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29/03/2015

Coincée la nuit dans les Galeries Lafayette…

La Libre, Momento, Tendances, Galeries Lafayette, nuit, coincéOn s'est laissé enfermer dans les Galeries Lafayette, vieux rêve de modeuse. Que s'y passe-t-il donc la nuit?
 
En mode fantasmagorie: Aurore Vaucelle


CHAUSSÉE D’ANTIN LAFAYETTE. La voix robotisée de la RATP énonce l’un de ces lieux mythiques de la capitale parisienne. On saute sur le quai de la ligne 7. Et, l’air de rien, selon le pas cadencé du Parisien lambda, on se met à suivre la sortie “grands magasins” dans les couloirs gris du métro parisien.
 
Premier impératif de notre mission, la discrétion. Car nous tramons quelque plan fantasmagorique : se faire enfermer la nuit dans les Galeries Lafayette… Les Galeries, mais rien que pour nous, quoi ! Le rêve.
 
Pouvoir se balader dans les travées avec l’assurance du propriétaire foncier. Lever le nez sous la coupole art nouveau, mais pas nécessairement en compagnie d’une masse de touristes qui mitraillent en répétant “bioutifoule” ou “eumaizing”. Tester les rouges à lèvres et les poudres de riz du rayon maquillage au rez-de-chaussée. Passer du côté maroquinerie et se sentir concernée par tous ces modèles de sacs qui s’étalent comme autant de pâtisseries sur l’étal de la boulangerie. Se regarder dans le miroir, selon son meilleur profil, parée de toutes les toilettes des grandes maisons de mode. Ça, c’est au premier étage. Où s’alignent Vuitton, Balenciaga, Givenchy, Dior, Alaïa… Ah la la. Essayer, enfin, toutes les chaussures pieusement alignées dans le gigantesque et bien nommé “espace chaussures” au -1, au bas des escaliers dorés. Voilà le plan de la rêveuse. Mais comment y parvenir ?
 
Il paraît que, la nuit, les Galeries Lafayette ne sont jamais vides d’humains. Il y a tant à faire pour organiser les 65 000 m2 du grand magasin. D’abord, le ménage de ces couloirs de carrelage foulé par les pèlerins acheteurs, mais aussi les vitrines à réachalander de façon attrayante pour que, demain, toutes les clientes aient envie de ce je-ne-sais-quoi qui brille, par sa nouveauté, dans l’étalage… Les gens du ménage, les étalagistes et puis, surtout, les vigiles, ces gardiens du temple qui sillonnent l’espace, guettant de possibles malandrins. Mince, est-ce qu’on a une tête de malandrin ?
 
Opération “Ali Baba” lancée, malgré le danger. À la croisée de la chaussée d’Antin et du boulevard Haussmann, la foule s’entrecroise dans les portes battantes. On arrive, l’air dégagé, par la grande porte. Le tout, c’est de n’avoir l’air de rien. On se faufile façon inspecteur Gadget. L’annonce ultime de la fermeture retentit. On contourne le gros pilier et hop, alors que les portes se referment derrière les derniers acheteurs compulsifs (qui sont sans doute passés en caisse avec tout ce qu’ils avaient dans les bras, faute d’arriver à se décider), on fonce discrètement dans les escaliers qui mènent à ce qu’on pourrait appeler la caverne d’Ali Baba des fondus de pompes.
 
La Libre, Momento, Tendances, Galeries Lafayette, nuit, coincé“L’espace chaussures” a éteint ses lampions.
Dans l’obscurité, les souliers restent sages, alignés par marque. Tour d’horizon rapide : pas de vigiles à talkie-walkie. Youpi. Saut de joie incontrôlé avant essayage méthodique de tout ce que notre petite main fébrile peut attraper. On a toujours rêvé d’escarpins léopard, de bottines en daim bleu, de talons rouge vermillon pour séduction. Telle une Cendrillon en fraude, on passe son peton dans des pantoufles diverses et variées. On batifole d’un stand à l’autre, on court dans les travées qui mènent de l’espace luxe au labo créateur. On pose son séant dans les petits salons d’essayage. Il y a encore tant de niveaux à explorer : pas moins de 2 500 marques à tester en une nuit : quelle infortune. Mais on n’a pas dit notre dernier mot.
 
Il est passé 20h. Les derniers employés du magasin s’en vont en file indienne. “Clic clic”, couine la machine à pointer. Mais déjà, on attrape l’escalator qui ne s’est pas arrêté de travailler. Depuis les balcons du premier étage, les enseignes de mode continuent à rutiler, même s’il n’y a plus de spectateurs. L’œil se pose sur du Delvaux, du Manish Arora, du Kenzo. Et si jamais quelqu’un venait ? On a déjà notre plan bien rodé : fuir par les toits, et, pour cela, se fabriquer une corde en nouant des foulards Lespagnard et McQueen. Solidité et classe assurée.
 
En attendant, on ne sait plus où donner de la tête. La nuit va être blanche et agitée dans les Galeries Lafayette.
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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