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23/03/2015

Un château international

La Libre, Momento, Vie de château, Borgitter, KessenichÀ Kessenich, dépendance de Kinrooi, le château de Borgitter est à cheval sur deux États. Les communs forment la frontière.

Philippe Farcy


VOILÀ UN ENSEMBLE CASTRAL de belle qualité où la demeure des seigneurs est totalement entourée d’eau et posée sur une large motte de terre. Il manque toutefois un vrai parc bien arboré, avec une allée ou l’autre; et ce ne sont pas deux belles statues de pierre, certes anciennes, qui suffiront à nous consoler de cette absence notable.

Mise à part cette réserve lancée d’entrée, Borgitter est une très jolie chose, typiquement mosane, pour ne pas dire liégeoise. Nous sommes évidemment en principauté de Liège et la seigneurie était un alleu dépendant de Kessenich. Kessenich était par contre une seigneurie libre, coincée entre Liège et l’abbaye de Thorn, située un peu plus au Nord. Il reste à Kessenich quelques lambeaux d’un donjon médiéval.

Par contre, le village (Neeritter), qui est de nos jours totalement aux Pays-Bas, était bel et bien liégeois même s’il avait le statut de village libre; il porte pour armes un écartelé entre le comté de Hornes et celui de Looz. Kinrooi arbore, elle, les seules armes du comté de Hornes.

La relativement puissante église dédicacée à saint Lambert est d’ailleurs meublée de chaire, confessionnaux, banc de communion et autels de style mosan fabriqués par des artistes dépendants de la principauté, même si l’on sent un affaiblissement qualitatif par rapport aux meilleurs ateliers de la capitale. Les tableaux sont flamands aux autels latéraux et sans doute liégeois au maître-autel (Crucifixion).

Nous sommes donc aux confins nord de la province du Limbourg et le domaine est véritablement coincé dans les frontières qui, par ici, rendraient fou le géomètre qui fut chargé de séparer le Tchad de la Libye. Ces frontières sont le fruit des complications géographiques d’antan.

Entouré d'eau

Pour ce qui est du château, il est peint ou plutôt chaulé, comme à Schalkhoven (n°425) ou à Gronsveld (n°488). Il a été classé de même que les communs, l’espace agricole et le moulin au début de l’année 1981. Les communs, constitués de quatre blocs positionnés comme un pare-feu, sont reliés entre eux par une tour charretière.

Le moulin est alimenté par une petite rivière dite l’Itterbeek, qui prend naissance du côté de Gruitrode où nous irons jeter un œil sous peu, et qui achève sa course dans les méandres d’une Meuse difforme et peuplée d’étangs variés.

La demeure est d’une grande simplicité architecturale. Comme au château blanc de Kerkom, on y trouve une tour carrée assez trapue, sommée d’une toiture en pavillon terminée par un joli clocheton, tous couverts d’ardoises. Cette tour engagée est aveugle sur trois côtés mais ouverte par deux travées au Nord.

La façade, que l’on voit ci-contre, regarde vers l’Est. Elle est sobre et seulement décorée d’un fronton percé d’un oculus ovale ceinturé de pierre bleue. Deux pilastres de briques permettent d’isoler les quatre travées centrales pour créer un peu de mouvement et une légère avancée. La toiture, elle aussi en pavillon et légèrement mansardée, est piquée de lucarnes sur la haute-cour mais n’en possède pas sur le flanc visible ici. La façade de la cour d’honneur aligne sept travées.

Du côté des hôtes de cette demeure, on sait que dès le XIVe siècle l’alleu était partagé entre les sires de Kessenich et la principauté. Puis, en 1546, on voit y arriver des Arnold de Waes, peut-être de la même famille que ceux qui furent liés avec les van der Noot, sires de Meldert, au XVIe siècle. Les Waes furent plusieurs fois drossards du comté de Hornes. Les Waes deviendront sires de Kessenich et donneront plusieurs militaires importants dans la région, dont François-Jacques qui sera gouverneur de Gibraltar.

La dernière des Waes fut Anne-Salomé qui épousa, en 1756, le comte des Acres de l’Aigle ce qui l’emmena vers Paris et l’Oise où les Aigle possédaient le château de Tracy-sur-Oise (toujours existant, sur la départementale 16, entre Noyon et Compiègne).

À la Révolution, Borgitter fut saisi et vendu comme bien national, ce qui profita finalement à Henri-Joseph Michiels, citoyen de Roermond. Sa sœur reprit le domaine et laissa le bien à ses enfants nés de son mariage avec Carl van Nispen tot Sevenaar. Leur histoire se termina ici en 1947. Depuis lors, le château a changé plusieurs fois de mains.

On ne visite pas mais on peut voir de la rue du côté belge. L’accès néerlandais est compliqué.

Ph.: Ph. Fy.

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