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15/03/2015

Stress et insomnie, l’infernal cercle vicieux

La Libre, Momento, Bien-être, stress, insomnieOn les appelle “maladies de civilisation”. À être concernés, nous sommes de plus en plus nombreux. À chercher des remèdes forcément aussi. Voici l’avis d’un neurologue sur quelques-uns d’entre eux.

Éclairage: Laurence Dardenne

EST-CE LE STRESS QUI GÉNÈRE L’INSOMNIE, ou la peur de l’insomnie qui stresse ? “Stress et sommeil, c’est un cercle vicieux”, explique le Dr Michel Ossemann, chef du service de neurologie aux Cliniques universitaires UCL Mont-Godinne. “Le stress constitue l’une des principales causes de troubles du sommeil alors que le manque de repos est un des principaux facteurs de stress. Les troubles du sommeil sont une conséquence de ce stress. Celui-ci provoque des insomnies qui peuvent, en retour, provoquer un stress chronique qui aura pour conséquence des insomnies chroniques.”
 
Que l’on ne sache lequel, du stress ou de l’insomnie, est la poule ou l’œuf, une chose paraît assez évidente : la population concernée semble de plus en plus importante et la demande de solutions plus pressante. Le nombre lui aussi très impressionnant de recherches effectuées sur Google pour les mots “stress”, “insomnie” ou “sommeil” ne fait que confirmer cette réalité.
 
À la veille de la Journée mondiale du sommeil, célébrée le 13 mars, la pharmacie en ligne Newpharma a communiqué quelques chiffres à ce propos, dont celui de ses ventes de produits relatifs au stress et au sommeil en augmentation de 100 % par rapport à l’année précédente. “Qu’il s’agisse de combattre le stress pendant la journée ou de trouver le sommeil la nuit, le Belge semble décidé à tout essayer dans sa quête d’apaisement”, dit Mike Vandenhoofdt, CEO et co-fondateur de Newpharma. D’après ces ventes en ligne, pour soigner lesdits maux, le Belge aurait recours à des compléments alimentaires (à 49 %), des remèdes naturels (39 %) et de la médication OTC (sans prescription) (12 %).
 
À défaut d’être “miracle”, les solutions qui s’offrent sont multiples et ne se limitent pas aux trois catégories susmentionnées : thérapie cognitivo-comportementale, phytothérapie, pharmacothérapie, mais aussi relaxation, luminothérapie, homéopathie, acupuncture… ne sont que quelques-unes des innombrables options susceptibles de soulager stressés et insomniaques.
 
La thérapie cognitivo-comportementale reste la pierre angulaire du traitement, souligne le neurologue. Il est illusoire de croire que l’on va régler son problème simplement avec une petite pilule, sans s’attaquer à la base du problème.”
 
Pour ce qui est de la phytothérapie, “elle peut être un adjuvant intéressant à une bonne hygiène de sommeil, estime le Dr Ossemann. Parmi toutes les substances qui sont proposées (lavande, houblon, passiflore, aubépine, mélisse…), ma préférée est la valériane parce que l’on sait bien comment elle fonctionne. Elle va agir sur un récepteur au niveau du cerveau, en modulant son action. Celui-ci va en effet diminuer l’activité des neurones. Il faudra cependant être un peu patient car l’action s’avère moins forte et moins rapide que les substances médicamenteuses.
 
Mais “attention, met en garde le médecin, ce n’est pas parce qu’un produit est dit ‘naturel’ que c’est nécessairement anodin. Cela reste des substances actives qui doivent être contrôlées. Ainsi le millepertuis, un antidépresseur bien connu et qui s’est montré dans une série d’études comparable à d’autres antidépresseurs, a des interactions pharmacologiques avec une série d’autres médicaments, dont il accélère l’élimination par exemple. Par ailleurs, pour tous les produits phyto, il est important de s’adresser à une firme qui a pignon sur rue.”
 
Demander conseil à son médecin ou à son pharmacien reste toujours un bon réflexe. De toute façon, pour ce qui est de la pharmacothérapie, la prescription médicale est requise. “Idéalement, il faut éviter de dépasser trois semaines de traitement pour les somnifères, rappelle le chef de service de neurologie. Il y a en effet un risque d’accoutumance, voire de dépendance. De plus, prises à long terme, les benzodiazépines vont perturber la qualité du sommeil; elles vont diminuer le sommeil lent profond, un sommeil qui est dans la première partie de nuit et qui est important pour la récupération. Si l’on est stressé et que, en plus, on réduit la partie de nuit nécessaire pour récupérer, on ne fait qu’aggraver le cercle vicieux.”
 
 
À chacun son propre nombre d’heures de sommeil
 
Avoir une bonne hygiène de sommeil est également essentiel. Cela se traduit notamment par : éviter de prendre des repas trop lourds le soir, faire du sport juste avant d’aller se coucher, fumer ou boire café, thé et autres softs. Une bonne gestion de ses petits stress quotidiens est aussi importante pour ne pas les ruminer dans son lit… “Si on peut les laisser sur le lieu de travail, c’est bien mais ce n’est pas toujours possible, intervient le Dr Patrick Ossemann, neurologue à Mont-Godinne. Un petit truc pour ne pas ressasser pendant la nuit ce que l’on va devoir faire le lendemain : noter les choses à faire dans un carnet avant d’aller dormir.”
 
Il faut aussi veiller à ce que la chambre soit uniquement le lieu où dormir (et éventuellement se câliner ou lire quelques pages d’un livre ou d’un magazine), mais certainement pas l’endroit où emporter sa tablette ou son PC, regarder la télé ou encore manger.
 
Enfin, pour induire le sommeil, on peut imaginer des petits rituels, comme prendre une tisane.
En plus, “il faut rester au lit le temps nécessaire, mais pas davantage, insiste encore le Dr Ossemann. Une des principales idées fausses qui circulent par rapport au sommeil est qu’il faut respecter un certain nombre d’heures de sommeil et que, si on ne les a pas eues, on ne peut pas fonctionner normalement pendant la journée.”
 
Faux pour ce spécialiste : “Ce nombre d’heures est propre à chacun. On est génétiquement programmés. Il y a des grands dormeurs et des petits dormeurs. Le point commun entre tous est que les phases de sommeil importantes pour la récupération (sommeil lent et profond et sommeil paradoxal) sont identiques. La différence entre les deux catégories est la suivante : le petit dormeur est un dormeur efficace, il a fait toutes ses phases de manière successive, l’une après l’autre alors que le grand dormeur a une série de phases de sommeil de remplissage, moins récupérateur. Et donc, si sa nuit est coupée pour une raison ou l’autre, il n’aura forcément pas son quota et sera perturbé. Il est donc important de déterminer chez le patient son profil de dormeur, afin de voir s’il n’a pas une fausse perception.
 
Enfin, “une des grandes règles de base à ne pas oublier est : ‘connais-toi toi-même’, nous dit encore le Dr Ossemann. Il faut savoir ce qui fait que l’on se sent – ou non – plus détendu, plus serein, ce qui nous fait – ou non – du bien”.
 
 
Ph.: Reporters

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