branche cadette des Merode, dits de Jehay, devenus plus tard comtes de Groesbeek. Margareth von Rhede, fille de Godefroid-Adrien, allait hériter et transférer ce domaine à son époux, Ferdinand-Théodore de Lynden.
 
Autour de 1700, une nouvelle vente fut effectuée et cette fois en faveur de Jean-Henri de Pietersheim et son épouse Johanna de Bormans de Hasselbroeck. Leur fille hérita et celle-ci laissa le bien à son neveu, chanoine de la cathédrale de Liège et conseiller privé du prince-évêque de Velbrück. C’était un Bormans lui aussi et propriétaire de la merveille castrale de Goyer (Jeuk), dit château de Hasselbroeck, près de Waremme (voir sur www.chateauxofbelgium.be). Goyer et Printhagen passèrent aux enfants de Constantine de Selys-Longchamps dont l’époux était un Bormans. Mais ces gens allèrent vendre dès 1819 au sieur Bouhaye précité.
 
Pour ce qui regarde l’architecture, notons que le château est bien plus petit que la ferme et les dépendances. De nos jours, tout cela est lié au sol mais jadis, comme à Heers par exemple, le château et la ferme étaient séparés par de grands fossés remplis d’eau. Le bureau Jamaer, installé à Hasselt, a donc été chargé de tout restaurer et cela fut fait avec un soin infini (Colmont a profité également de leurs talents et le chantier de reconstruction du château de la chaussée de Liège à Hasselt devrait démarrer sous peu).
 
On admirera donc les proportions heureuses des bâtiments, de la tour-porche aux granges, du château aux murs de séparation des différentes entités. Le château est habillé de briques et de bandeaux en tuffeau, comme il était d’usage au XVIIe siècle. Une partie des baies a été modernisée au XVIIIe siècle et certains encadrements ont été remplacés avec de la pierre bleue de la Meuse, dite de Namur. La drève visible au milieu du XVIIIe siècle est toujours là. Elle permet d’admirer cette maison qui devrait être décorée de stucages d’époque Louis XV. Le bien est classé depuis le 12 juin 1986. On ne visite pas.
 
Infos : www.jamaerarchitecten.be (nombreuses photos).
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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